Henri de Gand, loc. cil., éd. cit., fol. IX, recto
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HENRI DE GAND
support de la forme au sein du composé ; cette troisième existence, elle la tient de la forme qui met en acte ce dont, par la seconde existence, la matière était en puissance ; c’est donc une existence actuelle conférée à la matière par la forme, la seule existence actuelle que la matière puisse posséder selon le cours naturel des choses ; la première ne peut subsister que par une action miraculeuse de Dieu.
Cette dernière existence, la matière ne la possède que parce qu elle entre en composition avec la forme ; elle la reçoit donc parce qu’on lui adjoint quelque chose, la forme, qui diffère réellement d’elle-même.
Il n’en est pas de même du second mode d’existence ; la puissance qui caractérise ce second mode d’existence n’est pas une chose réellement distincte de la matière et qui viendrait s’ajouter à cette matière '. C’est un simple rapport par lequel on compare la matière à toutes les formes qu’elle peut recevoir, en affirmant qu elle est indifférente à recevoir l’une plutôt que l’autre ; pour concevoir cette puissance, donc, on fait complète abstraction aussi bien de la forme sous laquelle la matière existe actuellement que de la forme à laquelle tend son mouvement si elle est en voie de changement. Ce rapport, qui a son fondement en l'essence même de la matière, n’est point du tout une chose qui existerait dans la matière et qui en différerait; pas plus qu’une ressemblance entre un objet et son modèle, ressemblance qui résulte de l’essence même de l’objet, n’est une chose différente de cet objet et réellement existante en cet objet.
Au temps où Henri formulait cette opinion, il s’en fallait de beaucoup qu’elle fût unanimement acceptée. Beaucoup de philosophes raisonnaient ainsi :
La matière qui est en puissance d’une certaine forme doit contenir en elle-même une chose actuellement existante, réellement distincte de la matière en laquelle elle réside, et qui ait, avec la forme à produire, une certaine analogie, une certaine affinité ; cette chose-là est comme le germe à partir duquel la forme sera développée par l’agent qui la doit mettre en acte. Si cette sorte de germe n’existait pas, la forme prendrait naissance en une matière qui n’a rien de la forme, qui, considérée en tant que forme, est un pur néant ; la production d’une forme en la matière ne serait point une génération, mais une véritable pioduction.
I. Henrici a Gandavo Quodtibeta: quodlib. IV, quæst. XIV Utrum in materia sit ratio seminalis, quæ est formæ inchoatio. Ed. cit., fol. CXV, recto.
LE REFLUX DE l’aRISTOTÉLISME
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A ces germes de formes qui seraient véritablement distincts de la matière et qui existeraient en elle d’une existence actuelle, on donnait un nom que les métaphysiques néoplatoniciennes et augustiniennes avaient employé en des sens nombreux et divers, le nom de raisons séminales
Faut-il admettre la réalité de ces raisons séminales ? Henri de Gand ne le pense pas.
Que serait, en effet, cette raison séminale 1 2? Il faudrait qu'elle fût de même essence que la forme à produire ou bien quelle fût d'essence différente.
Dans le premier cas, la raison séminale serait tout simplement une forme substantielle de même nature que la forme à produire, mais elle en serait une sorte de diminutif ; la génération, alors, ne serait plus proprement une génération, mais un accroissement, par lequel 1 existence amoindrie de la raison séminale passerait à l’existence complète de la forme ; en vérité, la forme existerait déjà en la matière avant d’y être engendrée. En outre, une telle doctrine supposerait qu’une forme substantielle est susceptible de plus ou de moins, qu’elle a des degrés, ce qui ne saurait se rencontrer ailleurs qu’en une forme accidentelle ; un corps, en effet, peut être plus ou moins chaud, mais une substance ne peut pas être plus ou moins feu, plus ou moins eau.
Il reste donc que la raison séminale soit essentiellement différente de la forme à produire ; mais alors la forme provient d’une chose qui n’a rien de cette forme, qui, considérée au point de vue de cette forme, est un pur néant ; et nous retrouvons l’impossibilité que nous avions prétendu éviter.
Toute cette doctrine inadmissible procède à partir d’une fausse idée de la génération. On s’imagine que la matière est forme en puissance et que la génération consiste à faire que cette matière devienne forme en acte ; on s’étonne alors qu'une chose qui est un néant de forme, puisse, sans création, devenir forme. Mais ce n’est pas ainsi que l’on doit comprendre la génération.
La matière 3 n est pas forme en puissance, mais bien substance composée en puissance ; la forme n’est pas un être qui soit en puissance avant la génération et en acte après la génération ; c’est au composé, et au composé seul, que ces caractères conviennent. Ce n est pas la forme qui est l'effet propre et immédiat de la génération, mais bien le composé substantiel ; la forme n’est