‹ Le système du monde (volume 5)Chapitre 51 sur 176 · Grazadei, loc. cil · texte numérisé non relu

Grazadei, loc. cil

2. Gratiadei Op. laud., lib. IV, lect. VI, quæst. II; éd. cil., fol. 43, col. b.

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également du, qui soit pris de cette même manière formelle. Voilà pourquoi nous disons que la sphère ultime, prise en sa totalité, demeure toujours réellement dans un seul et même ubi.

)) Quant aux diverses parties de la sphère suprême, elles ne demeurent pas réellement dans un même ubi : tandis que dure le mouvement, chacune d’elles est, d'un instant à lautre, dans un ubi différent, car, d’un instant à l autre, elle se trouve dans un ordre différent [à l’égard de l’Univers corporel].

)) Quant au lieu considéré d’une façon matérielle, c est la surface du corps ambiant ; partant, comme aucun corps n’entoure la sphère suprême, elle n’est pas d’elle-même dans un lieu matériellement considéré ; elle n’y est que par accident. »

La sphère ultime n’a, d’ailleurs, pas besoin de se trouver dans un lieu considéré du point de vue matériel. « Si un corps, par son mouvement local, passe d’un certain ordre à l’égard de l’Univers à un autre ordre, il faut que ce corps soit, par lui-même, dans un lieu considéré d’une façon matérielle. Mais à un corps qui, par son mouvement local, ne change pas l’ordre qu’il affecte à l’égard de l’Univers, il suffit de se trouver dans un lieu pris d’une façon formelle ; et c’est ce qui arrive à la sphère suprême. »

La définition du lieu formel, telle que notre auteur l’a donnée en répétant les propos de Gilles de Rome suffit à démontrer x, contre le même Gilles que la sphère suprême n’est pas en un lieu formel en raison de son centre qui est la Terre immobile « De ce que la sphère suprême se meut autour de son centre et des autres corps, il n’en résulte pas que son lieu formellement considéré soit ce centre ou ces autres corps, mais seulement que ce lieu formellement considéré soit l’ordre que cette sphère affecte à l’égard du centre et des autres corps ; et cet ordre consiste dans la situation qu’occupe la circonférence...

)) Sans doute, c’est de la fixité du centre que la sphère tient son immobilité, parce que, le centre une fois fixé, la sphère ultime garde un ordre invariable [à l égard de l’Univers corporel] et, par conséquent, demeure au même lieu ; mais cet ordre [qu’elle conserve], ce n’est pas l’ordre du centre ; c’est l’ordre de la circonférence. »

11 faut donc rejeter absolument la formule averroïste reprise par Gilles de Rome : C’est par son centre, par la terre immobile, que la sphère ultime se trouve formellement en un lieu.

La sphère suprême n’a pas, par elle-même, de lieu matériel ;

i. Gratiadei Op. laud., lib. IV, lect. VI, quæst. V; <5d. cit. , fol. 44, col. b.

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mais elle en a un par accident. Gomment cela ? Par ses parties, dont chacune a un lieu matériel.

Qu’on découpe, en effet, cette sphère en fuseaux 1 ; chacun de ces fuseaux se trouve tantôt à l'Orient et tantôt à l’Occident ; il passe donc réellement, à l’égard de l’Univers corporel, d’un ordre à un autre ; en d autres termes, il passe d’un lieu formel à un autre heu formel. « Mais nous l’avons dit plusieurs fois : Si une chose se meut de mouvement local de manière à passer réellement d’un lieu pris d’une façon formelle à un autre lieu formel, il faut que cette chose ait aussi un lieu pris d’une façon matérielle... Partant, chacun des fuseaux de la sphère suprême doit se trouver, de luimême, dans un lieu pris d’une façon matérielle ; et, par conséquent, la sphère elle-même est en un lieu en raison de ses parties. ))

Que chaque fuseau soit, par lui-même, en un lieu entendu au sens matériel, cela est, d’ailleurs, évident, car chaque fuseau est contenu par les deux fuseaux qui lui sont contigus.

