‹ Le système du monde (volume 4)Chapitre 28 sur 158 · Ms. eit., fol. 276, coll. a et b · texte numérisé non relu

Ms. eit., fol. 276, coll. a et b

3. Pétri de Candia Lectura super Sententias; lib. II, quæst. Il, art. II : « Secundus articulus erat utrum que libet limitata intellectualis substantia possit moveri naturaliter per aliquod successive ». Ms. cit., fol. 173, col. c.

LE VIDE ET LE MOUVEMENT DANS LE VIDE

devenait inconcevable ; le déplacement du mobile ne pouvait être qu’instantané.

Pierre de Candie énumère avec une parfaite précision tout ce que la Physique d’Aristote exigeait d’un mouvement avant de le déclarer possible.

« Pour voir plus clairement, dit-il 1, en quoi consiste cette difficulté, il faut prêter attention à ce qu’Aristote pense, du moins comme il me semble, touchant la nature du mouvement successif et, surtout, du mouvement local de translation ; car le mouvement de rotation est soumis à des conditions spéciales.

» Partant, pour qu’un mouvement de rotation s’accomplisse, il nous faut imaginer que cinq conditions sont exigées.

» Est requise, en premier lieu, une divisibilité qui porte sur l’intensité aussi bien que sur l’étendue ; le mobile, en effet, doit être en partie au terme d’où il vient et, en partie, au terme où il va ; cela est nécessaire pour que le mouvement soit continu ; en effet, si le mobile, pris dans son ensemble et dans chacune de ses parties, se trouvait d’abord, tout entier, au terme d’où il vient, et se trouvait ensuite de la même façon, au terme où il va, aucune continuité n’apparaîtrait plus.

» Est requise, en second lieu, la divisibilité réelle de l’espace ; car le caractère successif du mouvement provient de ce que les parties de l’espace sont acquises les unes après les autres ; il faut donc que l’espace sur lequel se fait le mouvement soit divisible.

» Il est exigé, en troisième lieu, que le milieu oppose résistance au mobile ; sinon, le mouvement se pourrait faire dans le vide, et Aristote, au quatrième livre des Physiques, s’efforce de démontrer que c’est impossible.

» En quatrième lieu, pour la raison dite ci-dessus, est requise la coexistence (exhibitio præsentialis ) du mobile avec l’espace.

» En cinquième lieu, il faut que le milieu cède devant le mobile ; en effet, dans le mouvement de translation, si un corps ne cédait pas place à l’autre, il faudrait que deux corps occupassent le même lieu, ce que les physiciens regarderaient comme impossible. - 1 f

» Comme ces diverses conclusions répugnent à un objet indivisible, Aristote a pensé que le mouvement d’une chose indivisible était purement et simplement impossible.

» Mais, comme nos conclusions l’ont montré, si l’on considère, dans son essence propre, la nature du mouvement, la résistance

1. Pierre dp. Candie, loc. cit. ; M». clt., fol. 175, col. b.

116 LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIÈCLE

est, pour le mouvement, quelque chose d’accidentel ; de même, la divisibilité, tant de l’espace que du mobile, lui est extrinsèque ; le mouvement, donc, peut être fort bien conçu hors ces conditions ; partant, il est indifférent à l’indivisibilité du mobile. »

Par une suite de conclusions, en effet, Pierre de Candie s’est attaché à déterminer la nature essentielle ou, selon son langage, la raison formelle du mouvement, en débarrassant cette raison formelle de tous les caractères accessoires que la Physique péripatéticienne y avait introduits.

La première conclusion de Pierre de Candie frappe de suite la Dynamique péripatéticienne dans ce qui en est l’idée essentielle :

« Voici notre première conclusion 1 :

» La raison formelle du changement successif, considéré d’une façon générale, ne se tire pas de la résistance du milieu au mobile.

» Cette conclusion se prouve ainsi :

» Ce qui est accidentel au mouvement considéré en général n’est pas compris dans la raison formelle du mouvement ; mais la résistance du milieu est chose accidentelle pour le mouvement pris d’une façon générale ; notre proposition est donc établie.

» Le raisonnement est certainement concluant. La majeure est évidente ; en effet, ce qui peut être ou ne pas être sans qu’il en résulte, pour un certain objet, aucun changement de condition, est totalement en dehors de la raison formelle de cet objet ; or ce qui est accidentel à un objet est de cette sorte ; la majeure est donc vraie.

» Prouvons maintenant la mineure : Le mouvement se peut faire dans le vide aussi bien que dans le plein ; si donc, lorsqu’il se fait dans le plein, il rencontre résistance, c’est par accident, en raison de la matière au sein de laquelle le mouvement s’accomplit, et non pas en rakon du mouvement même.

» Ce nouveau raisonnement conclut évidemment ; quant à l’antécédent, la vérité en est évidente ; Dieu peut, en effet, mouvoir le Monde d’un mouvement de translation continue, car l’affirmation contraire est un article condamné ; mais ce mouvement, Dieu ne le produira certainement pas dans le plein ; il le produira donc dans le vide ; d’où notre proposition. »

Page 1