‹ Le système du mondeChapitre 108 sur 243 · Alain de Lille, loc. cit cd. c i t . , c<d · texte numérisé non relu

Alain de Lille, loc. cit cd. c i t . , c<d

2. Alani de Jnsulis Op. laud., lib. IV, cap. VII; éd. cit., col. 627.

3. Alani de Insulis Op. laud., lib. IV, cap. VIII ; éd. cit., col. 528.

L ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN ACE

Nous voici maintenant délivrés de toute hésitation; l'auteur de Y Anticlaudianu.s attribue aux astres errants l’ordre que Platon leur assignait; il met la sphère du Soleil immédiatement au-dessus de la sphère de la Lune ; Vénus et Mercure sont entre le Soleil et Mars.

Que ce fût bien là l'opinion d’Alain de Lille, nous en trouvons un nouveau témoignage dans un poème en prose que cet auteur a composé et qu’il a intitulé : De planctu Naturæ.

Dans cet ouvrage se rencontre une description du système des astres assez semblable à celle que nous offre le mythe d’Er, dans la République de Platon; la République, cependant, était assurément inconnue d’Alain comme de ses contemporains.

Les astres sont figurés' par des pierres précieuses dont les mouvements circulaires produisent une musique délicieuse. Une couronne de douze gemmes représente les signes du Zodiaque. A l’intérieur de cette couronne, circulent sept pierres qui symbolisent les astres errants ; un diamant figure Saturne, une agate Jupiter, une astrite1 2 Mars ; le Soleil est une cscarboucle.

« L’hyacinthe, avec le saphir, marche sur les traces de cette escarboucle, semblable à un serviteur attaché à la suite de cette gemme ; jamais celle-là n’est privée de la vue de la lumière qui est issue de celle-ci. Cette hyacinthe et ce saphir demeurent à une petite distance au-de*ssus ( brevique in superjarta distant ia) de 1 escarboucle ; ils parcourent l’orbe de celle-ci en même temps qu’elle ; ou bien ils la suivent toutes deux; ou bien encore l’une des deux étoiles suit l’cscarhoucle, laissant à l’autre le soin de la précéder. De ces deux pierres, l’une s’accordait par nature avec la planète Mercure ; l’autre exhalait l’effet que produit l’astre de Dianée. »

La dernière gemme, enfin, une perle fine, brillait de l’éclat lunaire.

D où est venue a Alain de Lille cette opinion touchant l’ordre des diverses planètes ?

Aux passages de 1 Anticlaudianu.s et, du De planctu N al une que nous venons de citer, on peut reconnaître, croyons-nous, l'influence du Commentaire au Soupe de Scipion de Macrobc et du Commentaire au Timèe de Chalcidius. Mais ces deux ouvrages n'étaient point de nature à fortifier, en l’esprit de notre auteur, la conviction

1. Alani de Insuus De planctu iValacœ liber ; cd cil., eoll. 4«t44d5.

2. Nous ignorons quelle pierre désigne ce nom d’aslrites ; il ne figure pas nu vocabulaire des pierres précieuses inséré par Albert le Grand dans son De minernlibus .

LE TR1MIT DES AMADES

que nous y trouvons; ils l’eussent plutôt amené à la révoquer en doute ou, mieux encore, à donner son adhésion à l’hypothèse d Héraclide duPont; c’est à cette conclusion qu’ils avaient couduit, en effet, Scot Erigène, le Pseudo-Hède et Guillaume de Couches.

Alain avait vraisemblablement lu les Thcoricæ planetarum do Gérard de Crémone et l’ Introductorium in Astronomiam Albumasaris. Mais le premier de ces ouvrages ne dit aucunement si les deux planètes inférieures, Vénus et Mercure, sont au-dessus ou au-dessous du Soleil, tandis que le second, qui suit l’enseignement de Ptolémée, met1 2 Mercure et Vénus au-dessus de la Lune et au-dessous du Soleil. Ni l’un ni l’autre de ces deux traités n’avait donc pu convaincre Alain de ranger les planètes comme il le fait constamment.

On en vient alors à se demander si le Poète lillois n’avait pas lu un écrit récemment traduit par Gérard de Crémone, et dont l’un des principaux objets était, justement, de rendre à Vénus et à Mercure le rang, supérieur à celui du Soleil, où Platon les avait élevés et d’où Ptolémée les avait fait descendre ; nous voulons parler des Libri novem Astronomie composés ou , plus probablement, plagiés par Djéber ben Aflah*.

Si Alain avait lu les Theoricæ planetarum et la traduction des Libri novem Astronomie , n’avait-il point lu une autre œuvre de Gérard de Crémone, celle qui dut attirer le plus vivement l’attention des contemporains, nous voulons dire la traduction deY Almageste ? Il est permis de penser que cette traduction ne lui était pas demeurée inconnue ; mais aucun argument positif ne nous permet d’affirmer qu’il l'ait étudiée ; sans doute, dans Y Anticlaudianus, il nomme 3 six personnages qui lui semblent occuper les sommets de la pensée profane ; parmi ces personnages, auprès d’Aristote, de Platon, de Senèque, de Cicéron et de Virgile, se trouve Ptolémée :

Divitis ingenii vena Ptolemæus inundans,

Devectus superas curru rationis in arces,

Colligit astrorum numéros, loca, tempora, cursus.

1. Introductorium in astronomiam Albumasàris abalachi octo continent libros partiales . Colophon : Opus introductorij in astronomiam Albumasaris abalacni explicit féliciter. Venetijs : mandato et expensis Melchionis (sic) Sessa : per Jacobum pentium Leucensem. Anno domini i5o6. Die 5 eeptembris. Régnante inclyto domino Leonardo Lauredano Venetiarum Principe. Lib. II, cap. I, fol. sign. b 3, recto.

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