XL1V
4 Gullielmi Alverni De Uniuerso, Partis primæ pars I, cap. XXXII, éd. i5i6, vol. II, fol. CV1I, col. d, et fol. CVIII, col. a ; éd. 1674, p. 627 ; cf. ; capp XXXIII et XXXIV. M
5. Gullielmi Alverni De Uniuerso, Partis primæ pars I ; éd. i5i6, vol II fol. CXVII, col. b; éd. 1674, t. I, p. 64Ü.
DUHEM. — T. 1U
potièr ou de forgeron; ils semblent comparer le Créateur tout puissant au potier ou au forgeron, et non pas à un roi dans la gloire suprême. » Les cieux mobiles n’offriraient pas a ce roi une habitation digne de sa majesté ; à son séjour convient le perpétuel repos.
L’Empyrée est absolument immobile. Le ciel des étoiles fixes et les cieux des astres errants sont tous animés de mouvements compliqués et composés. Il faut donc ' qu’entre l’Empyrée et le ciel des étoiles lixes, se trouvgjifi ciel nui d’un mouvement simple et uniforme. De là découle la nécessite de 1 Aplanon, qu anime le seul mouvement diurne.
Cette preuve de l’existence du neuvième ciel, non moins que le premier des arguments cités en faveur de l’immobilité de 1 Empyréc, nous manifeste clairement l'influence que les théories de Michel Scot avaient exercée sur la raison de Guillaume d’Auvergne.
Michel Scot est évidemment un de ceux qui ont contribué à révéler à Guillaume le Péripatétisme islamique et l’Astronomie arabe. En parcourant les écrits de l’Évèque de Paris, nous voyons bouillonner la fermentation qu’engendre ce levain, au moment où il vient d’être mélangé à la vieille science des Chrétiens occidentaux.
Dans la raison de Guillaume d’Auvergne, toute pénétrée des enseignements du Christianisme, l’hérésie averroïste ne peut se développer ; si l’Évêque de Paris se laisse aller, en de rares circonstances, à lui faire quelques concessions, c'est par un illogisme inconscient ; constamment, il se montre l’adversaire résolu des dangereuses erreurs qu’il attribue à Aristote et à ses sectateurs arabes ; contre l’hérésie de l’unité de l'âme humaine, il veut qu’on emploie non seulement la raison, mais le glaive.
Mais si Guillaume est fermement défendu contre l’Averroïsmc philosophique par sa connaissance de la doctrine chrétienne, sa science astronomique est autrement faible et cliàncelante ; aussi se laisse-t-il aisément séduire par la simplicité et l’harmonie des hypothèses sur lesquelles repose le système d’Al Bitrogi, sans être arrêté par l'insuffisance scientifique de ce système.
Il y a plus ; ce système le séduit par ses allures platoniciennes. Al Fâràbi, Avicenne, Al Gazâli, que Guillaume prend pour représentants autorisés de la pensée d’Aristote, imaginent autant d’intelligences et d’Ames motrices qu'il y a de cieux à mouvoir. Il lui
I. Gullielmi Alvehni De Universo, Partis primæ pars I, cap. XLIV; éd. 1 5 1 0, vol. II, fol. CXVII, col. a; éd. 1674, t. I, p. 649.
L ASTRONOMIE DES SÉCULIERS
semble, au contraire, comme il semblera plus tard à Albert le Grand, que le système d’Al Bitrogi requière, pour le ciel tout entier, un seul principe moteur ; ce principe unique, il l’assimile à 1 unique Ame du Monde que concevait Platon.
Il a, d ailleurs, pour représenter comment l’Ame, qui réside dans le Ciel suprême, propage son influence d’un ciel à l'autre, une ingénieuse comparaison :
« Platon, dit-il *, semble avoir placé cette Ame en un ciel unique ou bien encore dans tout 1 Univers qui contient les neuf cieux mobiles.
» Dans ce qui précède, on a objecté à ce discours de Platon les divisions et les diversités des cieux, disant quelles ne permettaient pas à une âme unique d’animer tous les cieux. Sachez, à ce sujet, que beaucoup de facultés naturelles, que beaucoup d’âmes nobles, peuvent être reliées les unes avec les autres et, par le contact de leurs corps, fortifier les liens qui les unissent.
» En ce qui concerne les propriétés naturelles, vous en trouverez un exemple dans le contact du fer et de l’aimant... Lorsqu’un morceau de fer touche un aimant, il attire un nouveau morceau de fer ; celui-ci, à son tour, en attire un autre, et peut-être cela se poursuit-il sans fin. Si donc une aiguille touche une semblable pierre, elle reçoit, de ce contact, le pouvoir d’attirer une autre aiguille et, pour ainsi dire, de la coller à elle-même ; alors la seconde aiguille agira de même sur une troisième, la troisième sur une quatrième, la quatrième sur une cinquième. On n’a pas éprouvé par l’expérience, du moins à ma connaissance, si cette action a une fin, si elle s’arrête à un certain nombre d’aiguilles. De ces aiguilles successives, vous verrez la première demeurer suspendue à la pierre qu’elle touche, la seconde adhérer à la première par un contact semblable, puis la troisième, puis la quatrième et ainsi des autres ; la vertu par laquelle l’aimant fait adhérer la première aiguille se transmet à toutes les autres.
» Qu’y a-t-il d’étonnant, dès lors, si la vertu de la vie ou de de l’âme du premier ciel se transmet au second, puis du second au troisième, et ainsi de suite jusqu à ce qu elle parvienne au dernier ciel mobile qui est le ciel de la Lune ? Cela ne se peut-il produire même s’il n’y a, entre eux, d’autre lien que la contiguïté et le contact, comme il arrive en l’exemple proposé?...
