‹ Le système du monde (volume 4)Chapitre 51 sur 158 · Ms. cit., fol. 65, col. c · texte numérisé non relu

Ms. cit., fol. 65, col. c

LE MOUVEMENT DES PROJECTILES

nous voyons alors qu’il continue d’attribuer à l’air ébranlé la continuation de ce mouvement.

C’est ainsi qu’en 1 ’Opus majus, il étudie les propriétés de la balance. Pourquoi un fléau de balance, écarté de son état d’équilibre puis abandonné à lui-même, au lieu de revenir purement et simplement à la position horizontale, dépasse-t-il cette position et exécute-t-il, de part et d’autre, de nombreuses oscillations ? « Cette descente du bras supérieur au delà de la position horizontale, dit Bacon \ ne provient pas de la nature du poids suspendu au fléau, mais des retours en arrière ( reincli nationes ) de l’air. En effet, lorsque l’air a reçu un certain mouvement, il le retient fort bien ; aussi ses parties titubent-elles longtemps, alternativement dans un sens et dans l’autre, et ne permettent-elles pas au poids suspendu de se reposer de suite en sa position d’équilibre. »

L’auteur de YOpus majus était, nous le voyons, demeuré fidèle à la théorie de l’àvu7Pîpw7Ta<ru; qu’il avait défendue dans sa jeunesse.

Lorsqu’il traite de l’impossibilité du vide, Albert le Grand ne dit que quelques mots 1 2 du mouvement des projectiles ; mais ces quelques mots sont une simple paraphrase des propos d’Aristote. Au huitième livre de sa Physique, Albert examine plus longuement la même question 3 ; le chapitre qu’il lui consacre ne fait que délayer le commentaire d’Averroès ; aucune allusion ne s’y rencontre à la théorie de Jean Philopon.

Saint Thomas d’Aquin s’explique, à diverses reprises, au sujet du mouvement des projectiles.

En commentant soit le quatrième livre de la Physique, soit le huitième livre 4, Saint Thomas expose la pensée d’Aristote sans aucune objection, sans aucune restriction.

Il est vrai qu’en d’autres parties de la même exposition, lorsqu’il ne s’agit pas directement de la théorie du mouvement des projectiles et que ce mouvement est simplement pris comme exemple, il arrive au Doctor commuais de s’exprimer suivant le langage courant ; il semble accorder alors au projectile une

1. Rogeri Bacon Opus majus, Pars. IV, dist. IV, cap. XV ; éd. Jebb, p. 108.

2. Alberti Magni Liber physicorum sive auditus physici; lib. IV, tract. II, cap. V : Quod ex rationibus quibus antiqui probabant esse vacuum locum accidit contrarium dicere.

3. Alberti Magni Op. land., lib. VIII, tract. IV, cap. IV : De solutione dubitationis quæ est in his quæ feruntur expulsa.

4. Sancli Thomæ Aquinatis In libros physicorum Aristolelis expositio; lib. IV, lect. XI, et lib. VIII, lect. XXII.

certaine vertu motrice imprimée par celui qui l’a lancé, un certain impetus en vertu duquel ce corps continue de progresser pendant un certain temps. Ainsi en est-il dans le passage suivant 1 :

« De même si un ballon ou une balle est renvoyée par une muraille, la muraille ne meut ce corps que par accident, et non à proprement parler ( per se ) ; ce qui le meut à proprement parler, c’est celui qui l’a lancé ; ce n’est pas la muraille, en effet, qui lui a donné un impetus capable de le mouvoir, mais celui qui l’a lancé ; mais, par accident, il est arrivé que la muraille l’a empêché de se mouvoir selon cet impetus; et comme ce même impetus subsistait, il a rebondi d’un mouvement contraire. »

L’emploi, au cours de semblables comparaisons, d’expressions conformes au sens commun mais contraires à la Physique d’Aristote a pu, parfois, tromper sur la pensée véritable de Saint Thomas d’Aquin.

Certains de ses disciples, tel, au xvie siècle, l’illustre frère prêcheur Dominique Soto, avaient renoncé à l’étrange Dynamique d’Aristote ; avec Jean Philopon, avec les physiciens de l’École parisienne du xive siècle, ils attribuaient le mouvement du projectile non pas à l’air mis en branle, mais à un impetus imprimé au mobile par celui qui l’a lancé. Ils souhaitaient d’attribuer à leur maître vénéré cette opinion qui avait leurs préférences ; et il leur arrivait de rencontrer des textes qui paraissaient les y autoriser, tels les deux suivants, qu’invoque Dominique Soto 2 :

En l’un comme en l’autre de ces deux textes, il s’agit, pour Thomas d’Aquin, d’expliquer comment la semence conserve la puissance d’engendrer que le mâle lui a communiquée.

Voici le premier passage 3 :

« On regarde un instrument comme mû par l’agent qui a été le principe de son mouvement, tant qu’il retient la vertu qui a été imprimée en lui par cet agent principal ; ainsi la flèche est mue, parce qui l’a lancée tant que dure la force de l’impulsion de l’agent qui l’a lancée. De même, parmi les corps

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