‹ Le système du monde (volume 5)Chapitre 156 sur 176 · Ms. cit., fol. 190, col. c · texte numérisé non relu

Ms. cit., fol. 190, col. c

LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIECLE

ouvrages ; en leur contenu, nous n’avons rien trouvé qui nous pût fournir, à cet égard, une indication ; hors les noms d’Aristote et d'Averroès, le seul nom propre que ces fragments nous aient présenté est celui de Lynconiensis, c’est-à-dire de Robert Grosse- Teste, évêque de Lincoln ; l’écrit de cet auteur sur les Seconds analytiques est mentionné deux fois 1 dans le commentaire relatif au début de la Physique d’Aristote.

La Logique d’Oxford

Avant d’établir une comparaison entre ce qu on enseignait à Oxford sur la latitude des formes et ce qu’un Nicole Oresme en enseignait à Paris, nous voudrions, d’un trait rapide, tenter une esquisse de la Logique d’Oxford.

Le caractère essentiel de la Logique d’Oxford nous semble pouvoir être marqué en ces termes : Elle accordait une place presque exclusive et, partant, une importance exagérée à la solution des sophismes.

En l’étude de toute science, l’enseignement des principes généraux serait, à lui seul, insuffisant ; il faut que des exercices habilement choisis habituent l’élève au maniement de ces principes, l’accoutument à invoquer la règle qu’il faut à l’endroit qu’il faut. Pour s’exercer, donc, le moraliste discutera des cas de conscience, le juriste plaidera des espèces, le mathématicien résoudra des problèmes. Et peu importe que les exercices soient purement artificiels, que les questions pour lesquelles ils réclament une réponse ne se soient jamais présentées et ne se doivent présenter jamais ; s’ils ont accru la sûreté avec laquelle l’esprit sait user à propos du principe qu’il convient d’employer, ils ont atteint leur but ; ils sont semblables à une gymnastique qui oblige le corps à faire des mouvements inusités, mais propres à donner aux membres plus de force et plus de souplesse.

Ce que la gymnastique est pour le corps, ce que la discussion des cas de conscience est pour le moraliste, ce que la résolution des problèmes est pour le mathématicien, la solution des sophismes 1 est pour le logicien ; mis en présence d’une proposition fausse que semble justifier un raisonnement captieux, il s’accoutume à

i. Ms. cit. , fol. 162, col. c, et fol. i83, col. b.

LA LATITUDE DES FORMES A OXFORD ClQ

discerner la règle que ce raisonnement viole et dont l’emploi fera évanouir le fallacieux paralogisme.

La solution des sophismes se présente donc comme un légitime exercice de Logique, tant quelle demeure un exercice. Mais la gymnastique qui ne se propose plus simplement de fortifier et d assouplir le corps, la gymnastique qui cesse d’être un moyen et se prend pour une fin, devient acrobatie ; de même, en toute étude, 1 exercice artificiel qui perd de vue l’objet réel pour lequel il a ete combiné devient une acrobatie ; ainsi la casuistique morale ou juridique peut dégénérer en acrobatie, ainsi la solution des problèmes peut prêter à l’acrobatie mathématique et la solution des sophismes à l’acrobatie logique.

Au temps de Guillaume Heytesbury, cette acrobatie logique était le sport en vogue à l’École d’Oxford.

L’idée de collectionner des sophismata, des insolubilia propres à exercer des jeunes dialecticiens, comme on collectionne des problèmes pour exercer les jeunes géomètres, est trop naturelle pour ne pas être très ancienne. Dès la seconde moitié du xme siècle, on fit des recueils de ce genre. C’en est un, en effet, que ces Impossibilia de Siger de Brabant que le P. Mandonnet a publiés 1, et que M. Clemens Bauemker a publiés de son côté 2 3 *, mais en se méprenant d’une façon si étrange, à la suite de Barthélémy Hauréau, sur leur véritable nature *. C’est également un Sophisma que cette question de Siger de Brabant 4 : Utrum hæc sit vera : Homo est animal, nullo homine existente.

Au temps de Sieger de Brabant, d’ailleurs, à l’Université de Paris, la mode donnait fort en la discussion des affirmations paralogiques 5 ; des manuscrits, divers conservent une collection de sophismes analysés par Pierre d’Auvergne et des questions sophistiques détachées dues à Pierre de Saint-Amour, à Boèce de Dacie, à Bonus Dacus, à Nicolas de Normandie 6. En 1720, Albert le Grand se plaignait 7 que « beaucoup de Parisiens abandonnassent la Philosophie pour s’adonner aux sophismes ».

1. Pierre Mandonnet O. P., Siger de Brabant, IIe Partie (Textes inédits ); p. 71-94. ( Les Philosophes Belges. Textes et études, t. VII. Louvain, 1908.)

2. Clemens Bauemker, Die Impossibilia der Siger von Brabant, eine philosophische Streitschrit aus dem XII. Jahrhundert. Münster 1898.

3. Pierre Mandonnet O. P., Siger de Brabant, Iro Partie ( Etude critique); pp. 127-128, en note (Les Philosophes Belges, t. VI, Louvain, 1911).

4- Pierre Mandonnet O. P., Siger de Brabant, IIe Pariie ( Textes inédits); pp. 63-70.

5. Pierre Mandonnet O. P., Siger de Brabant, Ire Partie (Etude critique); p. 123.

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