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manière, nous pouvons dire que les moteurs des diverses parties de la sphère de la Lune (et il en est de même de chacune des autres sphères), des parties qui sont mues de mouvements distincts, sont des vertus infusées en ces parties, des dispositions qualitatives qui y sont imprimées par une seule substance principale que nous appelons 1 Ame de ce ciel pris en sa totalité ; ce moteur principal, que nous nommons Ame de l’ensemble de ce ciel, en meut les diverses parties par ces impressions qualitatives ; ainsi voyons-nous, dans les autres êtres animés, qu’une âme unique les anime et qu’elle communique à chacune des parties les mouvements propres dont ces parties sont mues ; ainsi voyons-nous que le mouvement du cœur, que les mouvements des artères, que les mouvements propres des autres membres du corps ont un seul principe qui est une âme unique ; de même en est-il, disons-nous» au sein de chacune des sphères célestes; chaque sphère est animée par une seule âme ; par la vertu qu elle répand simultanément dans toutes les parties de cette sphère, elle meut chacune d elles du mouvement propre qui lui convient..
» L’opinion qui a été exposée en second lieu est, pour moi, celle qui est la plus raisonnable et la plus probable, bien que les diverses parties d’une même sphère, parties qui sont mues
chacune pour son compte, ne soient point continues, mais contiguës. »
Ici, en effet, il en est comme en Mathématiques. En Mathématiques, il n’y a pas de différence entre la continuité et la contiguïté ; deux segments, contigus l’un à l’autre, d’une même ligne droite, forment une droite continue. Ainsi en est-il pour les divers orbes qui composent une même sphère céleste ; la contiguïté entre ces orbes ne diffère pas de la continuité, parce que leur ensemble constitue une chose qui est une par elle-même et en vertu d’un ordre essentiel ; cette unité essentielle qui assure ainsi la continuité entre les diverses parties contiguës d’un même tout, « a pour fondement cela même qui sert de fondement à l'existence ( entitas ) de ces parties ; ce fondement, c’est un certain acte formel ; dans le cas proposé, cet acte formel n’est pas autre chose que l’Ame unique de cette sphère céleste, qu’il s’agisse de la sphère de la -.une, de la sphère du Soleil ou de la sphère de quelque autre astre. Dans la recherche précédente, en effet, nous avons supposé que ces diverses sphères étaient, pour ainsi dire, spécifiquement diflérentes les unes des autres, tandis que les diverses parties d une même sphère sont de même espèce, en sorte que la sphère entière est spécifiquement une; or les sphères célestes sont per-
pétuelles et virtuellement éternelles ; en chacune d’elles, donc, l’unité ne peut pas être accidentelle ; elle ne peut pas advenir par accident ; il laut qu’elle résulte de la nature, de 1 existence par soi, de 1 existence essentielle ; partant, il est nécessaire qu elle ait pour racine un certain principe formel et essentiel que nous nommons l’Ame du ciel et qui est le moteur immédiat de ce ciel....
» C’est donc d’une telle substance, que nous nommons maintenant Ame d’une sphère, qu’une vertu ou disposition s’écoule en chacune des parties de cette sphère ; cette vertu ou disposition est donnée à chacune de ces parties en vue du mouvement qui lui est propre ; mais le principe formel qui est commun à la substance totale d’une telle sphère. »
« Ce principe formel 1 2 diffuse, en premier lieu et principalement, sa propre substance au sein de la substance de l’étoile qui est mue par cette sphère, par exemple au sein de la substance du Soleil ou de la substance de la Lune, etc. Puis, à partir de la substance de l'astre, ce même principe formel que j’appelle Ame du ciel se répand au travers du reste de la sphère jusqu’à ce qu’il en pénètre toutes les parties; ces parties, il a avec elles des rapports divers et les meut de mouvements propres ; il meut l’orbe concentrique comme ceci, le déférent excentrique comme cela, l’épicycle de telle autre façon. L'astre qui est mû en sa sphère joue, à l’égard de cette sphère, le rôle de coeur. Chose admirable ! Cet astre semble mouvoir sa sphère plutôt qu’être mû par cette sphère ; ainsi en est-il du cœur d’un animal. »
Cette théorie qui loge en l’astre même la source de la vertu motrice des divers orbes est, au gré de Thierry, rendue probable par la concordance qu’elle présente avec la manière d’agir des astrologues ; ceux-ci, en effet, pour établir leurs jugements, ne se soucient que de la marche de l’astre, sans prêter aucune attention à l’allure des divers orbes ; ils paraissent donc avoir reconnu que c’est du corps même de l’étoile qu’émane toute influence.
