‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 454 sur 485 · IX · texte numérisé non relu

IX

devait, un jour, tuer la Scolastique ; ce poison, c’était la sophistique qu’Oxford pratiquait avec une sorte de fureur.

Les judicieux conseils de Clément VI trouvèrent-ils môme docilité elles? les théologiens ? Nombre de ceux-ci, ce n’est point douteux, ne tinrent aucun compte des recommandations qui leur étaient adressées. Leurs leçons sur les Sentences, leurs discussions quolibétiques continuèrent, au grand détriment des études proprement théologiques, de rassembler « tout ce qu’il est donné aux hommes de savoir ». Les plus épineuses discussions logiques y voisinèrent avec de longues digressions de Physique. Des écoles, ce vice déborda dans les églises ; les prédicateurs se firent une mode d’ébahir leur auditoire par l’étalage de leurs connaissances scientifiques ou de le scandaliser par les sophistiques jongleries de la dialectique nominaliste. Pendant près de deux siècles, on entend s’élever, contre les folies des théologiens, le cri de x*éprobation que poussent les plus éminents docteurs de Paris ; ce cri, nous l’entendrons, à la fin du xive siècle et au commencement du xve siècle, sortir de la bouche de Pierre d’Ailly, de Jean de Gerson, de Nicolas de Clamenges ; à la fin du xvc siècle et au commencement du xvie siècle, il sera répété par Erasme, par Lefèvre d’Etaples, par Josse Clichtove, par Louis Vivès. En nous apprenant que la foule des maîtres en Théologie n’a pas voulu entendre les conseils de Clément VI, il nous prouvera que ces conseils ont été reçus, compris et répétés par tous ceux qui furent la fleur de l’Université de Paris.

Parmi les recommandations que le Pape avait formulées en 1346, il en est une qui ne trouva nul crédit auprès des maîtres les plus éminents de la Faculté des Arts ; en ce point, la résistance qu’ils opposèrent aux directions pontificales fut légitime et sensée.

Clément VI jugeait que ces professeurs « devaient suivre les textes du Philosophe et des anciens Maîtres toutes les fois qu’ils ne sont pas en opposition avec la foi catholique » et qu’ils les devaient regarder comme les fermes soutiens de la Science. Dès là que les enseignements d’Aristote ne sont pas en contradiction avec la foi catholique, ils échappent à l’autorité de l’Église, mais ils tombent sous une autre autorité, qui est celle de la raison et de 1 expérience ; à la raison, il appartient de juger si les doctrines péripatéticiennes sont construites avec une suffisante rigueur ; à 1 expérience, il appartient de dire si leurs principes ou leurs conséquences ne se trouvent pas contredits par le témoignage

l’éclectisme parisien

des sens. Pour prononcer au nom de cette autorité de la raison et de l’expérience, Clément VI n’était pas qualifié, tandis que les maîtres ès arts de Paris l’étaient plus qu’aucun de leurs contemporains. Au conseil incompétent et funeste que leur donnait le pontife d’Avignon, ils fermèrent l'oreille et, sans bruit, continuèrent leur œuvre ; de l’enseignement d’Aristote, en ce qui n’avait point trait à la foi, ils gardèrent seulement ce qui leur sembla juste ; ils rejetèrent sans pitié tout ce que l’observation leur parut condamner; quelle œuvre magnifique cette méthode leur permit d’accomplir, c’est ce que nous aurons à dire.

Cette œuvre fut produite en dépit des directions pontificales, que la crainte justifiée de certaines nouveautés avait inclinées vers la routine aristotélicienne ; de ce manque de soumission à leurs désirs, les papes surent mauvais gré, on n’en peut douter, aux maîtres ès Arts de Paris. « Fait digne de remarque, ont écrit le P. Denifle et M. ChAtelain 1 ; parmi les livres de la bibliothèque des souverains pontifes d’Avignon, à l’exception de quelques écrits de Guillaume d’Ockam, c’est à peine s'il existait un seul ouvrage des Nominalistes les plus célèbres ; on le voit par les catalogues de l 'Historia Bibliothecæ Romanorum Pontificum. »

La Faculté des Arts de Paris allait enfanter la Science moderne ; à cette princesse dont la destinée devait être si brillante et l’empire si étendu, la Papauté eût pu servir de marraine ; elle ne l’a pas voulu.

Jean Buridan

Vers l’an 1330, l’Ecole de Paris se trouvait sollicitée par les tendances les plus opposées. Le Nominalisme d’Ockam, dont Nicolas d’Autrecourt développait les conséquences extrêmes, aboutissait au scepticisme. Le Réalisme de Walter Burley ne le cédait guère à celui d’Avicébron. 11 était urgent qu’une direction ferme et sure la vînt garder de l’un et de l’autre excès et la maintenir dans la voie calme du bon sens. Cette direction lui fut donnée par un homme dont l’esprit semble avoir été parfaitement équilibré, par Jean Buridan ; Jean Gerson le nom-

(. H. Denifle et E. Châtelain, Charlularium Universitalis Parisiensis, pièce ■ • ii25, note 4; t. II, p. 5go.

l.g HEFLUX DE LAKISTOTÉLISME

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