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Sancti Thomæ Aquinatis Op. laud., lib. VIII, lect. VIII

2. Reverendi Patris Dominici Soto Segobiensis Thtologi ordinis prœdicatorum Super octo libros Physicorum Aristotelis Quæstiones. Salmanticæ. In ædibus Dominici a Portonariis, Cath. M. Typographi. MDLXXII. In lib. VIII quæst. III ; fol. 100, col. d. (La première édition de cet ouvrage a été donnée à Salamanque en 1545).

3. Sancti Thomæ Aquinatis Quæstiones disputâtes. De potentia Dei quæst. III : De crealione. Art. XI : Utrum anima sensibilis vel vegetabilis sit per creationem vel traducatur ex semine.

LE MOUVEMENT DES PROJECTILES

graves ou légers, un corps engendré est mû par la cause qui l’a engendré tant qu’il retient en lui la forme qui lui a été donnée par cette cause ; ainsi en est-il de la. semence... Il faut que la chose qui meut et la chose mue soient jointes ensemble au début du mouvement, mais non pas pendant toute la durée du mouvement, comme on le voit dans le mouvement des projectiles.., »

Voici maintenant le second texte 1 :

« Cette vertu qui provient du père et se trouve dans la semence est une vertu permanente et d’origine intrinsèque ; elle ne provient pas de l’extérieur, comme la vertu provenant de la cause motrice qui se trouve dans les projectiles... Toutefois elle est, par un certain côté, semblable à cette dernière. De même, en effet, que la vertu.de la cause projetante, parce qu’elle est une vertu finie, ne meut de mouvement local que jusqu’à une distance déterminée, de même la vertu de celui qui engendre ne meut du mouvement de génération que jusqu’à une forme déterminée. »

L’authenticité de ces textes n’est pas douteuse 2 3 * * * *. Or, ils contredisent nettement ceux où Thomas d’Aquin, traitant ex professo du mouvement des projectiles, admet pleinement la théorie péripatéticienne. Cette contradiction n’a pas été sans jeter en quelque embarras divers auteurs qui, après Soto, ont voulu retrouver, aux Quæstiones disputatæ, des allusions à l’hypothèse de Yimpetus; tel Jean de Saint Thomas8.

Des discours où Thomas d’Aquin, pour éclairer une proposition qui n’est pas de Mécanique, parle du mouvement des projectiles comme tout le monde en parle ne doivent pas, croyons-nous, être mis en balance avec des textes où le même auteur raisonne en physicien et adhère, en termes explicites et motivés, au système d’Aristote.

De ces textes, il en est un dont la précision ne laisse rien à désirer ; il se trouve en ce commentaire au troisième livre du

1. Sancti Thomæ Aquinatis Quæstiones disputatæ. De anima qusestio unica; art. XI : Utrum in homine anima rationalis, sensibilis et vegetabilis sit una substantia.

2. Sur l’authenticité des Quæstiones disputatæ, voir : J. Quétif et J. Échard, Scriptores ordinis Prædicatorum, t. I, pp. 288-289. P. Mandonnet, Des écrits authentiques de Saint Thomas d’Aquin. ( Revue Thomiste, 1909-1910).

3. Rml P. Joannis a Sancto Thoma, ordinis prædicatorum, Cursus philosophi-

cus Thomisticus, secundum exactam, veram et genuinam Aristotelis et Doctoris

Angelici mentem. Quæstiones et articuli super octo libros physicorum. Circa librum

octavum, de motus æternitate et reductione in primum motorem, qæst. XXIII :

De motu naturalium et projectorum. Art. 2 : Qua vi moveantur projecta ?

LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIÈCLE

Traité du Ciel que Saint Thomas a laissé inachevé ; on peut donc dire qu’il nous apporte la pensée dernière et définitive du Doctor commuais. Voici ce texte 1 :

« Il ne faut point supposer que le moteur qui produit la violence imprime dans la pierre mue violemment une certaine vertu qui meuve cette pierre, de même que la chose qui engendre produit dans la chose engendrée une forme dont dépend le mouvement naturel de celle-ci. S’il en était ainsi, en effet, le mouvement violent proviendrait d’un principe intrinsèque au mobile, ce qui est contraire à la notion même de mouvement violent. En outre, il en résulterait que la pierre, par le fait même qu’elle se meut de mouvement local, serait altérée dans sa forme substantielle, ce qui est contraire au bon sens.

