‹ Le système du monde (volume 4)Chapitre 103 sur 158 · Spéculum aslronomicum, cap. IL · texte numérisé non relu

Spéculum aslronomicum, cap. IL

2. Sancti Thomæ Aquinatis Summa contra gentiles, lib. III, cap. XCIII : De ato, an sit et quid sit.

l’astrologie chrétienne

« Si quelqu’un appelle Destin la vertu ou le pouvoir de Dieu, » qu’il garde son avis, mais qu’il corrige son langage. »

N’est-ce pas ce qu’avaient fait l’auteur des Tables de Marseille, l’auteur du Spéculum Astronomiæ ?

Le traité DE ERRORIBUS PHILOSOPHORUM

Les docteurs chrétiens du xme siècle s’accordaient à permettre l’Astrologie pourvu qu’elle maintînt sains et saufs les droits du libre arbitre. Mais nombre d’astrologues, sans aucun doute, ne se soumettaient pas de bonne grâce à cette condition ou même la rejetaient entièrement. Ils faisaient, en effet, un continuel usage des écrits astrologiques composés parles Arabes''; or si, parmi ces écrits, quelques-uns, comme Y Introductorium d’Albumasar, faisaient une place aux futurs contingents, la plupart admettaient le fatalisme absolu que professait un Avicenne ; aux mouvements célestes ils enchaînaient tous les événements d’ici-bas par les liens d’un déterminisme rigoureux. Ainsi faisait Al Kindi dans son traité De theoria artium magicarum, et les propositions, négatrices de toute liberté, que contenait ce traité, méritaient d’être signalées par l’ouvrage qu’un auteur inconnu a intitulé De erroribus philosophorum 1.

L’ensemble des thèses que le traité De erroribus philosophorum relève, pour les condamner, dans le livre d’Al Kindi, forme une théorie du fatalisme qu’un Chrysippe n’eût pas désavouée.

« Il affirme 2 que les évènements futurs dépendent, absolument et sans aucune condition, de l’état des corps célestes. Aussi dit-il, au chapitre intitulé De radiis stellarum, que celui qui connaîtrait en entier la condition de l’harmonie céleste, connaîtrait pleinement tous les événements tant passés que futurs...

» Il croît que tout individu éprouve l’effet de toutes. les causes qui sont dans le Monde ; il en résulte que toute cause et tout

1. Incerti Auctoris Tractatus de erroribus philosophorum, cap. X : De collectione errorum Alkindi. [Pierre Mandonnet, O. P., Siger de Brabant et V Averroïsme latin au XI IIe siècle. IIe Partie, Textes inédits. Louvain (collection : Les Philosophes Belges ) 1908].

2. Incerti Auctoris Tractatus de erroribus philosophorum, cap. X, 1, 2, 3, 4, 5 ; éd. cit., pp. 18-19.

398 LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIÈCLE

effet a une vertu, pour ainsi dire infinie, car la vertu de chaque cause atteint chacun des effets. Au chapitre De radiis elementorum, voici ce qu’il dit : Nous devons affirmer que toute chose qui, dans le monde des éléments, possède l’existence actuelle, émet de toute part des rayons qui remplissent le Monde entier ; partant, chaque lieu du Monde reçoit des rayons provenant de toutes les choses qui existent actuellement dans ce Monde...

» Si n’importe quelle chose de ce Monde était pleinement connue, on aurait, par là même, connaissance du Monde entier ; ainsi dit-il au chapitre De radiis stellarum que la condition d’un seul individu de ce Monde, si elle était pleinement connue, refléterait comme un miroir la condition totale de l’harmonie céleste...

» Tout arrive par nécessité. Toutes choses étant pleinement soumises au mouvement des corps célestes, et ce mouvement étant nécessaire, tout advient nécessairement. Aussi dit-il, au chapitre De theorica. possibilium, que toutes les choses qui sont, se font et adviennent, dans le monde des éléments, sont causées par l’harmonie céleste ; partant, toutes les choses de ce monde, ayant rapport à cette harmonie, procèdent d’une manière nécessaire...

» Tous les éléments de ce monde, tous les individus qui existent dans la sphère sujette à l’action et à la passion, il les prive de toute action propre. Selon l’opinion du vulgaire, dit-il dans son chapitre De theorica possibilium, une chose composée d’éléments, par ses rayons et par sa force, agit sur une autre chose analogue ; mais, selon l’exacte vérité, ce n’est pas cette chose qui agit ; c’est la seule harmonie céleste qui opère en toutes choses. »

De ce déterminisme universel, Al Kindi n’exempte pas la volonté de l’homme. « Il croit 1 que les mouvements de la volonté sont soumis aux créatures corporelles, aux corps célestes par exemple. »

De ce fatalisme, il tire la conséquence pratique qu’en tirait maint stoïcien, un Lucain par exemple 2 : « L’homme qui espère, désire ou craint quelque chose est un ignorant, car ces sentiments n’auraient de raison d’être qu’aux sujets d’événements qui pourraient arriver autrement qu’ils n’arrivent. »

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