« En disant, d’ailleurs, que la sphère ultime est en un lieu [matériel] en raison de ses parties, nous ne lui assignons pas ce lieu tout simplement en vertu de l’ordre que ces parties gardent au sein de la sphère totale ; mais plutôt, s’il est permis de s’exprimer ainsi, en vertu de l’ordre que les parties gardent dans la sphère totale, cet ordre étant considéré par rapport à l’ordre qui règne dans l’Univers ; c’est ce dernier ordre, en effet, qui, formellement, constitue le lieu. »

D’ailleurs, les surfaces qui séparent les uns des autres les divers fuseaux de la sphère ultime ne sont pas marquées d’une manière actuelle ; les fuseaux ne sont pas actuellement séparés les uns des autres, et même il est impossible qu’ils le soient, parce que la substance céleste n’admet aucune coupure ; les divisions pratiquées dans le corps de la sphère suprême n’existent qu’en puissance ; c’est donc en puissance que chacun des fuseaux de la sphère admet, de lui-même un lieu matériel ; et si la sphère admet un lieu matériel, c’est non seulement par accident, en raison de ses parties, mais c’est encore d’une manière purement potentielle.

« Si la sphère ultime est dans un lieu pris au sens matériel, ce n’est pas d une façon actuelle, mais en puissance 2. C’est une conséquence évidente de la noblesse de sa nature ; Saint Thomas en touche un mot dans cette leçon.

1. Gratiadei Op. laud., lib. IV, lect. VI, quæst. IV; «d. cit. , fol. 43, v°, et fol. 44, col. a.

2. Gratiadei Op. la.ad., lib. IV, lect. VI, quæst. III; cd. cil., fol. 43 col. c.

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» La sphère ultime, en effet, est, parmi tous les corps, le corps le plus élevé dans l’ordre de la nature comme dans Tordre de la situation ; il est donc, de tous les corps, celui qui doit le plus approcher de l’uniformité qu’on rencontre dans les substances spirituelles.

» Ov ni en acte ni en puissance une substance spirituelle n’est contenue par la surface d’un corps ambiant, car rien ne peut être embrassé par un corps si ce n’est un corps.

)) Quant aux corps qui se trouvent au-dessous de la sphère ultime, ils sont, des substances spirituelles, plus éloignées que cette sphère ; aussi sont-ils contenus dans la surface d’un corps ambiant non seulement en puissance, mais encore d’une manière actuelle...

» La sphère suprême, elle, si elle est dans un tel lieu, non seulement ce sera par accident, mais encore elle n’y sera pas d’une manière actuelle, pas plus que n’y sont les substances spirituelles. Toutefois, comme elle leur est inférieure, elle sera en puissance dans un tel lieu ; cette puissance ne pourra pas être réellement réduite en acte ; elle ne pourra être mise en acte que par L'imagination. »

Aidé par la terminologie que Gilles de Rome avait admise, Grazadei nous a présenté, d’une façon très claire et très complète, la théorie thomiste du lieu ; les pensées éparses du Docteur Angélique ont été ramenées à l’unité ; la théorie particulière du lieu de la sphère suprême a été reliée de la manière la plus logique et la plus naturelle aux principes généraux qui dominent toute la doctrine du lieu.

Grazadei a précisé, mieux que ses prédécesseurs ne l’avaient fait, ce qu’il faut entendre par cet ordre de l’Univers corporel où Thomas d’Aquin voyait la ratio loci et Gilles de Rome le lieu formel. Nous avons vu clairement ce que Thomas et Gilles nous avaient seulement fait entrevoir, que cet ordre est un ensemble de mesures propre à marquer géométriquement la position que chaque point de l’espace occupe par rapport à la surface sphérique qui borne l’Univers.

Alors aussi nous* a été manifestée cette vérité que Grazadei a explicitement énoncée : Pour que la ratio loci, pour que le lieu formel demeure immobile, il faut que l’Univers soit borné par une surface sphérique immobile.

Ainsi la théorie thomiste du lieu a été amenée à exprimer cette exigence que la théorie péripatéticienne formulerait également si on la poussait jusqu’à ses dernières conséquences : R faut que l’Univers soit borné par une sphère immobile. Et comme la Phy-

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sique thomiste s’accorde avec la Physique péripatéticienne pour ne pas reconnaître l’existence d’une telle sphère, elles se trouvent également impuissantes à produire, du lieu, une théorie satisfaisante.

