Joannis Duns Scoti Quæst. cit. , a* opinio
2. Joannis Dun6 Scoti Quæst. cit., quantum ad istum articulum.
3. Joannis Duns Scoti Quæst. cit., de secundo articulo principali.
LE MOUVEMENT ET LE TEMPS
II en garde ce principe 1 :
« Dieu ne regarde pas la matière comme passant nécessairement de forme en forme suivant un certain ordre déterminé ; mais un agent naturel la regarde^ nécessairement de cette façon, car il ne peut pas passer immédiatement de n importe quoi à n importe quoi. Cette différence ne fait rien à la possibilité ou à l’impossibilité de ramener une chose qui soit numériquement la même ; cet ordre, en effet, considère les formes au point de vue de leurs natures spécifiques, mais il ne considère pas si elles sont numériquement identiques ou distinctes. A la forme du vin, donc, la forme du vinaigre peut seule succéder tout aussitôt, et la transformation diverse 11e se peut faire d’une manière immédiate ; mais que la forme du vinaigre succède à telle forme individuelle du vin ou à telle autre, cela est indifférent à cet ordre. »
« Toute la nature active 2 est donc, en sa transmutation, attachée à un certain ordre dans la suite des formes tota naturel activa est alligata cuidam ordirÿ jormarum in transmutatione). En sorte que la nature tout entière ne pourrait, à la forme du vinaigre, faire succéder immédiatement la forme du vin. Seul, Dieu, dans son action, n’est pas contraint par cet ordre. Cet ordre est surtout nécessaire, à l’égard d’un agent naturel, quand il y a passage du moins parfait au plus parfait ; en effet, ce passage ne se peut effectuer par les moyens les plus nombreux, mais bien par les moyens les moins nombreux. »
Ainsi, passer toujours du moins parfait au plus parfait, et par la voie la plus simple, telle est la consigne qui impose à la nature de suivre, dans les transformations qu elle opère, un ordre immuable ; aucune de ces transformations n’est immédiatement réversible.
Saluons l’apparition de cette pensée. Bien timidement et bien vaguement encore, à l’antique théorie d’un Monde qui parcourt éternellement, une infinité de fois, le même cycle fermé t elle oppose l idée d’un Monde où le cours naturel des choses se fait dans un certain sens invariable, de telle façon que tout retour au point de départ est impossible.
Pour démontrer que les agents naturels ne pouvaient reproduire, avec son identité numérique, une substance précédemment détruite, saint Thomas d’Aquin avait eu recours à cet argument :
1. Joannis Duns Scoti Op. laud., lib. IV, dist. XLIII, quæst. I : Utrum resurrectio generalis hominum sil futura Primo, de possibilitate.
2. Joannis Duns Scoti Op. laud., lib. IV, dist. XLIII, quæst. III, de secundo articulo principali.
LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIECLE
as
Pour produire une substance, un agent naturel a besoin du mouvement ou du'changement brusque (mutatio) ; pour reproduire une substance qui fût numériquement la même, il faudrait un mouvement ou un changement qui fût numériquement le même ; or, tout mouvement ou tout changement qui a été une fois interrompu ne peut plus être restauré avec son identité numérique ; une telle restauration est en contradiction avec la nature même d’une chose essentiellement successive.
De ce raisonnement, Duns Scot discute et rejette toutes les parties 1 .
Il nie, d’abord, que pour ramener numériquement la même forme dans la même matière, il faille recourir à un mouvement qui soit numériquement le même.
Il nie, ensuite, que l’interruption d’un mouvement empêche qu’un mouvement, numériquement identique à celui-là, soit reproduit plus tard.
« Ce qu’on dit pour démontrer l’impossibilité de ramener un changement qui soit numériquement identique à un changement précédent, est discours sans valeur. Sans doute, l’unité d’un tout formé de parties consiste dans la continuité que ces parties ont les unes avec les autres ; cependant, l’unité d une partie ou [ identité de cette partie avec elle-même n’est pas la continuité entre cette partie et une autre partie ; l’interruption .suppose (pie ce qui suit n’a pas continuité avec ce qui précède ; il n’en résulte pas qu’elle supprime l'identité de cette partie [(pii suit] avec elle-même [qui a précédé]. »
Duns Scot affirme donc qu’un mouvement interrompu peut être reproduit de telle façon que le second mouvement soit identique au premier. Cette proposition du Docteur Subtil va devenir un des principes favoris de Guillaume d’Ockam.
