‹ Le système du monde (volume 5)Chapitre 71 sur 176 · Walter Burley, loc. cil., fol. 87, col. d · texte numérisé non relu

Walter Burley, loc. cil., fol. 87, col. d

3. Walter Burley, loc. cil., fol. 88, verso, et fol. 89, col. a.

LE LIEU

qui est la surface du corps contenant, se meut en même temps que ce corps ; la forme, au contraire, demeure immobile lorsque le corps contenu ne se meut pas, car elle est la distance de cette même surface à l’orbite suprême, ou bien encore aux pôles et au centre du Monde.

« D’autres » — c’est à Saint Thomas d’Aquin que Burley fait maintenant allusion — « d autres disent, et cela revient à peu près au même, que la partie ultime du contenant ne possède point de ratio loci, sinon en vertu de l’ordre et de la position qu elle occupe par rapport à la sphère céleste. »

A ces théories, Walter Burley objecte les raisons que Jean le Chanoine et Guillaume d’Ockam leur ont déjà opposées ; il élève aussi contre elles un nouvel argument :

« Imaginons qu’un corps demeure immobile au milieu de l’air, par exemple, et supposons que la puissance divine impose au Ciel entier et à l’ensemble des éléments un mouvement rectiligne vers l’Orient ; la partie de l’Univers qui se trouvait à l’Occident du corps se rapproche de lui ; la partie qui se trouvait vers l’Orient s’en éloigne ; un des pôles du Monde devient plus voisin et l’autre moins voisin de ce même corps 1 ; la distance de ce corps au centre du Monde est devenue plus petite ou plus grande qu elle n’était. Or, comme ce corps est demeuré immobile, il faut qu’il soit resté dans le même lieu, que, par conséquent, le lieu de ce corps soit demeuré invariable. Cependant, la situation de ce lieu dans l’Univers, sa distance aux pôles et au centre, ne sont pas demeurées identiques ; cette situation, cette distance aux pôles et au centre, ne sont donc pas l’élément formel du lieu. »

Prétendre que Dieu peut donner à l’Univers un mouvement d ensemble, c’était, pour la Philosophie péripatéticienne, affirmer une absurdité. La condamnation portée en 1277 par les théologiens de la Sorbonne a accoutumé les esprits à regarder cette même proposition comme une vérité. Aussi avons-nous vu Gilles de Rome insinuer et Guillaume d’Ockam affirmer que toute théorie du lieu où le centre de l’Univers est regardé comme immobile devait explicitement indiquer, ce postulat. Walter Burley nous montre comment, en effet, le refus de ce postulat rendrait absurdes les doctrines par lesquelles Saint Thomas d’Aquin et Gilles de Rome ont tenté de sauver l’immobilité du lieu.

Ces doctrines pèchent par la base même. Selon Walter Burley 2,

1. Cette proposition n’est pas exacte; Burley aurait dû supposer que le mouvement d’ensemble de l’Univers est orienté vers le nord ou vers le sud. a. Walter Burley, loc. cit. fol. 87, ccl. 87, col. c, et fol. 89, fol. a.

LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIV® SIECLE

on ne saurait, dans le lieu, distinguer une matière et une forme. Le lieu est une simple forme, semblable à n’importe quelle forme accidentelle telle que la blancheur, le chaud, le froid.

Duns Scot, Jean le Chanoine, Guillaume d’Ockam, ont réduit 1 immobilité du lieu à une immobilité par équivalence ; Walter Burley connaît cette théorie et l’expose en ces termes 1 : « Supposons que je demeure ici, en cette maison de Sorbonne, et qu’un grand vent vienne à souffler autour de moi de manière à renouveler sans cesse l’air qui m’environne ; si toutefois je reste en repos, il est certain que je demeure à une distance de grandeur invariable du Ciel entier, du centre du Monde ou de n’importe quel autre corps immobile ; par exemple, il y a à chaque instant autant de lieues entre l’Angleterre et moi qu’il y en avait auparavant. Par conséquent, le lieu dans lequel je me trouve ne demeure pas le même numériquement ; mais ce lieu demeure le même par équivalence en ce qui concerne la distance aux choses immobiles ; il équivaut à un lieu unique lorsqu’il s’agit de produire ou de repérer un mouvement. Ainsi, lorsque le corps logé demeure immobile, ou bien son lieu demeure numériquement le même, ou bien il est remplacé par un lieu équivalent par sa distance aux autres objets immobiles, équivalent aussi pour tout mouvement local qui commence ou qui continue. »

Walter Burley déclare remettre à une autre circonstance l’examen du sens qu’il convient d’attribuer à cette théorie, et il revient 2 à la question de F immobilité proprement dite du lieu.

Rien n’est mobile de soi que les corps; Walter Burley, qui a refusé à Guillaume d’Ockam de regarder le lieu comme un corps, lui refuse aussi cette proposition : le lieu est mobile de soi (per se). En revanche, il lui accorde que le lieu est mobile par accident, c’est-à-dire par suite du mouvement de certains corps ; le lieu d’un corps est la surface de la matière qui environne ce corps ; il se meut donc lorsque cette matière se meut.

Cette proposition conduit à des conséquences qui scandalisent. Un corps peut changer de lieu sans se mouvoir, il peut se mouvoir tout en gardant le même lieu. Ce scandale provient d’une confusion 3. On regarde le lieu comme le terme du mouvement local ; cela n’est pas ; le mouvement local n’est pas un changement de lieu, mais un changement d u 6t. Aussi est-il parfaitement exact qu’un corps ne peut changer d ’ubi sans se mouvoir, qu’il ne peut

i. Walter Burley, 'loc. cit., fol. 88, col. a.

a. Walter Burley, loc. cit., fol. 89, reclo.

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