‹ Le système du mondeChapitre 100 sur 243 · Ms. cit., fol. 116, col. b · texte numérisé non relu

Ms. cit., fol. 116, col. b

LE TRIBUT DES ARABES

nome. Que des canons clairement et simplement formulés permettent de tirer des fables astronomiques tous les renseignements qu on peut désirer sur le mouvement des corps célestes fixes ou errants, que ces renseignements se trouvent très exactement confirmés par les observations, voilà ce qu’au cours du Moyen Age, et longtemps même après que le Moyen Age aura pris fin, nous entendrons constamment souhaiter pari unanimité des astronomes. Des principes théoriques dont s’autorise la composition des tables et des canons, ils se montreront, en général, fort insouciants ; ils laisseront aux physiciens le soin de discuter ces principes. Des hypothèses nouvelles n’auront le don de les intéresser que dans la mesure où elles permettent un calcul plus aisé et plus précis des mouvements célestes. Au xni® siècle, ils ne daigneront pas mettre le système d’Af Bitrogi, qui ne leur permet de déterminer le lieu d aucun astre, en balance avec le système de Ptolémée, source des tables et des canons dont ils font usage. Au xvic siècle, sans s'inquiéter beaucoup de savoir si la Terre tourne ou ne tourne pas, ils délaisseront la doctrine de Ptolémée pour la doctrine de Copernic, parce que celle-ci fournit des tables plus simples et plus exactes que les Tables Alphonsines Ces tendances, que notre siècle appellerait positivistes ou pragmatistes, dirigent l’œuvre de notre astronome marseillais.

U nous a dit son intention de composer des tables astronomiques et des canons, et, d’ailleurs, il s’est donné comme un disciple d’Al Zarkali ; les modèles qu’il va se proposer d’imiter nous sont donc connus d’avance ; ce sont les Tables de Tolède et les Canons qu’Al Zarkali a rédigés pour l’usage de ces tables. Que son œuvre soit une simple transposition de ces tables et de ces canons, il va, d’ailleurs, nous l’avouer ; ce sera l’objet du préambule ’, intitulé : Regulæ ad loca planetarnm invenienda , qui précède les canons.

« Un grand nombre d’indiens, de Clialdéens et d’Arabes, dont nous avons reconnu la grande valeur en Astronomie, ont publié des livres sur le cours des planètes ; ils les ont calculés pour le méridien delà ville d’Arin, que l’on dit avoir été très exactement construite au milieu du Monde, ou pour le méridien de Messera; ils les ont datés par les années du Monde ou par les années des Grecs ou, enfin, parles années de gezdazijt [Yezdegerd, ère des Parsis]. Tout récemment, nous avons su qu’un habitant de Tolède, qui traitait de cette doctrine avec une particulière clarté, et que

i. Ms. cit., foi. 116, col. b.

l’astronomie LATINE AU MOYEN AGE

l’on nomme Azarchel ouÀlbaténi, avait semblablement composé un livre (les cours des astres, daté en années arabes et calculé pour Tolède ; cette ville est, [en longitude], distante de notre cité, c’està-dire de Marseille, d’une heure et un dixième d’heure. Dès lors, nous avons cru que ce ne serait pas œuvre indigne de dresser notre livre au moyen des années comptées depuis le Seigneur Jésus-Christ et du méridien de la susdite cité.

» Puisque nous avions été les premiers des Latins à qui cette science fût parvenue après avoir été traduite de l’Arabe ( Et quia nos primi Latinorum fueramus ad quos, post Arabum translationem , hæc scientia pnr venerat...), il ne semblait pas absurde que notre travail fût de quelque utilité pour certains Latins. Nous nous sommes donc mis à la présente œuvre, et nous avons transformé le susdit livre de Tolède en celui-ci ( atque prœdictum Toletanum in eu immutati sumus) .

» Nous avons constitué les racines 1 des sept planètes et de la tête du Dragon sur l'heure de minuit après le septième jour de fête des calendes de janvier, jour où a commencé l’année des Latins en laquelle le Seigneur s’est incarné ; nous les avons constituées sur [le méridien de] Marseille dont la distance [en longitude] à la ville d’Arin, dont la longitude et la latitûde sont également nulles, est de trois heures.

» 11 faut remarquer qu’en ce livre, nous faisons commencer l’année aux calendes de Janvier ; ainsi, bien que ce livre soit fondé sur l’emploi des années comptées depuis l’incarnation du Seigneur, nous ne commençons pas à partir du jour même où le Seigneur s’est incarné ; ce n’est pas à ce jour-là que nous avons fixé les racines de nos tables, mais quatre-vingt-quatre jours auparavant, temps qui s’est écoulé entre les calendes de Janvier jusqu’au 8 des calendes d’Avril, jour où nous croyons que le Seigneur s’est incarné. C’est de Janvier, en effet, que l’année des Latins prend son commencement. »

Ce préambule aux canons composés par notre astronome de Marseille était précédé d’une table 2 des « auges fixes, qu’on nomme auges d’Albaténi ». Cette table faisait connaître les positions des apogées des déférents des planètes rapportées à la sphère des étoiles fixes, positions qui demeurent toutes invariables dans la suite des temps selon le système d’Al Battani, tandis que, selon Al Zarkali, l’auge du Soleil se déplace par rapport aux étoiles fixes.

LF TRIBUT DES ARABES

Viennent ensuite les canons proprement dits ; peut-être ne trouvera-t-on pas mauvais que nous en donnions ici la liste.

Sous ce titre : Commuais inventionis régula , nous trouvons d’abord 1 * la règle que l’astronome devra suivre pour déterminer, par l’observation d’une éclipse de Lune, la longitude du lieu où il opère, lorsque ce lieu n’est pas Marseille.

Puis viennent * les canons proprements dits, enseignant l’art de se servir des tables qui les suivent ; en voici les titres :

Régula adcerlum locum Solis inveniendum.

Régula brevis.

Régula Lunæ.

Régula ejusdem brevis.

Régula Sa/urni, Jovis et Martis.

Régula brevior earumdem.

Régula Veneris et Mercurii.

Régula capitis Drachonis.

Régula cognitionis V planetarum, utrum aliquis eorum sit directus aut stationarius aut rétrogradas.

Régula latiludinis Lunse.

Régula latiludinis planetarum V.

Régula latiludinis Veneris et Mercurii.

Régula cognitionis utrum aliquis V planetarum sit occullatus aut oriens aut occidens.

Régula eclipsium Solis et Lunæ.

Régula motus Solis et Lunæ in una hora.

Régula declinationis Solis.

Utrum in exordio anni bissertilis loca planetarum sciantur per hune librum.

Une dernière règle 3, intitulée : Qualiter libri cursuum emenduntur, indique comment on devra, au cours des temps, apporter aux tables les corrections rendues nécessaires par les variations séculaires des astres.

« Texuimus vero annorum lineas collectorum ab incarnatione Domini nsque ad mil/esimum noningentesimum quartum 4 »; l’auteur nous avait annoncé en ces termes son intention de dresser des tables qui donnassent le cours des astres errants de l’incarnation du Seigneur à l’an 1904 ; ces tables viennent, en effet, aussitôt après les

i. Ms. cit., fol. 1 16, coll. b et c.

a. Ms. cit., fol. 1 1 6, col. d, à fol. 118, col. c.

Page 1