ROGER RACON

Dans les divers écrits de Roger Bacon qui se trouvaient déjà imprimés il y a plusieurs années, on ne trouve presque rien qui concerne la théorie du lieu ; il n’en va plus de même si l’on consulte le grand ouvrage que Bacon avait intitulé Communia naturalium, ouvrage qui était demeuré longtemps manuscrit 1 et qui, récemment, a été publié ; en ce traité, se rencontre une longue étude sur le lieu 2.

Cette étude se distingue de toutes les théories du lieu que les maîtres de la Scolastique ont données avant Bacon ou qu’ils donneront après lui. Ces théories aspirent à comprendre toutes les propriétés du lieu sous une définition unique d’où ces diverses propriétés découlent logiquement. Bacon ne s’efforce nullement d’atteindre une semblable unité ; bien au contraire, il déclare que le mot lieu est susceptible de plusieurs acceptions distinctes ; ces acceptions, il en compte cinq.

Parmi les cinq sens divers que le langage attribue au mot lieu, il en est un qui est le sens propre (secundum esse potissimum ) ; de ce sens propre, tous les autres dérivent par voie d’équivoque ; on peut les classer dans un ordre tel que, de chacun d’eux au suivant, l’équivoque soit plus forte et la distance au sens propre plus grande.

L’étude sur la notion de lieu que Roger Bacon développe selon le plan que nous venons d esquisser n’a donc rien d’un théorie métaphysique ; elle ressemble bien plutôt, et de très près, à l’analyse que poursuit un grammairien lorsqu’il veut, en un dictionnaire, classer méthodiquement les diverses significations d’un même mot ; l’esprit du plus pur Nominalisme guide, en cette circonstance, le célèbre Franciscain.

1. Incipit liber primus Communium naturalium Fratris Rogeri Bacon, habens Uor partes principales (Bibliothèque Mazarine, ms. n° 3576).

2. Fratris Rogeri Bacon Communium naturalium liber primus, partis terliæ dist. 2a : De loco et vacuo, habens capitula octo; Capitulum primum est de distinctione modorum loci. Ms. cit . , fol. 52, a, à fol. 54, a.

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T. VII

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Pour définir le sens propre du mot lieu, Bacon s attache 1 à cette formule : l’extrémité du corps logeant, ultimum locantis.

Si l'extrémité du corps logeant est considérée en soi, en tant que terme du contenant, elle est une surface ; le nom de surface est celui qui lui convient vraiment et proprement.

Cette surface est apte à contenir un corps à son intérieur ; lorsque l’on porte son attention sur cette contenance potentielle, il convient de donner à la surface le nom de cavité (concavum).

Mais ce qui fait la cavité ne fait pas encore le lieu ; pour que la cavité commence à devenir lieu, il faut qu elle contienne actuellement un corps.

Cette contenance actuelle, d’ailleurs, ne suffit pas à caractériser le lieu pris au sens propre ; ce sens propre (secundum esse potissimum) achève de se définir par la considération de deux relations.

La première de ces relations est le rapport qu’a la surface du contenant au volume qu’elle comprend et qu’occupe le corps contenu .

La seconde de ces relations est la situation de la surface du contenant relativement aux termes du Monde (termini Mundi). Bacon ne dit pas ce qu’il entend par cette expression ; mais, des diverses considérations qu’il développe au sujet du lieu, on peut inférer que les termes du Monde sont, pour lui, le centre et la surface ultime de l’Univers ; en outre, ce qu’il dit du centre de l Univers n'a de sens que si l’on entend par ces mots un corps central de dimensions finies, et nullement un simple point géométrique.

Ce rapport aux termes du Monde est un des éléments essentiels qui définissent le lieu secundum esse potissimum ; « en effet, tant que le corps logé garde le même rapport aux termes du Monde, il garde le même lieu ; lorsque ce rapport change, le corps change de lieu ; ce rapport appartient donc à l’essence du lieu ».

Cette notion du lieu secundum esse potissimum, telle que Bacon la définit ici, présente d’incontestables analogies avec la notion de lieu (ju’a conçue Saint Thomas d’Aquin, avec celle qu’a adoptée Gilles de Rome.

Le sens propre n’est pas la seule acception que reçoive le mot lieu ; que l’on supprime ou que l’on altère l’un ou l’autre des éléments qui servent à définir ce sens propre, et l’on obtiendra 2 un

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