Incerti Auctoris Op. laud., cap. X, 4 ; éd. cit., p
l’astrologie chrétienne
Il est vraisemblable que, parmi les philosophes qui lisaient Avicenne, parmi les astrologues qui fréquentaient AI kindi, ces doctrines trouvaient des adeptes, au grand scandale des docteurs catholiques.
Les Astrologues. — L’HOROSCOPE de Baudouin de Coutenay. L’INTRODUCTOiRE D’ASTRONOMIE
De cette adhésion donnée par les astrologues chrétiens du xme siècle au fatalisme des Arabes, pouvons-nous* citer£des témoignages formels et explicites ? Nous n’en avons pas rencontré. Les divers traités astrologiques dont nous allons parler se gardent de proclamer que le déterminisme universel enchaîne tout, même nos volontés, par ses liens de fer. Mais ils ne déclarent pas davantage que notre volonté échappe à l’influence nécessaire des étoiles. Ils ne nient pas la contingence et le libre arbitre, mais ils ne les affirment pas non plus ; ils se contentent de les passer sous silence. Il est toujours téméraire de préjuger d’une intention qui ne se formule pas ; il semble bien, cependant, que les astrologues du xme siècle gardent l’attitude de fatalistes qui, s’ils déclaraient leur fatalisme dans les livres qu’ils composent, craindraient que ceux-ci ne fussent, par les soins de l’Église, jetés au feu.
La Compilation de Léopold, fils du duché d’Autriche, fut certainement un des traités composés par les Chrétiens qui eurent autorité parmi les adeptes de l’art judiciaire. Or, au sujet du principe qui porte toute l’Astrologie, du gouvernement que les astres exercent ici-bas, ce traité est muet. Léopold a beaucoup emprunté à Albumasar ; il n’a pas reproduit l’intéréssante discussion à laquelle l’Auteur arabe avait soumis la légitimité de la science qu’il professait. Sans se soucier le moins du monde d’une telle critique des hypothèses qui supportent cette doctrine, le Fils du Duc d’Autriche aborde d’emblée les applications. Au cours des règles qu’il formule, il n’introduit jamais une de ces restrictions, une de ces atténuations qui
LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIÈCLE
pourraient écarter les scrupules d’un chrétien. C’est sans nul souci de ces scrupules qu’on l’entend dire 1 :
« Les altérations du Monde qui sont grandes et générales sont connues par les signes suivants :
... Par Jupiter, la distinction des sectes ; selon d’autres, les sectes continuent avec lui... On connaît les changements de sectes : Par le changement des conjonctions dans les triplicités ; par les révolutions de Saturne et de Jupiter en 360 ans ; par les grandes années des planètes ; par l’accès ou le recès de l’orbe [des étoiles fixes] de 8° en 640 ans. » C’est avec cette parfaite indifférence que notre auteur formule les règles diverses de l’horoscope des religions.
En 1271, Robert l’Anglais rédige à Montpellier ses Gloses sur le Traité de la sphère de Joannes de Sacro Bosco. Au cours de la première glose du chapitre I, Robert dit quelle est l’utilité de la Science astronomique. « Cette utilité, dit-il 2, est encore rendue manifeste par l’opération de la Médecine. Le médecin ne peut guérir, en effet, s’il ignore la cause de la maladie ; et cette cause ne peut être connue si l’on ignore le mouvement et la disposition des corps célestes, mouvement et disposition qui est la cause de toutes les dispositions des choses d’ici-bas. (Que quidem causa sciri non potest si ignoretur motus et dispositio corporum supracelestium que est causa cujuslibet dispositionis istorum inferiorum.) Si l’on ignore la cause des effets les plus élevés, on ignore aussi la cause des effets qui viennent ensuite ; car, ainsi qu’on le voit au commencement du Livre des Causes, la cause primaire a, sur l’effet qu’elle produit, plus d’influence que la cause secondaire... » /
En disant que les mouvements et configurations des corps célestes produisent toutes les dispositions des choses d’ici-bas, Robert l’Anglais entend-il affirmer que les décisions mêmes de notre volonté reconnaissent cette cause ? Exempte-t-il, au contraire, notre liberté, de l’empire des astres ? Il ne nous le dit pas, et, dans ses nombreuses prescriptions d’astrologie médicale, nous n’avons rien trouvé qui nous fit deviner sa pensée.