« Si 3, comme nous venons de le voir, la vertu du moteur se diffuse, en premier lieu et principalement, au sein de la substance de l’étoile et de la planète, elle doit, ensuite et en second lieu,
1. Theodorici de Friburgo Op. laud., Cap. VI : Quod dictum formale principium quod animam cæli dicimus per prius esseutialiter diffundit se in substantia stellæ quæ movetur in quocunque orbe cælesli et consequenter diffunditur per totum talcm orbem per omnes suas partes, et unde habetur hoc. Ms. cit., fol. 57. coll. c et d.
2. Theodorici de Friburgo Op. laud., Cap. VII. Quomodo sibi invicem ordi-
nentur, et subministrentur motores et motus cæli, et de numéro eorum in spécial!. Ms. cit., fol. d. 57, col. d.
LE REFLUX DE l’ ARISTOTÉLISME
se répandre au travers de la subtance de l’orbe de l’épicyclc, s’il y a un épicycle ; puis, en troisième lieu, au travers de l’excentrique, et ainsi, de proche en proche, au travers des autres parties de la sphère, s’il en existe. Les parties mues, en un animal, de mouvements divers nous présentent un ordre tout semblable de priorité et de subordination ; en 1 animal, la première chose qui soit engendrée et mise en mouvements, c’est le cœur ; puis, par 1 intermediaire du cœur, les autres membres sont engendrés et mis en mouvement suivant un certain ordre que la nature leur a prescrit ; ainsi en est-il dans le cas qui nous occupe.
» I ar là on voit clairement qu il n appartient pas à n’importe lequel tic ces moteurs [partiels] de donner 1 existence an corps qu’il meut comme nous venons de le dire; ces moteurs, en effet, ne sont pas tous des formes substantielles ; de cette manière là, qui consiste à informer d’une manière substantielle, une seule substance correspond à la sphère totale ; elle informe substantiellement toute cette sphère ; c est d elle que dépend, selon les philosophes, l'unité en môme temps que l’existence ( entitas ) de la sphère totale. »
Le langage de Thierry de Freiberg est d’une parfaite clarté. Il est certain que, pour lui, « la nature qui est le principe du mouvement d un corps céleste est une Intelligence motrice ; que cette nature intrinsèque est une forme substantielle, une Ame » dont les rapports avec le corps céleste se peuvent comparer, de tous points, à ceux qui existent entre 1 âme et le corps d’un animal terrestre. Il est certain « que 1 Ame de chaque ciel est une Intelligence et que les orbes célestes ne sont pas simplement les instruments de ces Intelligences, qu’ils en sont les organes à la façon dont 1 œil et 1 oreille sont les organes de la vertu sensitive ». Il est certain, enfin, « que les corps célestes sont mûs par un principe intrinsèque qui est une Ame, » et il va de soi « qu’ils sont mus par cette Ame grâce à la vertu d’un appétit, comme l’est l’animal. »
Il est donc évident que la doctrine de Thierry tombe en entier sous le coup des condamnations portées, à Paris, en 1277, car les quatre propositions par lesquelles nous venons de la résumer étaient de celles que ces condamnations déclaraient erronées. Peut-être jugera- t-on qu Ltienne Tempicr et ses conseillers avaient été bien inspirés en préservant les maîtres chrétiens de 1 Université de Paris du Néo -platonisme sans frein auquel s’abandonnait notre Dominicain saxon.
Il - LA DOCTRINE DE PROCLUS ET LES DOMINICAINS ALLEMANDS 109
D. L' Intelligence active.
11 semble que, parfois, Thierry se soit lui-même effrayé de son audace ; de temps en temps, une courte phrase paraît indiquer qu il voudrait laisser au compte des Philosophes la responsabilité des doctrines, qu’il défend cependant avec tant de fermeté contre le soupçon d'hétérodoxie.
« I out cela, dit-il a été exposé selon l’avis des Philosophes, sauf meilleur et plus exact jugement. » « Les Intelligences qu’admettent les Philosophes, dit-il ailleurs 1 2....
