‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 83 sur 485 · II · texte numérisé non relu

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à leur durée, comme toute la Scolastique, Thierry donne le nom d'ævum .

Les corps célestes, eux aussi, « selon l’Ecriture de vérité », ont eu un commencement, mais ils n'auront pas de iin ; pour dénommer leur durée, qui lui parait moins simple que Yævum, Thierry crée le mot ævetcrnitas.

A la durée des substances soumises à la génération et à la corruption, Thierry, s’autorisant d’Aristote, assigne pour mesure une période propre ( periodus propria) à chacun d’eux.

Le temps, enfin, mesure la durée du mouvement.

Peut-être l'éternité des Intelligences « qu’admettent les philosophes » n’est-elle mentionnée dans le Traclatus de mensuris durationis qu’à titre d exemple de 1 une des formes concevables de la durée ; à cette éternité des Intelligences, Thierry ne donne pas formellement sa propre adhésion ; cependant, en déclarant que la création des Intelligences par Dieu n’a pas eu de commencement et, donc, que les Intelligences sont éternelles, il eût été, certainement, chrétien moins téméraire qu’en leur attribuant la puissance créatrice.

La lecture de ce qu’écrivait, aux confins du xme siècle et du xive siècle, un Dominicain qui avait enseigné à Paris, mais qui échappait à la suzeraineté de l’Université de Paris, nous explique la rigueur avec laquelle Etienne Tempier et ses conseillers avaient poursuivi la théorie néo-platonicienne de la procession des Intelligences à partir de la Cause première. Ils n’avaient pas bataillé confre des chimères ni lancé leurs coups dans le vide.

Le traite De Intel ligentiis de Thierry de Freibcrg va nous montrer qu ils ne s attaquaient pas davantage à des fictions lorsqu’ils condamnaient toute assimilation entre les Ames des cieux et les Ames des ctres qui vivent ici-bas.

Voyons, en effet, comment notre auteur conçoit les Moteurs conjoints aux sphères célestes, les Ames dont Avicenne et Al Gazàli n avaient défini la nature que d une façon très sommaire.

Comme les Intelligences, les Ames sont causes essentielles d’autres êtres 1 ; « mais les Intelligences et les Ames ne sont pas des causes essentielles du même genre, qui aient la même manière d’agir ; elles ne coïncident pas les unes avec les autres par la la production du même elfct en une même substance.

» La vertu qui appartient aux Intelligences, c’est la vertu qui produit une chose de rien, qui ne la tire pas d’un sujet préexis-

i. Theodorici de Friburgo De Intelligentiis. Cap. I ; ms. cit. , fol. 56, col. b.

11-73 LA DOCTRINE DE PROCLl S ET LES DOMINICAINS ALLEMANDS 195

tant, mais qui, cependant, requiert l’assistance d’un agent précédent.

« Informer une certaine substance d’une manière essentielle, en être la forme et l’accident essentiel, et cela, dans la subordination d’un certain Principe efficient supérieur, quia produit cette même substance destinée à cette information essentielle ; par l’intermédiaire de cette substance, qui est un ciel, produire les êtres inférieurs par génération, à partir d’un sujet préexistant ; voilà l’opération informatrice qui est propre à toute Ame céleste.

» Voici donc la raison de la différence dont nous avons parlé ; voici pourquoi ces causes essentielles ne coïncident pas entre elles en produisant le même effet dans la même substance : autre est la manière d’agir d’une substance qui est cause essentielle a l’égard de ce qu’on nomme le non-être, alors qu elle en tire un être ; autre est la manière d’agir d’une cause essentielle à 1 égard d'un certain être, alors qu’à partir de celui-ci elle produit et constitue un autre être ; c’est là la manière d agir qui est propre à la cause qui engendre et informe. Si 1 on considère et examine avec attention les choses qui viennent d être dites, on reconnaîtra qu’elles sont, pour ainsi dire, évidentes d’elles-mêmes. 11 est donc manifeste que les Ames des cieux doivent être rangées sous un autre genre que les Intelligences. »

Déjà, dans ce que nous venons de lire, l’Ame de chaque ciel est désignée comme un principe qui informe le corps du même ciel, ainsi que l’Ame de quelque être vivant à la surface de la terre informe le corps de cet être ; nous allons entendre affirmer cette analogie avec une entière netteté.

C’est au sujet du nombre des Ames célestes que cette affirmation se va produire '.

Une première théorie consiste à mettre dans les cieux autant de moteurs distincts qu’il y a de mouvements de rotations imaginés par les astronomes. Dans la sphère d’une planète, il y aurait ainsi autant d’âmes que la construction donnée par les Hypothèses des planètes y place d’orbes solides distincts et contigus entre eux. Une telle théorie s’autoriserait de l’exemple donné par Aristote en sa Métaphysique.

Une autre théorie consiste à attribuer une Ame unique à tout te ciel d’un astre errant, de la Lune, par exemple : « D’une autre

i. Theodoiuci de Friburgo Op. laud., rnotorum quos animas cælorum vocant, probabilitate alterius earum cum suis fol. 57, coll. b et c.

Cap. V : De numéro immediatorum et de duplici positione circa hoc et rationibus probabilitatis. Ms. ci t. ,

LE REFLUX DE LAU1ST0TÉLISME

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