Voir : plus haut, ch, VIII, § V
LE MOUVEMENT DES PROJECTILES
projectile commence à se mouvoir ; mais ensuite, pour les raisons susdites, il ne peut plus lui communiquer sa force. »
Bacon examine ensuite cette objection : L’aimant meut le fer sans lui être conjoint d’une manière substantielle. Voici sa réponse :
« Il n’y a pas analogie. Il y a, en effet, une traction naturelle ; telle est cette traction exercée sur le fer par l’aimant, grâce à cette vertu céleste que le fer reçoit de l’aimant d’une manière complète ou incomplète. Mais, comme on l’a vu, toute projection est violente. Pour que la comparaison fût valable, il faudrait prendre une traction entièrement violente, comme la projection est, elle-même, violente ; on ne devrait pas prendre la traction du fer par l’aimant qui, nous l’avons dit, est naturelle jusqu’à un certain point.
» On peut dire aussi que l’aimant ne meut pas le fer ; il excite seulement et fortifie la vertu même du fer ; ainsi excitée, cette vertu devient un moteur suffisant et meut le fer jusqu’au contact de l’aimant ; partant, dans un tel mouvement, le moteur est encore conjoint au mobile par sa substance et sa force ; ce n’est pas, en effet, l’aimant qui est le moteur du fer ; c’est la vertu du fer qui, excitée par l’aimant, meut le fer... Il en est de même dans le cas qui nous est proposé ; le moteur demeure sans cesse substantiellement conjoint au mobile ; il ne meut pas par l’influence d’une vertu. »
Le mouvement d’altération est le seul où l’agent qui détermine l’altération puisse ne pas être substantiellement conjoint au patient qui éprouve cette altération. « Cela est rendu évident par le ciel qui altère les choses d’ici-bas et par le feu qui altère l’air. Dans le mouvement local, il ne saurait y avoir ainsi continuation de vertu ; une semblable continuation de vertu ne peut se rencontrer que dans le mouvement d’altération. La raison en est que toute émission ou toute inimission de vertu est accompagnée d’une altération. Il est donc évident qu’en tout mouvement local, le moteur est substantiellement conjoint au mobile. »
Bacon n’ignore donc pas, touchant le mouvement des projectiles, l’hypothèse proposée par Jean Philopon et insinuée par Al Bitrogi ; mais il rejette cette hypothèse ; si le projectile est maintenu en mouvement, c’est grâce à l’agitation de l’air ; c’est cette dernière supposition qu’il va approfondir dans les trois questions suivantes.
LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIÈCLE
La première de ces questions est ainsi libellée 1 : Dubitatur adhuc de continuatione motus projedionis et videtur quod motus iste non possit continuari a medio.
Après l’énumération de diverses objections, notre auteur écrit :
« La continuation de ce mouvement vient du milieu, et non du premier instrument de jet.
» Toutefois, il y a, à cet égard, deux thèses différentes.
» Selon la première thèse, lorsque l’instrument de jet a cessé son action, le projectile divise les parties du milieu ; ces parties divisées sont impétueusement rejetées en arrière ( reinclinantes ) à la partie postérieure du projectile ; elles peuvent alors, l’une après l’autre, continuer de le mouvoir.
» La seconde thèse prend que le milieu est fluide et ne se termine pas de lui-même par une surface bien définie (male terminabile proprio termino) ; aussi retient-il tout mouvement produit en lui et le cède-t-il aux autres corps ; c’est ainsi qu’il meut le projectile par un mouvement qu’il retient en vertu de sa nature propre, parce qu’il est fluide. »
Cette dernière supposition se trouve, d’ailleurs, tout aussitôt explicitée par ce qui suit :
« Il y a deux sortes de moteurs et de mobiles.
» Il y en a qui sont terminés [d’eux-mêmes par une surface rigide]. Pour ceux-là, il est vrai de dire que tous s’arrêtent quand le premier moteur s’arrête.
» Il en est qui sont fluides et non terminés ; pour ceux-là, il n’est plus nécessaire qu’il en soit ainsi ; comme ils sont fluides, ils peuvent, par nature, retenir le mouvement et le céder à autrui. Tels sont les milieux, l’eau et l’air, au travers desquels se meuvent les projectiles. »
Bacon montre, d’ailleurs, que chacune des deux thèses est propre à résoudre les diverses objections qu’il avait, tout d’abord présentées.
Reste à choisir entre ces deux thèses ; c’est à quoi Bacon consacre ces deux dernières questions.
La première de ces questions examine la théorie qui attribue la continuation, l’entretien du mouvement des projectiles au retour en arrière ( reinclinatio ) des parties de l’air qui ont été divisées.