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ENTRE ELLES

Lorsque, des terres soumises à l’Islam, on leur eût apporté l’Astrologie, les Docteurs de la Chrétienté latine éprouvèrent, à l’endroit de cc-tte science, des sentiments divers. Encore tout pénétré des enseignements de Saint Augustin, Guillaume d'Auvergne vit avec horreur ces pratiques qui prétendaient, par l’observation des astres, juger du sort même des religions. Ses successeurs s’accoutumèrent aux principes de l’art judiciaire. Chez un Alexandre de Alès, chez un Albert le Grand, chez un Bonaventure, on ne reconnaît plus cette antipathie qui faisait frémir l’Évêque de Paris. C’est la sympathie qu’on devine chez Thomas d’Aquin pour les principes de l’Astrologie judiciaire, et, chez Roger Bacon, cette sympathie se transforme en une enthousiaste admiration.

Mais, en dépit de la diversité des sentiments qu’ils ont éprouvés, tous ces maîtres ont défini de la même manière l’attitude que l’Église doit garder en présence de l’Astrologie. Pourvu que les jugements d’Astronomie aient soin de sauvegarder la libre arbitre de l’homme, l’Église doit regarder ces jugements comme choses indifférentes qu’elle n’a point à blâmer non plus qu’à approuver. Au contraire, dès là que l’Astrologue prétend soumettre la volonté de l’homme à des lois nécessaires, l’Église le doit condamner.

C’est selon ces règles, posées par les théologiens du xme siècle, que sont formulées les condamnations portées contre l’Astrologie, en 1277, par Etienne Tempier. L’héritier de Guillaume d’Auvergne ne frappe point les astrologues de ses anathèmes, tant qu’ils n’assujettissent pas l’âme humaine à l’action directe et fatale des étoiles.

Aussi, après les condamnations de 1277, théologiens et philo-

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sophes chrétiens gardent-ils, à l’égard de l’art judiciaire, l’attitude qu’ils avaient prise avant ces condamnations ; ils accordent libre pratique à cet art, pourvu qu’il s’engage à laisser inviolée la liberté de l’homme. Ainsi fait un Duns Scot, ainsi fait un Thémon.

Mais au temps de Thémon, le fils du Juif, voici que l’Astrologie rencontre un adversaire déterminé en la personne du prudent et audacieux Nicole Oresme. Ce n’est pas sur le terrain de la Théologie que Nicole Oresme combattra l’art judiciaire ; dûment autorisée lorsqu’il s’agit d’imposer des bornes à l’usage de cet art et de lui interdire toute atteinte au libre arbitre, la Théologie n’a aucun pouvoir pour contester les principes mêmes de la divination par les astres. Ces principes, c’est au nom des mathématiques qu’Oresme va les attaquer ; il dressera contre eux une objection déjà vieille, mais à laquelle il redonnera une nouvelle vigueur.

Au fond de tous les aphorismes que l’Astrologie formule touchant les conjonctions, les oppositions, les quadratures, les triplicités, gît cet axiome : Toutes les fois qu’un, deux ou plusieurs astres reviennent à la même disposition par rapport au Ciel suprême, ils exercent ici-bas les mêmes actions. Or que resterait-il de cet axiome si deux astres ne pouvaient jamais prendre deux fois, à l’égard du Ciel suprême, la même situation ?

Que les deux astres soient deux sphères parfaites, comme tout le monde l’admet ; que leurs centres décrivent des trajectoires de figures quelconques, mais fixes toutes deux à l’égard de la dernière sphère ; si les durées de révolution de ces deux astres sont incommensurables entre elles, on ne verra jamais ces deux planètes reprendre, au rapport de l’ordre suprême, une disposition qu’ils avaient prise une première fois. Voilà, dès lors, privées de tout sens les règles diverses que l’Astrologie formulait au sujet de ces deux planètes.

Lorsqu’Oresme s’empara de cette objection pour ruiner les fondements de l’Astrologie, elle n’était, avons-nous dit, point neuve. Nous ne saurions nommer le premier mathématicien qui ait émis cette supposition : Le rapport des durées de deux révolutions célestes peut être un nombre irrationnel, un nombre sourd. Nous nous bornerons à présenter ici les plus anciens textes où nous ayons rencontré quelque allusion à cette hypothèse.

Abraham Aven Ezra avait, entre autres écrits astrologiques, composé un Traité des révolutions, appelé Traité du Monde ou

LES ADVERSAIRES DE L’ASTROLOGIE

du Siècle. Nous avons dit 1 comment Henri Bâte en avait donné une traduction latine qui fut commencée à Leyde et achevée à Malines en 1281.

Dans ce traité, Abraham Aven Ezra était amené à parler en ces termes de la Grande Année 2 : « Les savants perses disent qu’il faut prêter grande attention aux diverses parties de la firdaria, qui reviennent périodiquement tous les 75 ans...

» On dira peut-être que, d’après cela, toute période de 75 ans devrait être semblable aux périodes précédentes, puisque les planètes et leurs participations sont [en deux de ces périodes,] de même forme.

» Voici la réponse : Cela ne peut arriver par le moyen du seul rapport qui se trouve entre un ascendant et la manière dont l’astre se comporte à l’égard de cet ascendant, lors même que ce rapport resterait uniforme ou demeurerait perpétuellement égal à lui-même, et lors même que le Monde durerait toujours. C’est une chose dont vous pouvez vous rendre compte. Saturne, en effet, éprouve de multiples diversités, soit de la part du Soleil, soit de la part des autres planètes ; il en éprouve aussi de la part des étoiles supérieures, qui se meuvent d’un degré en 70 ans. Aussi ne reprendra-t-il pas, à l’égard des étoiles supérieures, une situation qu’il a une première fois occupée, avant que 25.000 ans ne se soient écoulés. Mais il n’est pas nécessaire de s’arrêter plus longtemps à ce discours. »

Ce passage était presque aussitôt suivi de cet autre :

« C’est pourquoi il n’est pas possible de regarder la nativité d’un homme comme aussi semblable à celle d’un autre homme qu’elle l’est à elle-même. L’orbe céleste, en effet, ne se comporte pas toujours de même manière. Jamais un instant ne sera que la position relative des astres n’y soit différente de toute position qui a déjà été comme de toute position qui sera. C’est ce qu’ont reconnu, en y regardant, ceux qui s’adonnent à l’analyse. — Quapropter esse non potest nativitas hominis que assimiletur

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