» Selon Platon, le ciel qui est le premier et le plus noble est le
i. Guli.ielmi Parisiensis De Universo , prima pars priocipalis, éd. iôiO, pars II, Tractatus de providentia, cap. VII, t. II, fol. CXCIII, coll. c et d ; ed. 1674, pars III, cap. XXIX, t. II, p. 802.
l'astronomie LATINE Alt MOYEN AGE
siège de l'Ame du Monde ; nécessairement, par la présence même de cette source, il possède une débordante plénitude de vie. Qu y a-t-il d’étonnant à ce qu'il laisse écouler, au sein des corps célestes suivants, la vie, le mouvement et toutes les autres opérations de l’àme ? Par la ressemblance qu'ils ont avec ce premier ciel, par leurs très nobles dispositions, ces corps ne sont-ils pas très aptes naturellement à recevoir ces influences, et n ont ils pas, pour cela, de grandes capacités ? 11 me semble donc, conformément a lavis de Platon, que ce premier ciel possède, eu lui-même, la source de vie et de mouvement, comme le Soleil renferme la source de lumière et de chaleur; avec une semblable largesse, il répand la vie et le mouvement dans les corps qui sont capables de les recevoir. »
Les idées astronomiques, fort imparfaitement connues, d’Alpé. tragius venaient ainsi, dans la pensée de Guillaume d Auvergne, rejoindre les doctrines de Platon ; elles lui semblaient, par la, propres à seconder scs efforts pour repousser la philosophie « d’Aristote et de ses successeurs». Nous verrons, en effet, dans la troisième partie de cet ouvrage, que la lutte contre cette philosophie fut le grand labeur de l’Évêque de Paris.
lus Questions de maître roger bacon
Profondément bouleversée sous l’épiscopat de Guillaume d’Auvergne, dispersée en 1229, l’Université de Paris n’avait pas tardé à reprendre sa vie laborieuse et ardente. Qu enseignait-on dans cette Université et, particulièrement, à la Faculté des Arts, vers la fin du pontificat de Guillaume et pendant les premières années qui suivirent sa mort ? Qu y connaissait-on, en particulier, des choses de l'Astronomie ? Pour répondre à ces questions, nous ne disposons pas de renseignements bien nombreux ; mais, du moins, possédons-nous, semble-t-il. un monument particulièrement insigne de l'enseignement qui se donnait, à la Faculté des Arts de Paris, vers l’an 1250.
Un manuscrit conservé à la Bibliothèque municipale d’Amiens1
i. Bibliothèque municipale d’Amiens, ms. u»4o6. — Nous devons à l’obliireance de M A. G. Little d’avoir pu consulter une reproduction photographique de ce manuscrit; qne notre savant collège d’Oxford nous permette de lui exprimer ici toute notre reconnftisSciBce.
l'astronomie des séculiers
nous présente successivement deux séries de questions sur la Phy sique d’Aristote, des questions sur le traité De p/antis attribué au même auteur, enfin trois séries do questions sur la Métaphysique, Au xive siècle, d’une écriture fine et serrée où abondent les abréviations et les ligatures, un copiste a transcrit, sur les doubles colonnes de cent trente-trois feuillets de grand format, cette ample collection de questions ; auparavant, il avait eu soin d’en dresser la table, qui suffit elle-même à remplir cinq feuillets.
Primitivement, ce manuscrit appartenait à l’abbaye de Saint - Pierre de Corbie1. Lors de la Révolution, il fut transporté à la Bibliothèque de la ville d’Amiens où il est demeuré depuis ce temps. Victor Cousin en a donné une description2 dans laquelle il a inséré d importants extraits de la table des matières. Emile Charles, qui n en a pu faire qu’un examen très sommaire, en a également dit quelques mots3.
L’auteur des deux séries de questions sur la Physique d’Aristote est très certainement Roger Bacon. En effet, en tête de la première série de questions sur la Physique , le copiste a inscrit ce titre 4 : « Questiones primi physiconon Kogeri bachini ». La seconde série de questions sur la Physique commence en ces termes B : « Incipiunt questiones supra libnnn phisicorum a magistro dicto bacuun ». Dans cette seconde série, « la division par livres* est accompagnée d’une autre par pièces, peciæ ou petite, division tout extérieure qui partage le manuscrit par cahiers de quatre feuillets ». Or dans la première marge supérieure de certains de ces cahiers, nous trouvons des indications telles que celles-ci ‘ :
2 pelia supra primum libruni phisicorum a magistro Ko. h.
4 petia supra lerlium phisicorum a magistro K. b.
o pecia supra quartum phisicorum a magistro lt. b.
fi pecia supra quartum phisicorum a magistro K. b.
7 pecia supra quartum phisicorum a magistro K. b.
1 Montfaucon, Bibliolheca Bibliothecarum, t II, p. i4o.>.
2 . Victor Cousin, Description d'un manuscrit inédit de Roger Bacon qui se trouve dans ta Bibliothèque d'Amiens (Journal des Savants, année 1 848,
pn. tpxy- 472). . 1 j ■ /rpu- J
3. Emile Charles, Roger Baron, sa me, ses ouvrages , ses doctrines. (vhese de
Paris) Bordeaux, 18G1, pp. 65-66. n
b Ms cil., fol. 6, r», dant la marge supérieure — Cite d apres V. Cousin (toc. vit., p.' 403) ; ce litre s’est trouvé hors du champ de la reproduction photographique que nous avons consultée. .
5. Ms. cit. . fol. 29, col. a. — V. Cousin, (toc. ci/., p. 4«3) a lu : e magistro
dicto bacon.