‹ Le système du monde (volume 5)Chapitre 18 sur 176 · Aristote, rispi Ojoivov, 1. I, clu XI · texte numérisé non relu

Aristote, rispi Ojoivov, 1. I, clu XI

2. Aiustotelis Stagiritæ De Casio et Mundi libri IV Averrois Cordubensis in eosdern corrimentariis, lib. I, summa décima, cap. II, pars 2, comm. 1 ifi.

3. Libri de Cælo et Mundo Aristotelis cum expositions Sancti Thomæ de Aquino; in librnm I lectio XXV.

4. Joannis de Janduno, phUosophi acutissimi, super octo libros Aristotelis de physico auditu subtilissimæ quæstiones. Venetiis, apud Iuntas, anno MDLI. Libri VI, quæstio I; foll. 85 (marqué, par erreur, 74) et 8G.

L INFINIMENT PETIT ET L, INFINIMENT GRAND

deur divisible que ce soit. Supposons, en effet, qu’ils diffèrent de la sorte, et prenons un poids intermédiaire entre le maximum et le minimum ; l’homme peut porter ce poids, puisqu’il est inférieur au minimum des poids que cet homme ne peut porter ; et cependant, ce poids surpasse le maximum des poids que cet homme peut porter. La contradiction est manifeste. Pour qu’elle s’évanouît, il faudrait que le maximum et le minimum fussent seulement séparés l’un de l’autre par un indivisible. L’impossibilité des indivisibles ferme cette échappatoire, en sorte que Jean de Jandun se croit autorisé à formuler cette conclusion : « Il est vrai qu’à une vertu naturelle donnée correspond un maximum des œuvres qu’elle peut accomplir ; il n’est pas vrai qu’il lui corresponde un minimum des œuvres qu elle ne peut pas accomplir. »

Jean de Jandun avait fort bien mis en évidence la contradiction que renfermait la théorie de Saint Thomas d’Aquin ; mais évidemment, la solution qu’il en offrait ne valait rien.

Une solution juste ne tarda pas à être proposée, comme Buridan va nous l’apprendre.

Au sujet des bornes des puissances actives et passives, dit Buridan 1 , a on a l’habitude de poser des conclusions probables. Voici la première conclusion : Soit A une puissance propre à lever un grand poids. On ne saurait assigner le poids maximum que A peut lever. Cette conclusion se prouve en admettant qu’il n’y a pas action lorsque l’agent, est égal ou inférieur à la résistance... Supposons donc que A lève le poids B et que ce soit là, au dire de notre adversaire, le poids maximum que A puisse lever ; c’est alors qu’il y a quelque excès de A sur B ; à B, suspendons un poids tel que la résistance devienne égale à la puissance de A, et soit C ce qui a été ainsi suspendu ; il est constant que A ne peut lever l’ensemble de B et de C. Mais, comme C est divisible, enlevons-en une moitié, et laissons l’autre moitié, que nous nommerons D, unie à B ; la puissance A surpasse l’ensemble de B et de D et, par conséquent, peut le lever ; cependant, cet ensemble est plus grand que B ; B n’était donc pas le poids maximum que A puisse lever.

» On peut encore raisonner ainsi : Soient A une puissance propre à lever des poids et B un poids dont la résistance égale la puissance de A ; A ne mettra pas B en mouvement, mais cette puissance mettrait en mouvement tout poids plus petit que B, car elle excéderait ce poids plus petit ; or on ne saurait donner un

i. Johannis Buridani Op. laud. , lib. I, quæst. XII, fol. XVI, col. a.

7^1 LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIV® SIECLE

poids qui fût inférieur à B d’un indivisible car un continu ne se compose pas d indivisible ; dès lors, étant donné un poids quelconque, inférieur à B, on pourra toujours donner un poids intermédiaire, supérieur à celui-là et inférieur à B ; ainsi donc, étant donné un poids quelconque que la puissance A peut lever, il y a encore un plus grand poids que cette môme puissance peut lever... ))

« Des conclusions déjà posées, il en résulte d'autres qui sont communément énoncées avec juste raison 1.

)) La première est la suivante : On peut assigner le poids minimum que la puissance A est incapable de lever. Il est certain, en effet, que le poids peut croître tellement que A ne puisse plus le lever ; il est donc nécessaire qu’un certain poids marque le terme de cette puissance ; or, on ne saurait comprendre que cette puissance s’arrête à tel poids, si ce n’est de l’une de ces deux façons : Ou bien la puissance peut lever ce poids et ne peut rien lever de plus lourd ; ce pcids serait alors le poids maximum qu elle peut lever, ce que l’on sait impossible. Ou bien la puissance ne peut lever ce poids, mais elle peut lever tout poids moindre ; et cela est notre conclusion ; ce poids est, en effet, le poids le plus petit quelle ne puisse lever, puisqu’elle peut lever tout poids moindre. »

Dans ses Quæstiones super libris de Cælo et Mundo, Buridan reprenait 2, avec moins de précision qu’en sa Physique, l’examen de celte question : « Une puissance doit-elle être définie par le maximum de l’action qu elle peut accomplir ? » Le désordre que nous observons ici nous marque peut-être que nous avons affaire à des Reportata plutôt qu’à la rédaction du maître.

« Cette question, dit l’auteur, est fort difficile. » Après avoir examiné quel est l’avis d Aristote et du Commentateur, il formule cette déclaration :

« Il nous faut dire, avec Aristote, qu’une puissance active doit être déterminée par l’action maximum quelle peut produire (per maximum ad quod ipsa potest). Nous entendons par là que nous connaissons la grandeur d’une puissance active lorsque nous connaissons l’action maximum qu elle peut produire ou, du moins, lorsque nous connaissons l’action maximum au-dessous de laquelle

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