A peine sont-elles perceptibles, ces hésitations qu’éprouve Thierry à se déclarer pleinement convaincu par la théorie néo-platonicienne des Intelligences célestes ; elles semblent, d’ailleurs, disparaître entièrement lorsqu’il s’agit d’adhérer à la doctrine de l’Intelligence active.
« Selon la thèse des Philosophes, écrit-il 3 *, telles sont les Intelligences qui ont procédé de Dieu, s’il y en a quelqu’une (si quæ sunt) . Tout ce qui précède convient également à toute Intelli¬
gence qui, par sa propre essence, est intellect en acte ; cela convient donc à l’Intelligence active, car elle est ce que nous venons de dire ; par sa propre essence, elle est intellect en acte. »
Si Thierry se fie pleinement à l’existence d’une Intelligence active fort semblable à celle qu’avaient imaginée la Théologie d Aristote, Avicenne, Al Gazâli, c’est que son mysticisme chrétien concourt avec son néo-platonisme pour lui en démontrer l’existence et lui en découvrir la nature.
L’Intelligence active, notre Dominicain saxon va la découvrir en lui-même, dans ce fond de l'âme, dans cet abditum mentis où tous les grands mystiques chrétiens cherchaient le trait d’union de l’homme avec Dieu.
Qu'il faille, au plus profond de nous-même, chercher ce par quoi notre nature atteint sa plus haute perfection, Thierry le justifie par des considérations * où il invoque la triple autorité de saint Augustin, de Denys et de Proclus; et ces considérations se condensent en cet axiome du faux Aréopagite 5 :
1. Thuodoricus de Friburgo De Inlelligentiis et motibas eælorum. Cap. IV; ms. cit., fol. 57, col. b.
2. Theodouici de Friburgo Tractalus de mensuris durationis (Engelbert Krebs, Op. laud., p ioo")-
3. Thedorici de Friburgo Tractalus de intellectu et intelltgibili ; Secunda pars, cap. XXXIV. (Engelbert Krebs, Op. laud., p. i64').
4- Theodoricus de Friburgo De tribus difpcilibus articulis. III. De uisionc beali/ica. (Engelbert Krebs, Op. laud., p. 70').
5. Dionysii Areopagitæ De ecclesiastica hierarchia, Cap. V, § V [Dionysii
LE REFLUX DE l’aRISTOTÉLISME
« Dans la hiérarchie des êtres, il y a toujours une telle liaison entre ce qui est le plus élevé et ce qui est le plus has, que ce qui se trouve placé au degré le plus éminent touche ce qui se trouve au degré le plus infime. »
Thierry ne fait qu’étendre à toute hiérarchie ce que Denvs avait dit seulement de la hiérarchie ecclésiastique : « ’H tcocotti uèv s<m — , àxpo-raTY) Ss xca sa-yàr/) TïâX'.v ^ a'JTV). »
Recueillons avec soin l’affirmation que vient d’émettre le philosophe de Freiberg; au xvc siècle, nous verrons Nicolas de Cues reprendre et développer la tradition néo-platonicienne des Dominicains allemands, et sa Métaphysique tout entière prendra pour axiome fondamental la proposition que nous venons d’entendre.
Thierry va donc descendre au plus profond de son intelligence pour y découvrir ce qu’il y a de plus sublime dans la nature humaine.
De cet abditum mentis , c’est à saint Augustin qu’il demande la définition. « C’est, lui dit l’Evêque d’Hippone la partie la plus secrète de notre mémoire; là s’engendre le verbe intime qui n'appartient à aucune langue ; science de science, vision de vision, intelligence qui apparaît lorsqu’on médite sur l’intelligence, qui existait dans notre mémoire, mais qui demeurait cachée. » Tout aussitôt, cette description arrache ce cri de joie à notre Néo-platonicien ; il y a reconnu l’Intelligence active ! « Voyez, dit-il *, avec quelle élégance saint Augustin exprime comment cette science, cette vision, cette connaissance qui constituent notre pensée extérieure, tout ce qu’il entend sous le nom de verbe, tout ce qui concerne l’intelligence en puissance après qu elle a été mise en acte, comment tout cela naît de cette science, de cette vision, de cette connaissance qui sont intérieures, qui dépendent de l’Intelligence active, et qui sont le fond de la pensée ( abditum mentis ) .