Dans ses Questions sur le livre des Physiques, Ockam se demande 2 « Si un mouvement local peut revenir de telle manière qu’il soit numériquement le même. »
Il n’hésite pas à répondre : oui, et de cette réponse, à donner la raison suivante :
« Le terme : mouvement local veut simplement dire : une grandeur (pie le mobile acquiert partie par partie. Mais il arrive qu’une
1. Joannis Duns Scoti Op. laud., lib. IV, dist. XLI1I, quæst. I, primo, de possibilitate.
2. Questiones magislri Guglelmi de Okam super librurn phisicurum ; quæst. XXXII : Utrum molus localis idem numéro polest redire (Bibliothèque Nationale, fonds latin, nouv. acq., ms. n° i.i3g, fol. 7, coll. c et d).
LE MOUVEMENT ET LE TEMPS
grandeur qui reste numériquement la même peut être acquise à plusieurs reprises par un mobile qui est numériquement le même, et lui être appliquée ; un mouvement local, tout en restant numériquement le même, peut donc revenir plusieurs fois.
» A cela on objectera que le mouvement ne peut être le même si le temps n’est le même ; or, par voie naturelle, un temps ne peut revenir tout en étant numériquement le même temps.
» Je réponds que l’unité du temps est requise pour l’unité du mouvement si ce mouvement se fait sur des espaces différents ; si un mobile se meut, sur un certain espace, puis s’arrête, et se meut ensuite sur un autre espace, il faut que ces mouvements soient numériquement différents... Mais pour qu'un mouvement soit numériquement un, ce temps n’a pas besoin d’être un si le mobile se meut sur un certain espace, s’arrête, et se meut de nouveau sur le même espace. ))
De ces affirmations, une conséquence se tire avec évidence ; les révolutions successives du premier mobile ne sont qu’une seule et même révolution. Mais alors, comment distinguer les jours les uns des aulres ? Comment parler d’un premier, d’un second, d’un troisième jour ? Tous les jours ne vont-ils pas former un seul et même jour ?
(( Je réponds que ce ne sera pas toujours le même jour... Le premier jour, en effet, implique (importât) que les parties du mobile coexistent aux parties de la grandeur sur laquelle se fait le mouvement, mais qu elles ne leur ont pas coexisté auparavant. Le second jour implique que ces parties coexistent et, en outre, qu’elles ont déjà coexisté une fois ; le troisième jour, qu elles coexistent et qu elles ont déjà coexisté deux fois. Partant, ce n’est pas toujours le même jour, car ce qu’implique (importât) un jour n est pas ce qu implique un autre jour. »
Celte pensée d’Ockam est bien celle dont Bonet s est inspiré.
Mais ce que Bonet ne fait pas et qu’Ockam avait fait, c’est de marquer explicitement le lieu qu’a celle pensée avec la doctrine de la Grande Année.
En effet, la question dont nous venons de résumer la solution était précédée de cette autre 1 : « La nature peut-elle ramener une altération de telle façon quelle soit numériquement la même ? »
Oui, répond Ockam, car un agent qui demeure numériquement
i. Goglelmi de Okam <)p. laud., quæst. XXXI : IJtruiii eadem alleratio numéro per naturam potest redire. Ms. cit., fol. 7, coll. b et c.
IUJIIEM. — T. VII.
LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIV® SIECLE
le même peut être, à plusieurs reprises, approché d’un patient qui reste, lui aussi, numériquement le même ; ces applications successives produiront un seul et même effet, une seule et même altération. Pas plus ici que dans le cas du mouvement local, 1 identité numérique du temps n est requise pour 1 identité numérique de l’effet. « Ainsi, que le temps soit le même ou qu’il soit autre, l’agent peut produire un effet qui soit numériquement unique. )>
Notre auteur ajoute prudemment : « Je ne dis pas que ces raisons concluent d une manière nécessaire ; mais elles l’emportent en probabilité sur les raisons favorables au parti contraire. » 11 sait, en effet, qu’on lui peut faire des objections ; il en énumère trois dont voici la dernière :
« Par cette voie, la résurrection serait chose naturelle, car, en vertu de l’opinion qu’on tient pour possible, un agent qui est numériquement le même peut dans une matière qui est numériquement la même, produire une forme numériquement la même. — 3° quod, per islam viam , resurrectio esset naturalis, quia idem agens numéro polest in eadem materia numéro producere eamdem formant numéro, per casum possibilem positum. »
Les Quæstiones ne résolvent pas cette objection ; elles se contentent de nous dire que « la réponse en a été donnée dans la neuvième question du second Quolibet. Cherchez à cet endroit ».
Si nous suivons ce conseil, voici ce que nous trouverons *.
Ockam examine cette difficulté : Dans un mouvement d’accroissement, l’agent produit l’un après l’autre dans le patient les divers degrés d’une certaine forme ; cependant, l agent est également apte à produire chacun de ces degrés et le patient également apte à les recevoir ; d’où vient donc que tel degré est introduit d’abord et tel autre ensuite ? De cette difficulté, le Venerabilis inceplor propose deux solutions, l’une fondée sur des considérations de Théologie, l’autre sur des raisons de Physique.
« Je dis d’abord théologiquement que, dans le mouvement d’augmentation, cette détermination à recevoir une partie de la forme avant une autre vient de Dieu qui concourt librement à produire d’abord un certain degré, puis un autre...
» Je réponds aussi d’une autre façon, c’est-à-dire physiquement, que, dans le mouvement d’augmentation, cette détermination à recevoir un degré avant un autre, provient, comme il
i. Quodlibela seplem venerabilis inceploris fralris Guilhelmi de Ocham, quodlib. II, quæst. IX.
LE MOUVEMENT ET LE TEMPS
arrive dans toutes les actions naturelles, de ce que toutes les causes, tant supérieures qu’inférieures, sont approchées du patient, soit de la même manière, soit de différentes façons. Qu’un degré, dans un mouvement d’augmentation, soit produit avant un autre, cela provient, si l’on parle un langage de physicien ( natu raliter loquendo) de la diversité dans la disposition et dans la distance des corps célestes. C’est là ce que doit dire le philosophe. Si l’on suppose donc que tous les agents, tant supérieurs qu inférieurs, soient approchés du patient de même manière, 1 effet sera absolument identique. — Et hoc habet philosophus dicere. Ideo ponens quod omnia agentia superiora et inferiora eodem modo approximentur passa, erit omnino effectus idem. — Par conséquent, si l’on supposait qu il en fût ainsi dans le mouvement d’augmentation, ou bien toutes les parties de la forme seraient simultanément produites, ou bien il ne s en produirait aucune. »
Le rapprochement de ces divers passages nous paraît fort clair. Si I on parle en physicien, en philosophe, voici ce qu’on doit dire : Quand tous les corps célestes reprendront identiquement une disposition déjà prise, on verra se produire des effets qui, tous, seront numériquement identiques aux effets déjà produits ; en particulier, dans une matière identique, reviendront des âmes qui seront numériquement les mêmes que celles par lesquelles cette matière fut jadis informée. C’est sous sa forme la plus absolue, la doctrine de la Grande Année. Elle séduisait encore, au xiv6 siècle, le critique le plus pénétrant et le plus audacieux.
Aucun des contemporains de Guillaume d’Ockam, aucun de ses successeurs immédiats ne semble avoir montré pareille faveur à la théorie de la Grande Année.
François de Marronnes partage jusqu’à un certain point l’opinion de Duns Scot ; qu’une substance détruite puisse être, par voie naturelle, rétablie dans son identité numérique, cela ne lui paraît pas impossible. « Là où la cause totale est la même, dit-il l, le même effet peut être également, car la diversité des effets provient d’une diversité dans les causes ; là donc où les causes sont numériquement les mêmes, l’effet peut être numériquement le même ; s'il y a même agent et même sujet* il y aura même terme. — J’accorde que ce raisonnement est valable à condition que les causes demeurent numériquement les mêmes (ex quo causæ nume-
i. Francisci de Mayronis Scriplum super quartum librum sententiarum, dist. XLIV, qusest. IV : Ulrum virtute naturali possit idem numéro reparari (Francisci de Mayronis Opéra, Venetiis, impensis heredum Octaviani Scoli, i520, fol. 219, col. d).
LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIY° SIECLE
raliter eædem marient) ». Richard de Middleton et Duns Scot étaient moins exigeants ; ils se contentaient, pour la cause active, qu elle fut spécifiquement la même ; 1 identité numérique n’était requise que du sujet, de la portion de matière soumise à l’action de cette cause.
Si les causes naturelles peuvent reproduire une substance numériquement identique à une substance précédemment anéantie, Dieu, certainement, ne sera point privé de ce pouvoir. « Mais 1 qu’en sera-t-il au sujet du mouvement ? — Il semble qu’à des époques différentes puisse exister un même mouvement. »
(( Mais Dieu peut-il restaurer un même temps ? — Il me semble que si ce qui possède un flux irréparable était restauré dans son unité numérique, deux contradictoires seraient vrais simultanément. — Videiur mihi quod si habens jluxuin irreparabilem idem numéro repararetur, contradictoria essent simul vera. »
Pour François de Mayronnes, l’écoulement du temps est essentiellement irréparable ; la théorie néo-platonicienne d’un temps périodique est une absurdité.
Nicolas Bonet, si souvent fidèle à l’enseignement de François de Mayronnes, en est ici le contradicteur formel.
S’il est une proposition qui se puisse affirmer du temps tel que nous le concevons, du temps mathématique , c’est bien celle-ci : Toute partie du temps qui a été ne sera plus ; le temps passé ne revient pas. Mais de ce que cette proposition est certaine au sujet du temps mathématique, il n’en résulte pas qu’elle le -soit du temps tel qu’il est dans la réalité extérieure à notre esprit. De ce dernier, donc, il ne sera pas absurde de poser la question suivante 2 : « Ces parties du temps qui passent soudainement peuvent-elles, par la force de quelque agent, exister de nouveau, puis cesser d’être, revenir encore et ainsi de suite à 1 infini ? »
A cette question, voici la réponse de Bonet : « Cherchez d’abord si un même mouvement, numériquement le même, peut, ou non, revenir plusieurs fois. Si oui, en effet, les parties du temps, elles aussi, pourront revenir plusieurs fois. Voici la raison de cette affirmation : Toutes les fois que reviennent un même fondement et un même terme, peut aussi revenir une même relation entre ce fondement et ce terme ; si donc les parties du mouvement peuvent
i. Francisci »e Mayronis Op. laud., disl. XL1V, quæst. III : Utrum oinnia quæ sunt in universo Deus polest reparare eadem numéro (Francisci de Mayronis Opéra, éd. cil., loc. cil.).
■2. iNicolai Boneti Op. laud., lib. VI, cap. VII; ms. n° (1.078, fol. 16.», \°, et fol. 164 r°; ms. n° i0.i32, fol. 129, col!, c et d et fol. i3o, col. a.
LE mouvement et le temps
revenir numériquement identiques à elles-mêmes, les mêmes coexistences de ces parties à la première Intelligence pourront aussi revenir.
» Mais peut-être objecterez-vous qu’alors le passé serait le futur et inversement, ce qui implique contradiction. »
A cette objection, Bonet répond de la manière suivante : (( Cette chose à laquelle vous donnez le nom de passé peut-être la même chose que celle à laquelle vous donnez le nom de futur. » Mais cette chose n est pas purement et simplement le passé ni le futur. Lorsqu'on appelle cette chose : le passé, en même temps qu’on désigne celte chose, on « connote » la négation du présent et du futur ; de même, lorsqu’on appelle une chose : le futur, on désigne la chose et, en même temps, on connote la négation du passé et du présent. Il peut donc arriver qu’on attache le nom de passé et le nom de futur à une même chose ; « il n’en résulte pas que le passé puisse être le futur et inversement, » car, dans les deux cas, la connotation n’est pas la même.
