‹ Le système du monde (volume 4)Chapitre 67 sur 158 · Burlei Op. laud., lib. VIII, tract. II, cap. II, in fine · texte numérisé non relu

Burlei Op. laud., lib. VIII, tract. II, cap. II, in fine

272 LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIÈCLE

» En effet, le mouvement ne meut la pierre qui tombe ni par pression (pulsus) ni par traction (veclio) ni par rotation (vertigo); partant, puisqu’il est moteur extrinsèque, il ne le meut d’aucune façon ; ce raisonnement conclut évidemment par ce qui est dit au septième livre du présent ouvrage, dans le texte du commentaire 10.

» Peut-être dira-t-on que la pierre est poussée vers le bas par l’air qui la surmonte ou qui l’entoure. Mais, qu’on place cette pierre au sein d’un milieu plus léger que pesant ; elle tomberait encore ; il ne semble pas, cependant, qu’un tel milieu la pousss vers le bas...

» La nature est le principe moteur de ce en quoi elle réside tout d’abord, comme on le voit par le texte du commentaire 3, au second livre du présent ouvrage. C’est donc la forme du corps grave ou léger qui, tout d’abord, meut le corps tout entier ou qui en meut la matière ; ce n’est pas le milieu. »

A Paris, la singulière pensée d’Averroès n’a pu trouver aucun crédit.

François de Meyronnes nie le repos intermédiaire. — Nicolas Bonet et Grégoire de Rimini révoquent en

DOUTE TOUTES LES EXPLICATIONS, DONNÉES JUSQU’ALORS, DE LA CHUTE ACCÉLÉRÉE DES GRAVES

Le courant des pensées émises, au début du xiv* siècle, au sujet de la chute accélérée des graves, roule une importante vérité pêle-mêle avec plusieurs erreurs. Mais voici que deux des penseurs les plus audacieux de l’ordre franciscain, François de Meyronnes et Nicolas Bonet, vont signaler ces erreurs.

C’est à la supposition péripatéticienne du repos intermédiaire entre l’ascension et la chute d’un projectile que s’attaque François de Meyronnes ; à la combattre, il consacre toute une question de son commentaire aux Sentences h

1. Preclarissima ac multum subtilia egregiaque Scripta illuminati doc. F. Francisci de Mayronis ordiriis Minorum in quatuor libros sententiarum... Colophon : Venetijs Impensa Heredum quondam domini Octaviani Scoti Modoetiensis : Ac Sociorum. 24 April. 1520. Lib. II, dist. XIV ; quæst. VIII : Utrum inter duos motus contrarios intercidat necessario quies. Fol. 151 col. c. et d.

LA CHUTE ACCÉLÉRÉE DES GRAVES

François de Meyronnes s’en prend à Aristote. Il montre, d’abord, par des exemples tirés de l’Astronomie, que deux mouvements, que deux changements opposés ne requièrent aucunement un repos intermédiaire :

« La lumière de la Lune subit un accroissement, puis un déclin, selon que la Lune s’éloigne ou s’approche du Soleil ; mais entre ces deux actes contraires, on ne saurait assigner un arrêt intermédiaire ; la lumière de la Lune augmente tandis que la Lune s’approche du Soleil et décroît durant que les deux astres s’éloignent l’un de l’autre ; mais on ne saurait donner un temps pendant lequel la Lune ne serait pas en train de s’approcher ou de s’éloigner du Soleil...

» Une même planète tantôt s’approche du Soleil et tantôt s’en éloigne, sans aucun repos intermédiaire. Direz-vous qu’il s’agit seulement d’un mouvement apparent dû à la diversité des positions relatives ? L’objection ne vaut pas ; car il y a bien là deux mouvements contraires, et il n’y a pas de repos intermédiaire... »

» Je dis donc que le mobile n’est à son terme que durant un état instantané (mutation esse)... Mais alors le même mobile ne se meut-il pas, en même temps, de deux mouvements contraires ?... Je dis que les deux mouvements contraires ne sont pas simultanés ; le premier mouvement a pour mesure le temps qui précède [cet instant terminal], et le second mouvement a pour mesure le temps qui suit ; au terme même, il n’y a ni repos ni mouvement. »

Le bon sens de François de Meyronnes a fait justice des paralogismes d’Aristote.

Mais notre franciscain s’en prend aussi à Walter Burley. Celui-ci, pour expliquer le prétendu repos qui sépare la descente d’un projectile de l’ascension, avait tenu ce langage :

« Plus tard, à la fin du mouvement [ascensionnel], la vertu violente est tellement affaiblie qu’elle ne suffit plus à mouvoir le mobile dans la même direction ; elle suffit seulement à le maintenir au lieu qu’il occupe ; elle lui donne alors un repos violent. »

Voici en quels termes Meyronnes met à nu le vice caché de cette explication :

« Je jette une pierre en l’air et je pose la question suivante : Si cette pierre demeure en repos [au sommet de sa course], la cause du repos ne sera-t-elle pas la même que celle du mouvement ?

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LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIÈCLE

» Certains disent que la force [projetante], affaiblie, ne suffît pas au mouvement, mais qu’elle empêche la descente.

» A cela je réponds Vous admettez l’existence d’une disposition qui va s’affaiblissant. Si cette disposition demeurait un certain temps sans éprouver d’affaiblissement, votre raisonnement pourrait tenir. Mais si elle va s’affaiblissant, [et si, pendant la première moitié du temps de repos que vous considérez, elle suffît à empêcher la chute du projectile], elle n’y suffira plus pendant la seconde moitié de ce temps ; et ainsi à l’infini. »

Ces remarques si précises méritaient de faire bonne et rigoureuse justice du prétendu repos intermédiaire ; mais les erreurs ont la vie dure ; et, de celle-ci, nous verrons de multiples résurrections.

Meyronnes, d’ailleurs ne se débarrasse pas de toutes les idées fausses qui encombraient la Dynamique de son temps. Dans la question même que nous venons d’analyser, il fait allusion à la théorie qui attribue à l’air ébranlé la persistance du mouvement des projectiles. Nous avons dit 1 qu’en une autre question, il enseignait formellement cette théorie et qu’en sa faveur, il citait l’argument suivant : « Nous voyons que le mouvement prend de la force à une certaine distance ; en effet, lorsque celui qui le lance est tout près, le mobile est mû d’un mouvement plus faible. » Au sujet de la prétendue accélération initiale du mouvement des projectiles, Meyronnes partageait donc le préjugé d’Aristote et, de ce phénomène illusoire, il donnait la même explication que Saint Thomas d’Aquin.

Tout en attribuant à l’agitation du milieu nombre d’effets qu’elle ne saurait produire, notre auteur ne suit pas Averroès jusqu’au bout de ses divagations ; il n’admet pas que l’air ébranlé soit la cause de la chute des graves. Traitant des diverses explications de la pesanteur, il écrit 2 :

« Certains disent que le grave meut le milieu et, par cet intermédiaire, se meut lui-même.

» A quoi je réponds : La division du milieu a pour cause la chute du grave ; la division du milieu n’est donc pas la cause de la chute du grave.

» En second lieu, les corps qui sont mus de cette façon sont mus de mouvements violents ; [les graves qui tombent seraient

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