‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 64 sur 485 · II · texte numérisé non relu

II

HENRI DE GAND

engendrée que d’une manière indirecte, par accident, par l'intermédiaire du composé dont elle est l’acte. La génération du composé, d’ailleurs, à partir de la matière, ne soulève plus les objections auxquelles se heurtait la génération directe de la forme à partir de cette même matière ; il est plus vrai qu’en l’essence du composé, il n’y ait rien de l’essence de la matière ; l’essence de la matière fait partie de l’essence du composé substantiel.

« Un agent, donc, n’engendre pas une forme en l’introduisant de l’extérieur en la matière ; il ne l’engendre pas non plus directement ( per se) en la matière ; il ne l’engendre pas davantage à partir d'une réalité qui serait quelque chose de la forme, dont l’essence passerait à l’essence de la forme ». En montrant l’erreur que recouvrent ces diverses manières de concevoir la génération de la forme, on ôte tout prétexte à la théorie des raisons séminales.

G. L'unité de la forme substantielle.

Venons maintenant à la question qui, au temps d’Henri de Gand, mettait si ardemment les théologiens aux prises. Dans une substance unique et, en particulier, dans l’homme, y a-t-il une seule forme substantielle ou bien plusieurs formes de cette nature y coexistent-elles?

Cette question, Henri la rencontre dès sa première discussion quodlibétique, tenue en l’année 1276, au voisinage de la fête de Noël ; elle se présente à lui sous la forme 1 qu’elle revêtait volontiers à ce moment : Le corps du Christ, déposé dans le sépulcre et séparé de l’âme, continuait-il a être informe par quelque autie forme substantielle ?

Henri de Gand pense 2 qu il est « tout à fait contraire à la foi » de dire qu’une forme substantielle nouvelle, étrangère à ce qui était, durant la vie, le corps de Jésus-Christ, est venue informer ce corps après le départ de 1 âme. « Ou bien, donc, il nous faut admettre que l’âme ne perfectionne pas immédiatement la matière ; il nous faut supposer que ce perfectionnement immédiat provient d’une certaine forme substantielle, soit d une corporéité, soit d’une forme de mixtion, intermédiaire entre l’âme et la matière ; cette forme demeurerait en la matière après que 1 âme

1 . Henrici a Gandavo Quodlibeta ; Christi in sepulchro habuit aliquam tur, anima ejus ab ipso separata.

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