Jean de Bassols, loc. cit., fol. CCXII, col. c
LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIECLE
dit lui-même et que l’on peut, des ses dires, tirer également ces deux affirmations : Il y a un infini en acte. Il n’y a pas d infini en acte. ))
Les philosophes qui veulent nier la grandeur infinie actuelle et le nombre infini actuel rattachent presque tous 1 impossibilité de cet infini à l’impossibilité d’un division actuellement infinie de la grandeur finie ; si Dieu, disent-ils, pouvait réaliser actuellement une multitude infinie, il pourrait, d’une manière actuelle, partager toute grandeur finie en une infinité d indivisibles. Bassols, comme ces philosophes, nie qu’une grandeur finie puisse être, d’une manière actuelle, divisée à l’infini ; mais il nie également que cette impossibilité entraîne celle de la multitude actuellement infinie K La division d’une quantité finie quelconque en parties dont les grandeurs se succèdent suivant un rapport constant, se poursuit, dit-il x, à l’infini. Il en est de même de l augmentation d’une quantité par l’addition de semblables parties divisibles. La vertu divine elle-même ne peut réduire cette division ou cet accroissement à l’acte in facto esse, mais seulement à l’acte in fieri, et cela parce que la réalité ou la nature des choses répugne à cette actualisation. Mais cela ne fait point objection à notre proposition. »
La pensée de Jean de Bassols est ici toute semblable à celle de François de Mayronnes.
Ces deux pensées, d’ailleurs, sont analogues en une foule de circonstances ; il n’est guère qu’une question où I on voie ces deux disciples du Docteur Subtil se séparer l’un de l’autre.
Mayronnes, suivant une indication donnée par son maître, ne veut pas que les mots : plus, moins, égal, inégal, soient appliqués à l’infini ; deux infinis de même nature ne peuvent exister, dont l’un serait plus grand que l’autre ; en chaque genre, il n’existe qu’un seul infini.
Ce n’est point l’avis de Bassols ; il ne fait pas de difficulté d’admettre que deux infinis de même genre puissent être inégaux ; il connaît et rappelle 1 2 le principe formulé par Duns Scot et adopté par François de Mayronnes : « La comparaison des quantités plus grandes ou plus petites ne peut se faire qu’entre quantités finies. )) Mais ce principe, il le traite avec dédain : (( Je n’en ai cure, sed non euro, » dit-il.
Les deux élèves de Scot ont aperçu chacun une des faces de la vérité ; il est bien certain qu’entre infinis catégoriques de même