‹ Le système du monde (volume 4)Chapitre 74 sur 158 · Nicole Oresme, loc. cit., fol. 17, col. a · texte numérisé non relu

Nicole Oresme, loc. cit., fol. 17, col. a

LA CHUTE ACCÉLÉRÉ DES GRAVES

» Et tele qualité est cause des choses jettées quant elles sont hors de la main ou de l’instrument sicomme J’ay monstré autreffois sus le VIIe de Phisiques. »

Nous retrouvons, en ce passage, tous les principes de Dynamique que professent et défendent les écrits de Buridan et d’Albert de Saxe ; nous y trouvons même des considérations sur les oscillations d’une pierre qu’on laisse tomber en un trou qui perce la terre de part en part ; ces considérations, fort analogues à une remarque faite par Albert de Saxe, devinrent sans doute classiques à l’Université de Paris, où elles piquaient vivement la curiosité des étudiants ; Didier Érasme, qui les avait apprises à Montaigu, les reproduira en ses Colloques, et Maurolycus les empruntera aux Colloques d’Érasme.

Elles plaisaient singulièrement, d’ailleurs, à Maître Nicole Oresme, car il les a développées une seconde fois d’une manière un peu plus détaillée.

« Je pose », dit-il 1, « que la terre fust percée et que l’en veist par un grand treu tout de oultre en oultre sicques de l’autre part où seroient les antipodes si la terre estoit partout habitée. Je di premièrement si l’en lessoit cheoir une pierre par ce treu, elle descendroit et passeroit oultre ce centre en montant tout droit vers l’autre partie sicques à un terme, et puis retourneroit sicques oultre le centre par deçà, et après redescendroit arière et passeroit le centre moins que devant, et iroit et vendroit pluseurs foiz en appetiçant telles réflexions, sicques à tant finablement qu’elle reposeroit au centre.

» Et la cause est pour l’impétuosité et embruissement qu’elle a acquis par la cressance de l’isnelté de son movement jouxt ce que fut dit plus à plain ou XIIIe chapitre.

» Et ce peut-l-en entendre légièrement par une chose que nous veions sensiblement ; car si une chose pesante est pendue à une longue corde, si l’en la boute avant, elle branle et vient et fait plusieurs réflexions tant que finablement elle repose au plus droit et au plus près du centre qu’elle peut. »

De l’enseignement de Buridan et d’Albert de Saxe, Nicole Oresme a très clairement et très correctement conclu comment Yimpetus intervenait dans l’explication des mouvements du pendule.

Il s’est montré moins fidèle disciple de Buridan, moins exact imitateur d’Albert, dans ce qu’il dit du mouvement des projec-

1. Nicole Oresme, Op. laud., livre II, ch. XXXI ; ms. cit., fol. 95, col. b et c.

LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIÈCLE

tiles ; des considérations qu’il consacre à ce problème, nous avons déjà, au chapitre précédent, cité quelques passages ; donnons ici le texte en son entier 1 ; nous dirons ensuite quelles remarques il suggère.

« Pour ce proprement entendre, l’an doit savoir que des mouvemens localz qui ont commencement ou fin sont quatre manières.

» Les uns sont purement naturelz, si comme quant la chouse pesante descent de hault en bas.

» Les autres purement viollens, si comme quant chouse pesante monte en hault.

» Les autres sont viollens et non pas purement, si comme quant une chose est gettée ou traicte en travers, si comme seroit une saecte 2.

» Les autres sont par vertu de beste ou de homme, si comme aller, voiler, noer.

» Les premiers ou le premier qui est pur naturel va toziours en efforcent et en cressence de isnelleté, si les autres chouses sont pareilles, si comme quant une pierre descent tout droit par l’aer.

» Le secunt, si comme quant d’une saecte traicte droit en haut, va au commencement en efforcent et vers la fin en afîebliant et retardant.

» Et le tiers auxi, fors que il va plus longuement en efîorsant, et est sa grant vertu ou force plus loing du commencement que en celuy qui est pur viollent.

» Et le quart est plus fors vers le milieu.

» Et pour entendre les causes de ces chouses, je di premièrement qüe tout mouvement de chose pesante ou légière quelconques, il soit commencé en efîorsant tellement que quelconque degré de isnelleté soit en luy, il convient que il eust devant mendre isnelleté, et mendre oultre toute proportion, et est ce que l’an seul appeler : Commencer a non grcidu.

» Et la cause est en général, car les excès de la vertu motive sur la résistance ou l’aplicacion d’elle à la résistence ne peuvent estre faictes soudainement, mes convient que telles chouses soient faictes partie après autre, et chascune partie auxi, et rien n’en peus estre fait soudainement.

» Et se aucun obiçoit de ce que si aucune pesante meulle

1. Nicole Oresme, Traité du Ciel et du Monde, livre II, chapitre XIII ; ms. clt., fol. 66, col. c et d, fol. 67, col. a, b et c.

Page 1