IX
Ce passage a pour but de montrer que le texte même d’Aristote contredit au Nominalisme et au Conceptualisme ; que l’analyse de ce texte conduit à ces conséquences : Il y a des universaux qui existent hors de l’esprit ; ce sont les universaux du genre substance, le genre et l’espèce, ceux que le Stagirite nomme des substances secondes, pour les distinguer des substances premières, qui sont les individus. « C’est pourquoi 1 il me semble que les propos formulés par le Philosophe en nombre d’endroits ne peuvent être soutenus à moins de supposer que toute substance seconde est une véritable substance. »
Cette doctrine, Burley ne se borne pas à l’autoriser des paroles d’Aristote ; il la reprend et la démontre pour son propre compte. « Je pose, dit-il 1 2, deux conclusions :
» La première de ces conclusions, c’est qu’il existe hors de l’esprit quelque chose qui n’est pas singulier...
» La seconde conclusion que j'ai à prouver est la suivante : Les universaux tels que le genre et l’espèce ne sont pas des concepts en l’esprit. Cette conclusion, je la prouve par cinq moyens... »
Ces universaux-là sont des choses qui existent hors de l’esprit, de véritables substances. « Mais bien que l’universel soit une chose extérieure à l’esprit8, ce n’est pas une partie de l’individu... Je dis, cependant, qu’il appartient à la quiddité de l’individu ou qu’il est un tout par rapport à l’individu. Par quiddité, j’entends ce que la définition signifie, ce par quoi on répond à la question que voici : Qu’est ( quid est) cet individu ? »
« Cette chose *, commune à Socrate et à Platon, qui est l’homme, d’une part, et Socrate, d’autre part, sont deux choses ; mais ce ne sont pas deux substances ni deux corps. » « Bien que les substances secondes 3 * 5 soient de véritables choses extérieures à l’esprit, il n’en résulte pas que la substance singulière soit composée d’une substance universelle et d’une substance particulière. »
Il pourrait sembler que ces deux derniers passages contredisent celui où notre auteur prétendait, afin de sauvegarder l’enseignement d’Aristote, que toute substance seconde est vraiment une substance ; mais la contradiction n’est que dans les mots. « Selon
1. Walter Buri.ey, Op. laud., éd. cit., fol. sigu. c. 3, col. a.
2. Burlæus Super libros Phi/sicorum, lib. I, tract. I; éd. cit., fol. 7, coll. a et c.