Rogek Bacon, loc. cil., fol. 53, c
LE LIEU
nion d’Averroès, selon laquelle le centre du Monde est le lieu du Ciel ; mais cette opinion ne me plaît pas. »
Sans doute, en effet, les parties du Ciel sont en un lieu lorsqu’elles ont un certain rapport avec le centre du Monde ; lorsque ce rapport change, on dit qu elles changent de lieu ; ce rapport au centre du Monde constitue donc le lieu de ces parties ; mais ce rapport n’est pas le centre du Monde. Il est donc vrai de dire que le lieu du Ciel résulte de certaines relations entre les parties de ce Ciel et le centre du Monde ; mais il est faux de prétendre que ce lieu soit le centre du Monde.
En dépit de cette divergence, de langage peut-être plus que de pensée, entre Averroès et Bacon, il semble bien que ces deux philosophes s’accordent en cette proposition : Pour que l’orbe ultime soit en un lieu, partant, pour qu’il lui soit possible de se mouvoir de mouvement local ou d’être en un état de repos qui le prive de tout mouvement local, il faut qu’il existe au centre de l’Univers un corps concret immobile. Assurément, cet axiome fondamental de la philosophie averroïste n’est énoncé nulle part en la théorie du lieu que Bacon a développée, mais il paraît être sous-entendu partout ; si I on niait que le célèbre Franciscain eût voulu désigner, sous le nom de centrum mundi, un tel corps fini, immobile et concret, on ôterait tout sens intelligible à bon nombre de ses propositions.
N’oublions pas de mentionner que Bacon a formulé quelque part 1 cette proposition : « Le Ciel lui-même s’arrêtera un jour ou, du moins, il est possible qu’il s’arrête. » Cette affirmation a-t-elle précédé ou suivi l’affirmation analogue portée en 1277 par les théologiens de Paris, nous ne saurions le dire, car nous ignorons à quelle date les Communia naturalium furent composés.
l’empyrée lieu nu monde, campanus de novare
PIERRE d’aILLY
La plupart des discussions que nous venons de résumer ont pour cause la difficulté qu’il y a à concilier, pour tous les corps qui constituent l'Univers, ces deux propositions péripatéticiennes :
1. Fratris Rogeri Bacon Communium naturalium liber primus partis tertiæ dist. 2a, cap. 4œ : De vacuo quantum ad ejus necessitatem propter locata et prop motum augmenti et nutrimenti, et popter motum localem. Ms. cit. , fol. 59 d.
I(j8 LA PHYSIQUE PAHISIENNE AU XIV® SIECLE
Le lieu d’un corps entoure ce corps ;
Le lieu d'un corps est une chose immobile.
Or voici que la Théologie chrétienne sembla sur le point de tirer d’embarras la Physique Aristotélicienne, en plaçant tout autour de l’Univers une sphère exempte de tout mouvement local. Elle crut que l’Écriture lui affirmait l’existence de cet ultime orbe fixe que Proclus 1 voulait déjà prendre pour lieu de l’Univers, pour repère de tous les mouvements.
Guidés par certains passages de l’Écriture, bon nombre de théologiens voulaient , au delà des divers cieux mobiles qu avaient imaginés les astronomes, poser un dernier Ciel immobile ; Isidore de Séville, Bôde le Vénérable, Raban Maur, le Pseudo-Bède,. Saint Anselme, Pierre Lombard, avaient admis cette supposition. A l’appui de cette opinion théologique, plusieurs avaient cherché des raisons physiques ; Michel Scot, Guillaume d’Auvergne, Saint Bonaventure et Vincent de Beauvais avaient ouvert cette voie. Certains physiciens, embarrassés par la « grande question » du lieu de la neuvième sphère, pensèrent en trouver la solution en recourant à cette dixième sphère immobile ; cet « Empyrée », ce « Ciel aqueux », enveloppant la dernière orbite, lui fournissait un lieu ; il était le terme fixe auquel pouvaient être rapportés les mouvements des Cieux ; il assurait la fixité aux deux pôles autour desquels tournaient tous les autres orbes.
Il semble que celte théorie eût déjà cours au temps de Saint Bonaventure et que quelques paroles de celui-ci 2 fissent allusion au rôle de lieu universel attribué à l Empyrée; il en parle, en effet, comme d’un orbe immobile « qui est contenant et non contenu. »
Certaines expressions de Saint Thomas d’Aquin prêteraient, elles aussi, à une interprétation semblable.
En tous cas, la doctrine dont il s’agit est nettement formulée dans la Théorie des planètes que Campanus de Novare rédigea à la demande du pape Urbain IV 3. Voici en quels termes