» Le moteur qui meut violemment imprime donc à la pierre seulement le mouvement, ce qui a lieu pendant que le moteur est au contact de la pierre. Mais l’air est plus susceptible de recevoir une telle impression, soit parce qu’il est plus subtil, soit parce qu’il est doué d’une sorte de légèreté ; il est donc mû plus rapidement que la pierre par l’impression que lui compiunique le moteur, producteur de la violence ; lorsque ce moteur violent cesse d’agir, l’air mû par lui pousse la pierre et la fait avancer ; il pousse aussi l’air qui lui est conjoint, et celui-ci pousse la pierre plus loin ; et cela a lieu tant que dure l’impression du premier moteur violent comme il est dit au VIIIe livre des Physiques. Il revient au même de dire ceci : Bien que le moteur qui a produit la violence ne suive pas le mobile qui est transporté par cette violence, la pierre, par exemple, de telle manière qu’il la meuve en lui demeurant présent, il la meut, toutefois, par l’impression communiquée à l’air ( per impressionem aeris) ; s’il n’existait pas de corps tel que l’air, il n’y aurait pas de mouvement violent. Il est donc évident que l’air est l’instrument nécessaire du mouvement violent ; il ne contribue pas seulement à la perfection (propter bene esse ) de ce mouvement. »

Maintenant, il est impossible, croyons-nous, de méconnaître la pensée de Thomas d’Aquin. Dans la pierre lancée, il n’y a aucune qualité, aucune forme, aucun impetus imprimé par le moteur. Mais le moteur imprime une telle qualité à l’air qui entoure le projectile. Toutes les comparaisons où le langage vulgaire parle de la vertu conférée au mobile par celui qui le

1. Sancti Thomæ Aquinatis Commentaria in libros Aristoteiis de Cœlo et Mundo; ib. III, lect. VII.

LE MOUVEMENT DES PROJECTILES

lance doivent, pour le physicien, s’entendre de l’impression communiquée à l’air par le moteur ; ces comparaisons peuvent alors être reçues sans que l’on commette la moindre infidélité à la Mécanique d’Aristote et d’Averroès.

Saint Thomas n’a pas admis l’hypothèse qui met dans le projectile même la cause par laquelle celui-ci continue de se mouvoir après qu’il s’est séparé de l’instrument balistique ; du moins a-t-il fait mention de cette hypothèse ; de tous les commentateurs d’Aristote, si l’on en excepte Jean Philopon, Roger Bacon et Thomas d’Aquin sont les seuls qui aient daigné y faire allusion ; les autres n’ont même pas paru songer qu’elle pût venir à l’esprit.

Il est vrai que si le Doctor commuais a parlé de cette supposition, c’est pour mettre son lecteur en garde contre la tentation de l’admettre. Aussi ses disciples ne cèderont-ils pas à cette tentation ; ils garderont fidèlement la tradition de la Dynamique péripatéticienne.

Pierre d’Auvergne, par exemple, a terminé le commentaire au Traité du Ciel que son maître avait laissé inachevé ; en un passage où il est fait allusion au rôle que l’air joue dans le mouvement des projectiles, il renvoie purement et simplement 1 à ce qui en a été dit précédemment, c’est-à-dire à l’exposition de Saint Thomas.

Ulric de Strasbourg veut 2 que le moteur demeure toujours conjoint au mobile, aussi bien dans le mouvement d’impulsion que dans le mouvement d’expulsion. « Le mouvement d’impulsion, c’est celui où le moteur ne se sépare jamais de ce qu’il meut ; ainsi en est-ii lorsqu’on pousse une pierre en gardant la main sans cesse posée sur cette pierre. Le mouvement d’expulsion c’est celui où ce qui produit l’expulsion abandonne ce qu’il meut ; ainsi en est-il lorsqu’on jette une pierre.

» Dans le premier cas, le moteur, avec sa propre force, demeure toujours conjoint au mobile.

» Dans le second cas, la force de celui qui a jeté la pierre se trouve dans l’air qui meut la pierre à l’aide de cette force ; et cet air demeure toujours conjoint à la pierre. »

1. Libri de celo et mundo Aribtotelis cum exposlttone Sancti Thome de Aquiko et cum additione Pétri de alvernia. Colophon : Uenetijs mandato et sumptibus Nobilis viri domini Octaviani Scoti Civis modoetiensis. Per Bonetum Locatellum Bergomensem. Anno a salutifero partu virginnli nonagesimoquinto supra millesimum ac quadringentesimum. Lib. IV, text. cotnm. 39, fol. 75, col. a.

2. Ulrici de Argentina Tractatus de summo bono, lib. IX, tract. II, cap. XXI ; Bibliothèque nationale, fonds latin, ms. n° 15900, fol. 280, col. a.

LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIÈCLE

La théorie de Gilles de Rome est composée de la pensée d’Averroès et de celle de Saint Thomas ; elle a toute la clarté dont le Maître augustin est coutumier.

Gilles procède en posant et résolvant certaines questions qu’il nomme doutes (dubia).