Ce fond de la pensée dont saint Augustin, au De Trinitate , suppose sans cesse l’existence, ce ne peut être 3 qu’une substance dont l’opération intellectuelle est sans cesse en acte ; une substance qui se connaît elle-même par sa propre essence; qui, d’une seule connaissance absolument simple, connaît toutes choses en même temps et par là même qu’elle se connaît ; ce ne
Arespagitæ Opéra. Accurante J. P. Migne. T. I (Patrologiæ Græcæ t. III). CuII. 5o5-5o6.]
i. Sancti Aurelii Augustini De Trinitate Iib. XV, cap. XXI, art. 4o. s. Theodorici de Friburgo Op. laud . (Engelbert Krebs, Op. laud., p. 73'). 3. Thierry de Freiberg, toc. cil., pp. 7F-74'.
peut être, en un mot, cjue l’Intelligence active telle que l’ont conçue « Alexandre, Al hàrabi, Avicenne, Averroès et tous les Péripatéticiens. »
Ce fond de l’Ame par où nous sommes attachés à Dieu, c’est donc 1 Intelligence active ; examinons, dès lors, comment cette Intelligence est unie avec Dieu et comment elle nous est jointe.
L Intelligence active procède de Dieu comme en émanent les autres Intelligences ; mais ce mode de procession, particulier aux Intelligences, se distingue de celui qui convient aux autres créatures *.
Toute espèce creee a sa raison en Dieu; tout individu créé a, lui aussi, sa raison dans la pensée divine. Une créature particulière est donc, à la fois, par son espèce, 1 image de la raison spécifique et, par son individu, l’image de sa raison individuelle, ces deux raisons ayant leur siège en Dieu.
Par de telles propositions, Thierry ne fait que répéter l’enseignement de tous les théologiens catholiques, de saint Augustin à saint Thomas d’Aquin.
Une Intelligence, comme toute autre créature, a sa raison en Dieu et elle est une image de cette raison ; par là, comme toute autre créature, elle est faite à la ressemblance de Dieu. Elle ne 1 est pas seulement de cette manière. Chacune des raisons qui sont en Dieu est le modèle, l’idée, d’une créature particulière, espèce ou individu ; mais en outre, Dieu même est le modèle ( exemplar ) de l’Univers créé pris dans son ensemble. Une Intelligence ne procède pas seulement de Dieu suivant sa raison particulière qui réside en Dieu ; elle est, en outre, image de Dieu en tant que celui-ci est le modèle exemplaire de l’Univers entier.
Les Intelligences, donc, et, en particulier, l’Intelligence active « procèdent de Dieu non seulement suivant une raison et de la façon qui est commune aux autres choses, mais encore de telle sorte que chacune d’elles soit une image de Dieu même. »
Si les raisons des choses, tout en résidant au sein de la pensée divine, étaient distinctes de Dieu, la doctrine de Thierry semblerait peut-être aisée à concevoir. Mais, comme tous les théologiens catholiques, notre auteur admet « qu’en Dieu, Dieu même et toute raison qui réside en lui sont même chose. » Dès lors, il devient bien difficile de percevoir la démarcation qui a été établie entre la procession des Intelligences et la production des autres
i. Theodorici de Friburgo Traclatus de intellectu el inlelligibili , pars II, capp. XXXIII-XXXVI (Engelbert Krebs, Op ■ laud., pp. 1 63'-i t>7*.
LE REFLUX DE L ARISTOTÉLI SME
créatures; Thierry, cependant, maintient avec fermeté que cette démarcation n’est pas illusoire ; accordons-lui cette conclusion d’arguments trop subtils pour que nous les puissions saisir.
Voyons maintenant quel est le rapport de notre âme à l'Intelligence active.
« L’Intelligence active 1 est le principe causal de l’existence ( essentia ) de l’âme; il en est le principe de telle façon qu’il lui soit identique au point de vue de la cause, et qu’il lui soit intrinsèque comme le cœur l’est à l’animal. Pour bien comprendre cela, il faut considérer que, lors de la génération d’un animal, c’est dans le cœur que le principe générateur dirige tout d’abord les esprits vitaux; c’est là que se détermine l’aptitude de ces esprits à la génération des autres parties du corps ; partant, c’est par l’intermédiaire du cœur que sont engendrés les autres organes et l’animal tout entier ; ainsi, tandis que le cœur engendre les autres parties du corps, il demeure subordonné au principe générateur principal, qui est la cause essentielle. »
Cette comparaison nous ramène à la doctrine que Thierry professe sur le pouvoir générateur des Intelligences. C’est l’Intelligence active qui engendre notre âme ; elle ne la tire pas d une matière préexistante ; elle la produit à partir du néant; et, cependant, cette production ne mérite pas le nom de création, parce que, si l’Intelligence active en est capable, c’est en vertu d’un pouvoir que lui délègue la Cause première.
