WALTER BURLEY
On ne saurait rattacher expressément Walter Burley à aucune École ; il inaugure ce large éclectisme qui, au xiv6 siècle, imprime un cachet spécial aux Terminalistes de l’Université de Paris. Pour construire sa théorie du lieu 1 il s’inspire de Duns Scol aussi bien que de Saint Thomas d’Aquin et de Gilles de Rome, de Guillaume d’Ockam aussi bien que de Jean le Chanoine et de Pierre Auriol ; à chacun il emprunte quelque pensée ; à tous il adresse certaines critiques. Ses défauts, comme ses qualités, tiennent de son éclec-
i. Burleus Super octo libros Physicorum. Colophon : Et in hoc finit expositio excellentissimi philosophi Gualterii de Burley Anglici in libros octo de physico auditu Aristo. Stragerite (sic), emendata diligentissime. Impressa arte et diligentia Boneti Locatelli Bergomensis, sumptibus vero et expensis nobilis viri Octaviani Scoli Modoetiensis. Et humato Jesu ejusque genitrici Virgini Marie sint gratie infinité. Venetiis, anno Salulis nonagesimo primo supra millesimum et quadringentesimum, quarto nonas Decembris. — Les feuillets ne portent aucune pagination, bien que la tabula dubiorum en indique une; la théorie du lieu forme le Tractatus prirnus quarti libri dont les sept chapitres occupent les folios 76. verso, à g5, recto.
LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIV6 SIECLE
lisme ; il manque parfois de cette netteté dogmatique et de cette rigueur logique qu’eût peut-être possédées un esprit moins ouvert et moins accueillant.
Comment faut-il comprendre la définition aristotélicienne du lieu : ultimum continentis? Faut-il, avec Ockham, admettre que le lieu est le corps contenant lui-même ou un certain volume inclus en ce corps contenant ? Burley s’y refuse 1. De l’aveu d’Oekam lui-même, si l’on admet cette définition, on peut attribuer à un corps une infinité de lieux différents ; dans lépaisseur de la couche qui enveloppe le corps logé, on peut découper une seconde couche qui l’enveloppe également ; dans l épaisseur de la seconde, on peut en découper une troisième, et ainsi de suite indéfiniment ; au sens d’Ockam, chacune de ces enveloppes est un lieu du corps, comme celle en laquelle elle a été découpée, comme celle que I on découpera en elle.
D’ailleurs, Walter Burley n'a pas, contre toute réalité attribuée à la surface, la répugnance du V enerabilis Inceptor, s’il admet qu’un corps est forcément étendu en toutes dimensions, il pense, avec Duns Scot, qu’un accident de ce corps peut fort bien être attribué à la surface seulement, sans en affecter d’aucune manière la profondeur ; à la formule par laquelle les Péripatéticiens définissent le lieu : ultimum continentis, il n’hésite donc pas à attribuer ce sens : la surface du contenant.
Comme l’indiquent ces mots, le lieu n’est pas simplement la surface ; il résulte de l’union de deux éléments, la surface d’abord, et l’action de contenir ( continentia ) ensuite ; cette opinion de Burley est conforme à celle de Duns Scot.
Très conforme aussi à la doctrine de Duns Scot est la distinction 2 entre le lieu et Yubi ; Yubi est l’effet produit dans le corps logé par cette action de contenir qui, unie à la surface du corps ambiant, constitue le lieu ; d’une manière immédiate et intrinsèque, ce n’est pas le lieu, mais Yubi qui est le terme du mouvement local.
Après avoir éclairci la définition du lieu, Burley aborde la question capitale : Le lieu est-il immobile ?
Parmi les réponses qui ont été faites à cette question et qu’il va examiner, la première est celle qu’a proposée Gilles de Rome3: Il faut, dans le lieu, distinguer la matière et la forme ; la matière,
1. Burleus Super octo libros Physicorum, lib. IV, tract. I, cap. V, foll. 86, verso, et 87, recto.