Premier doute : Un moteur ne meut que parce qu’il est luimême en mouvement. S’il vient à s’arrêter, 1 objet qu il mouvait devra-t-il, lui aussi s’arrêter aussitôt ?

Gilles pose une distinction : Ou bien ce moteur communique un mouvement purement local ; ou bien le mouvement local qu’il communique est associé à un mouvement d altération, à un mouvement qui consiste en 1 introduction d une forme nouvelle dans le mobile 1.

Dans le premier cas, dans le cas où le mouvement communiqué par le moteur est purement local, le mobile doit s’arrêter au moment même où le moteur s'arrête.

Il n’en est plus de même lorsque le moteur altère le mobile, lui confère une nouvelle forme.

Par exemple, la cause qui engendre un corps grave lui confère une certaine forme ; aussi ce corps continuera-t-il de se mouvoir vers le bas même après que la cause génératrice aura cessé d’agir.

De même qu’en frottant deux corps l’un contre l’autre, on échauffe l’air qui les environne ; cet air échauffé va monter, et il continuera de monter même après que l’on aura arrêté le frottement ; le mouvement se poursuit après l’arrêt du moteur par cette forme, la chaleur, qui a été conférée au mobile.

Second doute : L’air et l’eau continueront-ils à se mouvoir par l’impulsion reçue, après arrêt du moteur qui a communiqué cette impulsion ?

Ils ne s’arrêteront pas instantanément, parce que le mouvement qui leur a été communiqué n’est pas un mouvement purement local ; il est mêlé d’un mouvement d’altération, d’un mouvement dont une forme est le terme. « En effet, par suite de l’impulsion reçue, les corps de ce genre se trouvent dilatés en certaines de leurs parties et condensés en d autres. L’impulsion cessant, chacune de ces parties revient à son état naturel, comme l’eau échauffée reprend sa froideur lorsqu’on l’éloigne du feu ; ces parties de l’air qui ont été dilatées au delà

1. Ægidii Romani In libros de phgsico auditu Aristotelis commtnlaria ; lit». VIII lect. XXIX, et dubia 1, 2, 3 et 4. Ed. Venetiis, 1502, fol. 193, r° et v°, et fol. 194, col. a.

LE MOUVEMENT DES PROJECTILES

de la mesure qui leur convient reviennent à leur juste densité ; celles qui ont été condensées reviennent à leurs dilatations normales. »

Ainsi s’expliquera la continuation du mouvement des projectiles lancés au sein de l’air :

« Un corps qui a été condensé ne se peut dilater sans communiquer une impulsion aux corps voisin. Lors donc que le moteur balistique cesse d’agir, la partie de l’air qui a été condensée par l’impulsion se dilate ; en se dilatant, elle pousse à la fois le projectile et la partie de l’air qui lui est voisine ; celle-ci, à son tour, pousse simultanément le projectile et une nouvelle partie de l’air. Il en est ainsi jusqu’au moment où l’impulsion devient si faible que le mouvement du projectile prend nécessairement fin. »

A l’exemple d’Averroès, Gilles compare ce mouvement de dilatations et de condensations alternatives qui se propage dans l’air aux ondes circulaires qu’engendre la chute d’une pierre dans une eau tranquille.

Ce mouvement n’est pas, d’ailleurs, le seul qui agite l’air au voisinage du projectile. Le projectile fend l’air ; cet air, écarté, se referme avec violence à l’arrière du projectile ; en se refermant ainsi, il exerce sur le projectile une pression qui contribue à la continuation du mouvement. C’est là ràvTi7rep''<jTa<7iç. L'antipéristasis n’est pas capable de rendre compte, à elle seule, de la prolongation du mouvement des projectiles, mais elle y joue un rôle.

Henri de Gand avait rédigé une Exposition de la Physique d'Aristote. De cette exposition, nous ne possédons plus qu’un fragment ; le texte conservé 1 2 commence au milieu d’une discussion relative au cinquième livre ; il se poursuit jusqu’à la fin de l’ouvrage.

Cette exposition se propose seulement d’éclaircir la pensée d’Aristote, et nullement de la discuter. Aussi, le commentaire qu’annonce ce texte 2 : De hiis autern que feruntur explique-t-il ce qu’Aristote a dit du mouvement des projectiles sans formuler aucune objection, sans faire aucune allusion à l’hypothèse de Vimpetus.

1. Bibliothèque Nationale, fonds latin, ms. n° 16609. Fol. 62, dans la marge supérieure, d’une écriture plus récente : Henrici de Gandavo Super 4or ultimos libros phisicorum literalis expositio valde bona. Fol. 62, col. a, inc. : Passio in patiente.

Fol. 108, col. b, des : . est intentum et patet. Explicit. a magistro Henrico db

gandavo édita anno domini m° cc° sepluagesimo uiii0.

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