Voir : pp
4. Fratrls Rogeri Bacon Opus majus, pars IV ; éd. Jebb, p. 259; éd. Jebb,
p. 259 ; éd. Bridges, vol. I, pp. 287-288.
éléments sont plus faiblement actifs que ne le sont les outils à l’égard de l’artisan, que ne le sont, par exemple, la hache et la cognée à l’égard du charpentier ; sans doute, tout se fait, icibas, par les qualités des éléments ; mais ces qualités ne sont, à l’égard du Ciel, que ce que sont les outils à l’égard de l’artisan ; si donc, à l’égard de son œuvre, l’artisan est, à la fois, l’agent principal et universel, et l’agent particulier, ainsi, et plus encore, en sera-t-il du Ciel à l’égard de toute chose qui doit être engendrée.
» Averroès, de son côté, dit, au VIIe livre de la Métaphysique, que la vertu du Ciel fait, au sein de la matière en putréfaction, ce que la vertu du père fait au sein de la semence ; partant, les êtres qui sont engendrés par la putréfaction, bien qu’animés, sont faits immédiatement par le Ciel ; à bien plus forte raison en est-il de même des choses inanimées.
» Il n’en est pas seulement ainsi des êtres qui naissent de la putréfaction, mais encore de ceux qui sont engendrés par voie de propagation. Aristote dit, en effet, au livre Des végétaux, que le Soleil est le père des plantes et que la Lune en est la mère. Au sujet des hommes et des animaux, Aristote dit que l’homme est engendré par l’homme et par le Soleil ; mais Averroès affirme qu’à cette production d’un homme, le Soleil contribue plus que l’homme ; la vertu du Soleil, en effet, se maintient dans la semence, du commencement à la fin de la génération, tandis qu’il n’en est pas ainsi de la vertu du père ; cette vertu-ci n’agit qu’un instant, au moment de l’émission de la semence ; elle ne pourrait donc rien faire sans le secours de la vertu continuellement propagée et diffusée par le Ciel ; c’est cette dernière vertu qui règle la génération.
» C’est donc du Ciel que toutes choses tiennent leurs complexions diverses. »
Maître de toutes les générations, de toutes les destructions, de toutes les altérations qu’éprouvent les corps d’ici-bas, le Ciel exerce par là une puissante influence sur les déterminations des volontés humaines ; l’âme, en effet, laisse glisser son choix dans le sens où penche la complexion du corps ; mais cette séduction du Ciel sur l’âme par l’intermédiaire des dispositions corporelles n’est pas une nécessitante contrainte ; le libre arbitre demeure sauf. Si, plus encore que les grands théologiens du xme siècle, que les Saint Bonaventure et les Saint Thomas d’Aquin, Bacon se complaît à constater et à décrire l’intervention des astres dans tous les événements d’ici-bas, les
l’astrologie chrétienne
principes à l’aide desquels il concilie sa confiance en l’Astrologie et sa foi dans l’enseignement de l’Église sont identiques à ceux qu’ont formulés ces théologiens.
Le Spéculum Astronomiæ
Si Bacon, dans VOpus majus, a longuement insisté sur la conciliation du libre arbitre humain avec l’Astrologie, c’est qu’il entendait, il nous l’a dit, laver la Mathématique véritable des soupçons injurieux des ignorants ; c’est qu’il ne voulait pas la laisser confondre et condamner avec la Mathématique entachée de Magie.
Autant, en effet, notre auteur aimait à dire son admiration pour l’Astrologie qu’il croyait véritable et recevable aux Chrétiens, autant il s’indignait contre les opérations magiques et contre ceux qui s’y adonnent. « Ceux-ci, disait-il x, ne font rien qui soit conforme à la vérité de l’art et de la nature ; ils séduisent les hommes ; et bien souvent, à cause des péchés de ces magiciens et de ceux qui croient en eux, ce sont les démons qui opèrent, bien que les magiciens et leurs adhérents ne sachent pas que les démons opèrent.