Notre auteur vient de nous dire que l’intelligence active est, « au point de vue de la cause, identique (idem secundum causant) » à l’âme qu’elle produit. Que faut-il entendre par là?
Thierry vient de le dire dans un passage 2 où il citait Proclus et développait l’enseignement de cet auteur et du Livre des Causes.
« Entre substances, l’identité peut être de trois façons qu’énumère le commentaire de la cent trente-sixième proposition de Proclus 3 : « Toute chose existe de trois façons : à titre de cause, à titre d’essence, à titre de participante.
» En choses qui présentent entre elles un ordre essentiel, nous ne trouvons pas d’autres façons d’être que celles-là. Dans une semblable hiérarchie, en effet, chaque chose supérieure est, à titre
1. Theodorici de Kriburgo Op. /auil., pars 11, cap. IX (Engelbert Krebs, Oo ■ taud ., p. 1 4 * *)-
2. Theodorici de Kriburgo Op. laud., pars II. cap. I (Engelbert Krebs, Op. land.. r>. i.°>4*).
2. ÜPOKAOY AIAAOXOY riAATiîNIKOY iToiyjiwiii 0îo)oY£xij, éd. Creuzer, prop. GXL : éd. Francofurti ad Mœnum, 1822, pp. 208-209; éd. Parisiis, i855, p. XCVI.
de cause, toutes les choses qui sont au-dessous d'elle ; chaque chose inférieure est, par participation, toutes les choses qui sont au-dessus d’elle ; par, son essence enfin, nulle chose n’est identique à une autre; chacune d’elles subsiste en elle-même, selon l’univoque raison de son essence propre.
» Si nous voulons parler, par exemple, des Intelligences séparées, chacune d’elles, au gré des Philosophes, est toutes les choses inférieures dont elle est cause. Toutes les choses inférieures à leur tour, sont, par participation, les êtres supérieurs ; causées par ceux-ci, en effet, elles reçoivent en partage toutes les perfections que possèdent leurs causes, mais elles les reçoivent à un moindre degré de noblesse. »
Ainsi devons-nous comprendre les rapports de Dieu, de l’Intelligence active et de l’âme humaine. Cause essentielle de l’âme, l’Intelligence active est, à ce titre, identique à l’âme, parce que toute cause est dans son effet et est son effet ; produite par l’Intelligence active, l’âme a avec elle une identité participée, car tout effet est dans sa cause et est sa cause. Et de même, Dieu est, à titre de cause, l’Intelligence active, et l’Intelligence active possède, avec Dieu, l’identité par participation.
Ainsi la doctrine de Proclus et du Livre des Causes nous explique comment le fond de notre pensée, Yabditum mentis, identique à l’Intelligence active, est le trait d’union entre notre âme et Dieu.
Thierry en vient maintenant à la difficile et redoutable question : L’Intelligence active est-elle unique et la même pour tous les hommes, ou bien chaque homme possède-t-il son intelligence active particulière?
Thierry déclare sans ambages 1 « qu’à tout homme singulier correspond une intelligence active singulière, qu’il y en a une pour chacun de nous, que les intelligences actives sont multiples et que leur nombre est égal au nombre des hommes. »
Voilà donc brisée l’analogie parfaite que notre auteur avait respectée jusqu’ici entre les Intelligences motrices des cieux, telles que les Philosophes les avaient définies, et l’Intelligence active. De ce disparate, qu elle est la raison d’être?
Quand une Intelligence céleste 2 engendre l’Ame d’un ciel ou une Intelligence inférieure, elle demeure distincte et séparée
1. Theodorici de Friburgo Op. laud., pars II, cap. XIII. (Engelbert Krebs, Op. laud., p. i44*.
2. Theodorici de Friburgo Op. laud., pars II, cap. XIX (Engelbert Krebs, Op. laud., pp. i48-i49)-
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