Maintes fois nous avons attiré lattention du lecteur sur les tendances platoniciennes qui sollicitent la raison de Nicolas Bonet ; nous avons vu, d’ailleurs, que notre Franciscain ne méconnaissait pas sa prédilection pour la pensée de Platon. N’avons-nous pas ici une nouvelle occasion de répéter les remarques déjà faites ? Voici que Bonet n hésite pas à regarder comme possible un retour indéfini d’un temps numériquement identique à lui-même ; voici qu’il se refuse à reconnaître aucune contradiction dans ce temps périodique que les Néo-platoniciens avaient tous enseigné.
Ne nous étonnons pas à l’excès, toutefois, de l’audace de Bonet ; il n’était ici qu’un imitateur ; il avait trouvé son modèle dans Guillaume d’Ockarn.
François de la Marche s’inspire également de l’enseignement d’Ockam.
Voici la question qu’il examine 1 :
« La vertu divine peut-elle faire que quelque forme ou quelque chose revienne, numériquement identique à ce qu elle était ? Est-ce possible pour toute forme permanente ? Est-ce possible pour le mouvement ? Est-ce possible pour le temps ? »
i. Rcportatio 4' libri Senlentiarum Magistri Francisci de Marchia jratris minoris e< sacre théologie doctoris; dist. XLIII, quæst. II : Adhuc circa distinctionem 43 quero ulrum virtute divina possit redire aliqua forma vel aliqua rea eadem numéro; secundo si forma permanens; 3° si motus; 4° si lempus (Bibl. Nat., fonds latin, ms. n° 3071, fol. 1 64 , col. c à fol. i65, col. d).
« Il est, dit noire auteur 1, deux façons de répondre. L'une prétend que, par la vertu divine, tout être permanent peut revenir. L’autre admet qu'il en est de meme aussi bien des êtres successifs que des êtres permanents, à l'exception du temps. »
Dans la première réponse, nous reconnaissons celle de saint Thomas d’Aquin, de Godefroid de Fontaines, de Gilles de Rome ; dans la seconde, nous retrouvons celle de Duns Scol et de François de Mayronnes.
« Pour moi, déclare François de la Marche.2, je dis que toute chose, tant permanente que successive, après avoir été détruite, peut être réparée par Dieu avec son identité numérique. » Et, de cette affirmation, il n 'excepte même pas le temps.
Qu’une substance permanente, après avoir été anéantie, puisse être reproduite, numériquement identique à ce quelle a été, tous les prédécesseurs de François l’ont accordé à la puissance divine ; François n’a donc, ici, rien innové, et il n est pas utile d insister sur ce qu’il dit à ce sujet.
Venons-en de suite à cette affirmation : Deux mouvements, accomplis en des temps différents, et séparés l’un de l’autre par une certaine durée, peuvent être numériquement identiques entre eux, ne constituer qu’un seul et même mouvement.
Cette proposition, Jean de Duns Scot et Guillaume d’Oekam l'avaient admise avant François de la Marche ; mais pour la rendre recevable à la raison de son auditeur, François invoque des motifs auxquels ses prédécesseurs n’eussent point recouru ; ces motifs sont tirés, en effet, de l’étroite analogie que notre auteur a établie entre le temps et le lieu.
« Pour rendre cette proposition évidente, dit-il 3, voici ce qu’il faut savoir : Ce qui est vrai de la quantité permanente extrinsèque, c'est-à-dire du lieu, à l’égard du corps logé, est également vrai de la quantité successive [extrinsèque], c’est-à-dire du temps, à l égard du mouvement.
» Or la quantité permanente nous présente deux sortes d’ordre : L’ordre des parties au sein du tout, et l’ordre des parties à l’intérieur du lieu. Le premier de ces deux ordres peut, d’ailleurs, subsister, abstraction faite du second ; on le voit clairement par l’Eucharistie, où le corps de Jésus-Christ est tout entier dans l’hostie tout entière, et tout entier aussi dans chacune des parties de l'hostie.
j. François de la Marche, loc. cit., fol. i65, col. a.