Voir : Première partie, ch. VI, § VI ; t. I, pp
2. Chalcidii V. C. In Platonis Timæum commenlarius, LX. ( Fragmenta philosophorum græcorum collegit F.G.A. Mullachius ; Parisiis, Ambrosius Firmin Didot 1867 ; p. 195.)
3. Le texte dit: In jaculorum tormenlis ; il semble qu’il faille lire : In jaculis tormentorum.
LE MOUVEMENT DES PROJECTILES
avec la même réserve. On ne saurait affirmer que la force (vis ) ou 1 impulsion (pulsus) réside plutôt dans le projectile que dans l’air.
Les partisans de la Dynamique péripatéticienne
AU XIIIe SIÈCLE ET AU XIVe SIÈCLE
La doctrine que Philopon avait soutenue ne fut point, tout d’abord, celle de la Scolastique latine ; l’autorité d’Aristote, de ses commentateurs hellènes, d’Averroès imposait trop fortement l’adhésion à la Dynamique péripatéticienne pour qu’il fut aisé de la refuser ; cette Dynamique pendant longtemps, ne rencontra aucun contradicteur dans les écoles chrétiennes.
Il y a lieu, toutefois, d’établir une très grande différence entre les commentateurs grecs ou arabes d’Aristote et les maîtres de la Scolastique latine.
Si l’on excepte Jean Philopon, aucun des commentateurs grecs ou arabes d’Aristote n’a admis que le mouvement du projectile fût maintenu par une énergie imprimée au mobile par la main ou l’instrument qui l’a lancé. Il y a plus ; non seulement aucun d’eux n’a admis cette hypothèse, mais aucun d’eux, sauf peut-être Al Bitrogi, n’y a fait seulement l’ombre d’une allusion. Partant, de tous les ouvrages grecs ou arabes que nous connaissons, les commentaires à la Physique d’Aristote composés par Jean d’Alexandrie et la Théorie des planètes d’Al Bitrogi étaient les seuls qui affirmassent ou insinuassent la possibilité d’expliquer le mouvement des projectiles autrement que les Péripatéticiens ne l’avaient fait ; mais la Théorie des planètes ne suggérait cette pensée que d’une manière bien fugitive, dans le seul but de développer une comparaison ; quant aux commentaires de Philopon sur la Physique d’Aristote, il ne semble pas que la Chrétienté latine du Moyen-Age en ait eu connaissance.
Cependant, dès le milieu du xme siècle, nous l’allons voir, on connaît et discute, à Paris, l’hypothèse du Grammairien. D’où avait-on tiré cette connaissance, c’est ce qu’il nous a été impossible de reconnaître.
176 LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIÈCLE
Qu’au voisinage de l’an 1250, cette hypothèse fût débattue à l’Université de Paris, c’est Bacon qui va nous l’apprendre. Des deux séries de Questions sur la Physique d'Aristote, composées par Roger Bacon et conservées par un manuscrit de la Bibliothèque d’Amiens, la seconde série nous présente, à propos du septième livre, quatre questions qui ont trait au mouvement des projectiles.
Le commencement de la première question fait défaut ; ce qui reste de cette question suffît, cependant, à nous faire connaître l’intention de l’auteur. Celui-ci y soutenait que le moteur doit être présent au mobile par sa substance même, et non pas seulement par l’infusion, au sein de ce mobile de quelque vertu ou qualité. Le moteur, disait-il \ doit être « avec le mobile par sa substance ; il ne suffît pas qu’il soit avec lui par l’influence de sa vertu. Il en est de même dans la chute des graves et l’ascension des corps légers ; [la forme du corps], étant excitée 1 2, meut le corps grave ou léger, et elle lui est substantiellement présente. De même [dans le mouvement du projectile], les parties de l’air qui, divisées et rejetées en arrière ( reinclinantes ), poussent le grave ou le corps léger, lui sont continuellement conjointes par leur substance. Ainsi, si l’on entend parler du moteur et du mobile d’une manière naturelle, tout moteur est substantiellement conjoint au mobile ; il ne suffît pas qu’il lui soit conjoint par l’influence d’une certaine vertu. Au mouvement de projection, donc, ne suffît pas la continuation, au sein du projectile, de la vertu de l’instrument de jet ; il faut que le moteur soit substantiellement uni, toujours et d’une manière continue, au mobile ; c’est chose qu’il faut accorder.
» Voici ce qu’il faut répondre à la première objection : Ce qui pousse le projectile est toujours substantiellement voisin de ce projectile ; en effet, comme on l’a dit, il y a ici plusieurs moteurs qui se succèdent d’une manière continue ; ce sont les parties de l’air rejetées en arrière ; en sorte que le moteur prochain est toujours substantiellement uni au projectile. Il n’est point nécessaire que le premier instrument de projection continue d’exercer sa force ; avec le dernier mobile, il n’est uni ni par sa substance ni par l’influence d’une vertu ; il n’est uni au projectile, et cela d’une manière substantielle, qu’au moment où le
1. Questiones supra libnim phisicorum a magistro dicto bacuun. Bibliothèque municipale d’Amiens, ms. n° 406, fol. 65, col. a.