1. Compilatio Leupoldi ducatus austrie filii de astrorum Scientia Decem continens tractatus. Colophon : Compilatio Leupoldi ducatus Austrie filii de astrorum Scientia : explicit féliciter. Venetijs per Melchiorem Sessam : et Petrum de Ravanis socios. Anno incarnationis domini M cccccxx. die xv Julii. — Tract. V ; De annorum revolutionibus, cap. I ; fol. précédant le fol. sign. F, r° et v°.
2. Traclarus de spera Jo. de Sacro Boscho cum glosis Ro. Anglici. Cap. I, glosa I. (Bibliothèque Nationale, fonds latin, ms. n° 7392, fol. 2, col. d).
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Serons-nous mieux renseignés en lisant les deux ouvrages, composés en français, qui ont été étudiés par Paulin Paris \ et que nous avons étudiés à notre>tour1 2 ?
Un même manuscrit de la Bibliothèque Nationale3 réunit ces deux ouvrages, l’un en vers, l’autre en prose, écrits en 1270, en dialecte de l’ Ile de France, pour Baudoin de Courtenay, Empereur de Constantinople.
Voyons ce que l’« astrologien » de Baudoin nous dira des principes de son art ; et, pour cela, adressons-nous, tout d’abord, à l’horoscope versifié. En voici le début :
« Dex, qui fist toutes créatures,
Qui ordena que lor natures Fusent prises del firmament,
De lui et de son movement,
Et des estoiles qu'il i mist Dont chascune par ordre gist,
Et des planètes qui enz corent,
Qui touz temz errent et laborent P or sostenir toutes les choses Qui el firmament sunt encloses,
Changent et muent par raison Les inztemz et la saison,
Et corent en bas et en haut,
Or (ont le froit, or font le chaut,
Or s'entrencontent, or se jognent,
Or se dessoudent, or s’eslognent,
Or sont tardives, or se hastent,
Or destruient choses et gastent,
Or les croissent et mouieplient.
Or douent bien, or contredient,
Or font pluies, or font venz,
Or font tonairres, or tormenz.
Or metent amont, or aval,
Quantque nos avons bien et mal Par la vertu que Dex i mist Quant le Monde ordena et fist;
Lors fist-il home raisonable
1. Paulix Paris, Astrologue anonyme ( Histoire littéraire de la France, t. XXI, 1847, pp. 423-433).
2. Voir : Seconde partie, ch. III, § XIII ; t. III, pp. 130-152.
3. Bibliothèque Nationale, fonds français, n° 1353 (olim 7485).
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Quant l'arme 1 i mist, qui est durable Et non pas touz iorz o le cors,
Quar Dex volt qu'èle en eissist hors.
Et porce que hom raison a,
Dex sapience li dona Parquoi ces choses enqueist Et encerchast, et apreist A convistre son Créator Par le Monde et par son ator.
De lonc temps et de Antiquité F u enquise la vérité Cornent li firmamenz menoit Ces choses ça jusque l'en voit. »
Il ne paraît pas, dans ces vers, que l’auteur songe à restreindre par la moindre condition l’empire que les astres exercent sur les choses d’ici-bas ; il ne paraît pas, non plus, qu’il veuille, aux divinations de l’astrologue, opposer la moindre borne infranchissable ; il ne semble pas croire que quelque contingence pourrait laisser un événement suivre un cours que les astres n’annonçaient pas ; toujours, au contraire, les événements suivront les indications données par le Ciel :
« Donc sunt-il bien ou tost ou tart 2,
Selonc que li signe le client,
Qui tost ou tart le segne fient.
Einsit encerchent li bon meslre Des planètes le cours et le estre,
Et cornent bien savoir les tables Por savoir les leus convenables Là où il voient arriver Les planètes à le aiver.
Quar à ce doit métré grant peine Li bons meslres qui bien se peine,
Que prime son tacuin 3 face,
Par qui sel le terme, la face,
L’exaucement 4 et la maison,