‹ Le système du monde (volume 5)Chapitre 55 sur 176 · Voir : Première partie, Ch. V, § XIII, t. I, pp. 34i · texte numérisé non relu

Voir : Première partie, Ch. V, § XIII, t. I, pp. 34i

2. Celebralissimi Patris Domini Bonaventuræ, Doctoris Seraphici, Ordinis Minorum, In secundum librum Sententiarum disputata; Secunda pars; libri secundi distinctionis XIV pars quarta; quæst. III : Utrum conveniat alicui orbi moveri absque stellis ?

3. Cet écrit porte le titre : Opus Campani de modo adæquandi planelas , sive de q liant itatib us motuum cælestium, orbiumque proportionibus, centrorumque distantiis, ipsorumque corporum magnitudinibus , dans le ms. n° 7298 du fonds latin de la Bibliothèque nationale; dans le n° 7401 du même fonds, il est simplement désigné par ces mots : Theorica planetarum Campani. Le passage qui nous intéresse en ce moment se trouve au deuxième chapitre après le Procemium.

s’exprime le savant astronome que ce pape avait pris pour chapelain :

(( Au delà de la surface convexe de ce neuvième orbe, y a-t-il quelque autre chose, une autre sphère par exemple ? Cette conclusion ne s'impose pas par nécessité de raison. Mais, instruits par la foi, acquiesçant avec respect à l’opinion des saints docteurs de 1 Eglise, nous confesserons qu’au delà de ce neuvième Ciel se trouve l’Empyrée, où est la demeure des bons esprits. »

L’Empyrée est-il le dixième Ciel, directement contigu à la neuvième orbite ? Entre cette orbite et l’Empyrée, faut-il placer un Ciel aqueux, ce qui attribuerait au Ciel suprême le onzième rang? Campanus hésite entre ces deux partis. Mais c’est avec assurance qu’il formule la conclusion suivante :

« Au delà de la surface convexe de l’Empyrée, il n’y a rien ; elle est la limite suprême de toutes les choses corporelles, la surface la plus éloignée du centre commun de toutes les sphères, c’est-à-dire du centre de la Terre. C’est pourquoi elle est le lieu général et commun de toutes les choses qui sont contenues, car elle contient toutes choses, et rien d’étranger ne la contient. »

Ces derniers mots : « Omnia continens et a nullo alio contenta » reproduisent presque textuellement la formule dont avait usé Saint Bonaventure.

De la théorie de Campanus, nous trouvons un exposé singulièrement net dans cette Summa philosophiæ que certains manuscrits attribuent à Robert Grosse-Teste 1 mais qui, nous lavons dit, est l’œuvre de quelque disciple de Roger Bacon. Voici, en effet, ce que nous lisons en cet ouvrage au sujet du Ciel Empyrée :

« Il est nécessaire que le premier mobile se meuve sur quelque chose de tout à fait immobile ; on l’a démontré aussi bien en Physique qu’en Mathématiques. Or cette chose immobile ce n’est pas originairement le centre du Monde, comme l’ont pensé Aristote et les autres Péripatéticiens ; c’est l’orbe du ciel empyrée, qui est immobile par toutes ses parcelles, et cela d’une manière entièrement naturelle ; c’est par rapport à cet orbe que les diverses parcelles du premier mobile et des autres sphères mobiles peuvent être mobiles ; c’est par rapport à lui qu elles se meuvent d’une manière actuelle. C’est lui aussi, nous l’avons dit, qui est cause que le

i. Ludwig Baur, Die philosophischen Werke Robert Grosse-Teste, Bischofs von Lincoln ( Beitrâge zur Geschichte der Philosophie des Mittelalters, Bd. IX, Münster, 1912). — Lincolniensis Snmma, cap. CCXIV, pp. 546-547-

LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIECLE

Monde a un centre et que ce centre est fixe * ce n’est pas, en effet, l’existence et la fixité du centre qui est cause de la fixité de ce ciel qui ne se meut point et ne saurait être mis en mouvement ; ii en est tout au contraire ; sinon, ce qu’il y a, par nature, de plus vil et de plus bas, serait cause de ce qui est par nature plus noble et plus élevé ; cela est impossible. S’il est donc impossible que le mouvement circulaire de la sphère puisse avoir lieu, à moins que I on ne conçoive un centre absolument immobile, et non seulement un centre mathématique, mais un centre naturel, sur lequel la sphère se meuve ; si, une fois admise l’existence du ciel empyrée qui contient toutes les autres choses corporelles, qui les précède toutes soit dans le temps, soit par nature, il faut encore admettre un centre, une chose qui joue le rôle de centre (ratio centrales), centre sur lequel se mouvront nécessairement les cieux mobiles, il est clair que le repos du ciel empyrée sera la cause universelle de tout changement éprouvé par les êtres capables de génération et de corruption, bien plutôt que ne le sont le premier mobile et les autres sphères inférieures ; de même que la cause première est plus cause que ne le sont les causes secondes. ))

Cette hypothèse, qui plaçait aux confins du Monde le lieu nécessairement immobile qu’Averroès cherchait au centre, paraît avoir été fort mal accueillie au xive siècle. De l’accueil qui lui fut fait alors, disons ici quelques mots, afin de n’avoir pas à y revenir.

Déjà Duns Scot, en ses Qaæstiones quodlib étalés 1 avait mis à nu l’inanité d’une telle théorie : « Dire que la dernière sphère ne se meut point, ce serait affirmer qu elle ne se meut point du mouvement local dont elle est capable ; mais de quel mouvement local serait-elle capable si elle n’est en aucun lieu ? » L'hypothèse d’un Empyrée immobile recule, sans la résoudre, la difficulté relative au lieu de l’orbe suprême ; tel est le corollaire naturel de la remarque que nous venons d’emprunter au Docteur Subtil.

Comme son maître Jean Duns Scot, Jean le Chanoine fait à cette théorie une brève, mais formelle allusion 1 2 : La question du lieu du premier mobile donne lieu à des difficultés chez les philosophes, mais non chez les théologiens ; selon les philosophes, en effet, le premier mobile n’est entouré par aucun corps, mais il les contient tous ; selon la foi, au contraire, il est entouré par

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