‹ Le système du monde (volume 4)Chapitre 29 sur 158 · Pierre de Candie, loc. cil., fol. 173, col. c · texte numérisé non relu

Pierre de Candie, loc. cil., fol. 173, col. c

LE VIDE ET LE MOUVEMENT DANS LE VIDE 117

La Dynamique péripatéticienne voulait que la notion même de mouvement impliquât non seulement une puissance motrice, mais encore une résistance ; que cette résistance soit simplement accidentelle, mais non pas essentielle, cela résulte de la possibilité du mouvement dans le vide ; et ce qui démontre la possibilité du mouvement dans le vide, c’est une des condamnations portées en 1277.

Les condamnations portées par Etienne Tempier avaient plus d’un siècle au moment où Pierre de Candie composait ses questions sur les Sentences. Quoi qu’on en ait dit, elles n’avaient, on le voit, rien perdu de leur autorité ; elles continuaient à presser les maîtres de Paris de rejetter certaines affirmations essentielles de la Physique aristotélicienne, celles-là même qui eussent le plus fermement barré le passage à la science moderne.

La seconde conclusion de Pierre de Candie prêterait à des réflexions semblables ; que l’essence même du mouvement ne requière pas un espace réel et divisible dans lequel se ferait le mouvement, qu’il ne requière aucun lieu réel auquel ce mouvement soit rapporté, ce sont affirmations contre lesquelles proteste toute la Physique d’Aristote ; mais ce sont affirmations dont la toute puissance de Dieu nous garantit la véracité :

« Voici notre seconde conclusion 1 :

» La divisibilité réelle de l’espace n’entre pas dans la raison formelle du changement successif.

» En voici la preuve :

» Que Dieu conserve le premier mobile dans la disposition même qui appartient en propre à ce mobile, et qu’il détruise toute autre créature, c’est possible. Supposons qu’il l’ait fait. Ce premier mobile se mouvrait d’un mouvement de rotation et, cependant, il ne tournerait autour d’aucun espace divisible ou indivisible. Le raisonnement est évidemment concluant ; quant à la supposition faite, la vérité en est rendue visible par cela que Dieu peut conserver toute chose qui en précède d’autres sans rien qui lui serait extrinsèque et postérieur ; or, le premier mobile, aussi bien que son mouvement, précède tous les mobiles et tous les mouvements ; on ne voit donc aucune contradiction qui empêche Dieu de conserver le premier mobile avec son mouvement ; par conséquent, la proposition que nous avons supposée vraie est possible en vertu de la puissance absolue de Dieu ; d’où notre proposition.

1. Pierre de Candie, loc. cit., ms. cit., fol. 173, col. d, et fol. 174, col. a.

118 LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIÈCLE

«Supposons, en outre, ...que la divisibilité réelle de l’espace soit comprise dans la raison formelle du changement successif considéré d’une façon générale ; comme ce changement est plus général que le mouvement local de rotation, la divisibilité réelle de l’espace ferait partie de la raison formelle de la rotation circulaire ; mais cette conséquence est fausse ; il en est donc de même de l’antécédent.

» Le raisonnement est évidemment concluant ; quant à la fausseté de la conséquence, voici comment elle se prouve :

» Dieu peut détruire toutes les créatures, sauf la Terre et ses diverses parties ; cette Terre, il la peut mouvoir de mouvement de rotation, comme il fait à présent pour le premier mobile ; mais il est certain qu’il n’y aurait, alors, plus d’autre mouvement que le mouvement de la Terre, et ce mouvement ne se produirait, cependant, autour d’aucun lieu réel. Mais, d’autre part, une chose ne se peut concevoir en l’absence de ce qui fait partie de sa raison formelle ; puis donc que l’intelligence comprend la possibilité d’un tel mouvement, notre proposition en résulte. »

Ainsi* une à une, les conditions que le Physique d’Aristote avait imposées au mouvement comme absolument nécessaires sont reléguées par le théologien, au nom de la toute-puissance divine, au rang de circonstances accidentelles.

Ces éliminations successives amènent Pierre de Candie à réduire la notion de mouvement à ses éléments vraiment essentiels ; dire ce qu’elle est alors, c’est l’objet de sa septième conclusion 1 :

« Du changement successif, considéré comme existant d’une manière réelle ou comme simplement possible, la raison formelle résulte de ceci : La limitation intrinsèque de la puissance du mobile, limitation qui provient d’un mélange d’acte et de puissance, et qui est relative à un espace réel ou imaginaire. — Consurgit ex limitatione intrinseca potentiæ mobilis per actum admixtum cum potentia respectu spatii ymaginarii vel reqlis.

» Je veux dire que ces trois éléments composent en entier la notion de mouvement :

» Une limitation intrinsèque de la puissance ;

» Une certaine manière d’être de cette puissance à l’égard d’un espace réel ou imaginaire ;

» Enfin un acte qui n’est pas complet, mais qui demeure mélangé de puissance.

Page 1