Vide Supra, p
2. Metaphysica Avicenne Sive eius prima philosophia, lib. II, tract. IX, cap. II : Quod propinquus motor celestium non est natura nec intelligentia, sed anima, et quod principium longmquum est intelligentia.
LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIÈCLE
qu’il aurait atteint celle-ci ; il demeurerait en repos ; il ne pourrait, de lui-même, revenir à cette disposition non naturelle.»
Al Gazâli avait dit de même 1 :
« Le Ciel incline à changer ses parties de place par une rotation autour d’un centre. Or l’inclination qu’à le Ciel a un mouvement de cette sorte, il est impossible qu’elle soit en lui l’effet de la nature et non l’effet de la volonté. Le mouvement naturel, en effet, c’est seulement la fuite d’une situation et la recherche d’une autre situation ; lorsque le mobile est parvenue à cette dernière, il y demeure en repos ; il est impossible qu’il revienne naturellement à celle qu’il a quittée. »
Cette doctrine d’Avicenne et d’Al Gazâli fut, peut-on dire, universellement adoptée par la Scolastique latine. Il serait fastidieux de reproduire ici les témoignages nombreux que nous pourrions recueillir de cet accord. Nous avons, autrefois, cité 2 celui de Bernard de Trille, qui était particulièrement explicite.
On conçoit, d’ailleurs, que le Péripatétisme se soit montré sévère pour cette proposition : Les Cieux se meuvent de mouvement naturel. L’admettre, c’était renverser toute la Théologie d’Aristote et des Néo-platoniciens. Que la rotation d’un orbe céleste fût due à un impetus ou à une force naturelle analogue à la pesanteur, il devenait également inutile d’attribuer, à cet orbe, ni âme ni intelligence.
Or Nicole Oresme propose précisément de formuler la pensée de Buridan de la manière que voici : Les orbes célestes sont mus par des vertus naturelles analogues à la pesanteur et à la légèreté.
Le chanoine de Bouen vient d’examiner quelques difficultés relatives aux intelligences célestes dont la Physique péripatéticienne admettait l’existence ; il a raisonné « posé que les cielz soient meus par intelligences. Car », poursuit Oresme 3, « par aventure quand Dieu les créa, il mist en eulz qualitez et vertus mottives auxi comme il mist pesanteur es chouses terrestres, et mist en eulz résistences contre ces vertus mottives.
» Et sont ces vertus et ces résistences d’autre nature et d’autre matière que quelconque chouse sensible ou qualité qui sont icy bas.
» Et sont ces vertus contre ces résistences tellement modé-
1. Philosophia Algazelis, Lib. I, tract. IV ; éd. Venetiis, 1506, fol. slgn. f 2, col. c.
gj2. Voir : Quatrième partie ; t. VI, ch. I, § VI (B), pp. 44-46.
3. Nicole Oresme, Le traité du Ciel et du Monde, livre II, ch. II ; Bibliothèque nationale, fonds français, ms. n° 1083, fol. 40, col. c.
LA PREMIÈRE CHIQUENAUDE
rées, atrempées et accordées que les mouvemens sont faiz sans violence.
» Et excepté la violence, c’est aucunement semblable quant un homme a fait une horloge, et le lesse aller et estre meu par soy ; auxi lessa Dieu les cielz estre meus continuellement selon les proporcions que les vertus motives ont aux résistences et selon l’ordrenance establie.
» Et pource, quant le Prophète eut dit de Dieu : Laudate eum cæli cælorum, il dist après : Statuit ea in æternum, et in sæculum sæculi præceptum posuit, et non præteribit. »
Simple maitre-ès-Arts, Jean Buridan avait humblement soumis son hypothèse au jugement de « Messieurs les Théologiens ». Par la bouche de Nicole Oresme, les Théologiens 1 déclarent cette hypothèse recevable.
Mais, en même temps et de cette même bouche, nous entendons la déclaration que voici : L’étude des mouvements de l’Univers est un problème qui dépend tout entier des mêmes principes de Mécanique, de ceux qui régleraient une horloge immense et compliquée. En effet, un jour, dans son traité De horologio oscillatorio, Huygens posera les théorèmes qui permettront à Newton d’analyser le mécanisme de l’Univers.
1. Oresme avait, à Paris, enseigné la Théologie et commenté les Sentences de Pierre Lombard. En effet, au chapitre même que nous venons de citer, il écrit : t Si comme J’ay monstré pieta sur Sentences... » (Nicole Oresme, Traité du Ciel et du Monde, livre II, chapitre II ; ms. cit., fol. 41, col. d.)