Spéculum Astronomiæ, cap. XII
l’astrologie chrétienne
l’homme n’a jamais, par son libre arbitre, pouvoir de rien changer, il apparaît que ces parties de l’Astrologie méritent, elles aussi, de demeurer ; elles n’ont besoin d’aucun reproche, à moins qu’il n’y ait, contre elles, quelque autre objection que je n’ai jamais ouï proposer.
« J’en viens aux jugements de nativité. Cette partie semble, plus aisément que les autres, et plus gravement, porter atteinte au libre arbitre. »
Cette partie de l’Astrologie consiste à tirer l’horoscope d’un enfant au moment de la naissance et à en déduire la connaissance du sort qui, dans la vie, attend cet enfant.
De ces jugements, il arrive que certaines personnes contestent l’utilité. Que les étoiles annoncent la venue d’une maladie, à quoi cela nous sert-il ? Si cette menace pouvait être détournée, c’est donc que la prédiction des astres pourrait être mensongère. A cela, l’auteur répond en citant YOpus quadripartitum de Ptolémée et en s’inspirant de cet ouvrage.
« Je dis que toute opération effectuée par un agent sur une chose susceptible d’altération est adaptée à la matière qui éprouve cette opération ; un même feu dessèche la glaise et fond la cire. Qu’un homme donc, par le magistère des astres, sache que dans un âge à venir, l’opération des Cieux le fera souffrir parce qu’il y a, en lui, excès de chaleur et de sécheresse ; longtemps avant l’âge indiqué, il pourra, en observant la diète, modifier sa complexion et la tourner du côté du froid et de l’humide ; advienne alors l’opération du Ciel ; si elle eût trouvé en lui une complexion de consistance moyenne, elle l’eût conduit à la maladie du côté de la sécheresse et de la chaleur ; mais comme elle le trouve de l’autre côté, elle le ramène plutôt au milieu, c’est-à-dire à la santé.
» De cette façon, donc, l’inconvénient prévu peut-être écarté en totalité ou en partie ; par là, l’opération céleste n’a pas été frustrée ; bien plutôt, elle a été complétée ; ce n’est pas, en effet, l’opération du Ciel qui a été écartée ; c’est la qualité de cette opération. »
Mais les jugements de nativité ne sont-ils pas la négation du libre arbitre, puisqu’ils annoncent d’avance quelles seront les mœurs d’un homme. « Que faut-il donc répondre à cette objection relative aux mœurs des hommes ? Ceci tout simplement : Lorsque, du nouveau-né, l’astrologue juge qu’il sera chaste ou incestueux ou colère ou patient, il juge seulement de l’aptitude ou du manque d’aptitude. L’homme choisira néan-
LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIÈCLE
moins soit ceci, soit cela ; mais l’opération du Ciel fait qu’il incline plus promptement à choisir ce à quoi il est apte.
» Va-t-on, dès lors, mépriser cette science en prétendant que, par là, elle semble détruire le libre arbitre ? Assurément, pour la même raison, il faudra détruire la médecine ; par le magistère de la médecine, en effet, on juge si les causes d’ici-bas donnent, à un homme, aptitude à ces sortes de choses ou le privent de cette aptitude. » i
Saint Thomas d’Aquin avait dit de même 1 2 : « Comme le médecin peut juger de la bonne qualité de l’intelligence par la complexion du corps, qui en est une disposition prochaine, ainsi l’astrologue en peut juger par les mouvements des corps célestes qui sont la cause éloignée de cette disposition. » Du reste, la doctrine du Spéculum Astronomiæ, en ce passage, est identique à celle de Saint Thomas et de tous les théologiens du xme, siècle.
L’auteur du Miroir astronomique arrive enfin * aux « interrogations » touchant les futurs contingents ou, comme il dit, les « futurs possibles ». Les réponses que l’Astrologie donne à de telles interrogations n’impliquent-elles pas négation du libre arbitre ?
« Les interrogations relatives aux futurs contingents qui sont soumis au libre arbitre sont de deux sortes. Il y a des interrogations de fait : Qu’adviendra-t-il de telle chose ? Il y a des interrogations de conseil : Vaut-il mieux faire ceci ou cela ?
» Les interrogations de conseil ne détruisent nullement la liberté du choix, mais, plutôt, elles la dirigent et la conseillent. Ainsi en est-il de l’interrogation qui concerne une négociation : Me serat-elle utile ou non ? De deux choses, quelle est celle qu’il vaut mieux acheter ? Quel parti dois-je prendre : vaut-il mieux m’en aller ou rester ?...
» Quant aux interrogations de fait, déterminer de quelle manière elles peuvent coexister avec le libre arbitre est chose fort difficile.
» Voici, par exemple, une interrogation portant sur une chose qu’on doit demander à quelqu’un : La donnera-t-il ou ne la donnera-t-il pas ? Lors même que mille signes auraient indiqué qu’il ne la donnera pas, il pourra cependant la donner ; et lor»
1. Sancti Thom.b Aquinatis Summa contra Gentites, lib. III, cap. LXXXIV ; Quod corpora cælestia non imprimant in intellectus nostros.