» Aussi faut-il examiner et réprouver tous les livres de Magie, comme le Liber de morte animæ, le Liber fantasmatum, le Liber de officiis et potestatibus spirituum, les Libri de sigillis Salomonis, les Libri de arte notoria, et tous les livres de ce genre ; les uns invoquent les démons ; les autres procèdent par fraudes et opérations vaines, non par les voies de la nature et de l’art. »
Parmi les livres consacrés à l’Astrologie et aux sciences voisines, distinguer ceux dont un chrétien peut admettre la doctrine de ceux qu’il est tenu de rejeter, éviter, à cet égard, les jugements trop sévères tout comme les jugements trop indulgents, c’est l’objet d’un petit traité qui porte ce titre : Spéculum Astronomiæ, et aussi cet autre titre plus expressif : De libris licitis et illicitis.
Dès le début du xive siècle, ce traité était attribué à Albert
1. Roger Bacon Op. laud., éd. Quaracchi, pp. 151-152. — Ed. Little, p. 48.
LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIÈCLE
le Grand1 et, depuis ce temps, il n’a cessé d’être imprimé avec les autres écrits de l’Évêque de Ratisbonne 2 3. Néanmoins, le R. P. Mandonnet n’a pas hésité à l’attribuer à Roger Bacon ; et U semble que cette attribution soit légitime car, de Roger Bacon, on trouve, dans le Spéculum Astronomiæ, certaines locutions coutumières, certaines métaphores habituelles, certaines pensées favorites. La doctrine générale du Spéculum Astronomiæ concorde pleinement d’ailleurs, avec celle de 1 ’Opus majus et de YOpus tertium.
Le Miroir d' Astronomie débute en ces termes :
« Il est des livres dans lesquels on ne trouve pas la racine de la science ; ces livres sont des ennemis de la véritable Sagesse, c’est-à-dire de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est l’image du Père, et la Sagesse par laquelle celui-ci a fait les siècles ; à l’occasion de ces livres-là, justement suspects à ceux qui aiment la véritable foi catholique, il a plu à quelques grands hommes d’accuser certains autres livres, qui sont peut-être innocents. De ce que plusieurs des livres susdits pallient, à l’aide de mensonges, les doctrines de l’Astronomie nécromantique, ils ont souillé, aux yeux des honnêtes gens, de nobles livres relatifs à l’Astronomie ; ils les ont rendus dangereux et abominables.
» Aussi, un homme, qui est un zélateur de la foi et de la philosophie, s’est-il appliqué à faire mémoire de ces deux sortes de livres, à les énumérer, à rapporter, de chacun d’eux, le titre, les premiers mots et, d’une manière générale, ce qui s’y trouve contenu ; il a dit aussi quels en étaient les auteurs ; il a accompli cette tâche afin que les livres licites soient séparés des livres illicites. »
L’auteur distingue * « deux grandes sciences, qui sont toutes deux désignées sous le nom d’Astronomie ». La première est la
1. P. Mandonnet, Roger Bacon et le Spéculum Astronomiæ (1277) ( Revue Néo- Scolastique de Philosophie, août 1910, p. 320).
2. La première édition est, croyons-nous, la suivante : Tabula Tractatum Parvorum naturalium Alberti Magni Episcopi Ratisponensis de ordine Predicatorum. — De Sensu et Sensato. — De Memoria et Reminiscentia. — De Somno et Vigilia. — De Motibus animalium. — De Etate sive de Juoentute et Senectute. — De Spiritu et Respiratione. — De Morte et Vita. — De Nutrimento et Nutribili. — De Natura et Origine anime. — De Unitate intellectus contra Averrocm. — De intellectu et intelligibili. — De Natura Locorum. — De Causis et proprietalibus Elementorum. — De Passionibus Aeris. — De Vegetabilibus et Plantis. — De Principiis motus processivi. — De Causis et processu universitatis a Causa prima. — Spéculum Astronomicum de Libris licitis et ilticitis. Colophon : Venetijs impensa heredum quondam domini Octaviani Scoti civis Madoetiensis : ac sociorum. Die 10 Martii. 1517. — Le Speculumjastronomicum de libris licitis et illicitis, qui est la dernière pièce de la coilection, commence au fol. 230, col. d, et finit au fol. 233, col. d.