Ms. cit., fol, 65, col. a
5. Elles commencent au fol. 74, col. b. pour se poursuivre jusqu’au fol. 77, col. b; le verso du fol. 77 est blanc.
6. Le premier livre commence au fol. 78. col. a ; en dépit du titre : Supra secundum metaphysice qui se lit en haut du fol. 87, col. a, il se poursuit jusqu’au fol. 87, col. d, où commence le cinquième livre ; le sixième livre commence au fol. 97, col. a ; en dépit du titre : supra seplirnum metaphysice, qui se lit en haut du fol. io3, col . a, le sixième livre continue jusqu’à la col. c. du fol. 106 où ces mots : hic incipit octavus liber metaphisicc annoncent le commencement du septième livre ; fol. 108, col, c, les mots ; circa nonum librum metaphisice annoncent le huitième livre ; fol. ii3, col. a, les.mots : queritur circa X™ inaugurent les questions sur le neuvième livre qui se poursuivent
jusqu’au fol. ii3, col. d. ...
Les questions de Bacon sur la Métaphysique d Aristote sont alors îritenompues par un commentaire sur le Liber de Cdlisis, un traité de Logique d un certain Magister P. Il, et un traité De visu. * ....
Dans la marge supérieure du fol. îbb, r®, se trouvait une indication <|ue le
I ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
revue le premier livre, les livres V, VI, VII, VIII et IX, enfin le onzième livre du traité d'Aristote sur la Philosophie première.
Partout où, dans le manuscrit d’Amiens, nous trouvons le nom ou les initiales de Roger Bacon, le titre de Maître les précède ; en aucun cas, ce manuscrit ne donne à Bacon le titre de Frère, ce que ne manquent jamais de faire les manuscrits de YOpas majus, de l’ Opus tertium, des Communia naturalium. N’en faut-il pas conclure que l’auteur de ces nombreuses questions n’était que maître ès arts séculier, qu’il n’avait pas encore revêtu la hure de Saint François ?
Cette conclusion, qu’Émile Charles avait très formellement proposée ', peut être appuyée d’autres considérations. Certaines théories, discutées dans les questions sur la Physique, par exemple, se trouvent également traitées dans quelqu’un des grands ouvrages de Bacon ; ainsi en est-il, par exemple, de l’impossibilité du vide, qui est examinée en chacune des deux séries de questions sur la Physique , en Y Opus tertium , aux Communia naturalium. Or, si l’on reconnaît sans peine2 qu’une même pensée a dirigé les diverses expositions, on reconnaît non moins aisément que dans Y Opus majus, dans YOpus tertium, aux Communia naturalium , cette pensée a une maturité qu’elle n’avait pas lorsque furent rédigées les questions sur la Physique ; par là, de nouveau, nous sommes amenés à faire de ces questions une œuvre de jeunesse de Roger Bacon.
Des considérations du même genre nous montreraient, d'ailleurs, que les deux séries de questions sur la Physique ont dû, dans le temps, se succéder suivant l’ordre que leur attribue le manuscrit d’Amiens. Bien souvent, de la première série de questions à la seconde, la doctrine de Bacon s’est affermie et précisée. C’est ce que nous aurons occasion de noter, en particulier, lorsqu’il nous arrivera, dans cet ouvrage, d’examiner l’enseignement de Bacon touchant l’impossibilité du vide.
Nous pouvons également affirmer que la seconde série de questions sur la Métaphysique est antérieure à la seconde série de
relieur a coupde et dont on ne devine plus que le mot : incipit La col. a de ce folio commence en citant les premiers mots du Xle livre de. la Métaphysique. Les questions sur ce XI* livre se poursuivent jusqu’au bas du fol. 176, col. b. Dans la marge, au-dessus de la col c, on lit : Expliciunt questiones supra undecimurn prime philosophie, amen.
1, Emile Chaules, Op. laud., p. 21 et p. 78.
2. Pierhe Dühkm, Royer Bacon et l’horreur du vide (Roger Bacon. Essays Contributed by Various Writers on the Occasion of the Commémoration of the Seventh Centenary of his Birth, Collected and Edited by A. G. Little, Oxford, 191/i, pp. 241-28/1).
l'astronomie des séculiers
questions sur la Physique ; entre le temps où Bacon a discuté ces questions-là et l’époque où il a examiné celles-ci, il s’est instruit en Astronomie, comme nous le verrons dans un moment.
Victor Cousin disait ’, au sujet de la seconde série de questions sur la Physique : « C’est vraisemblablement une autre rédaction, faite par quelque élève, du même enseignement». Ce que nous venons de dire montre que cette supposition ne saurait être exacte ; en ces deux séries de questions, nous devons voir deux enseignements distincts, donnés au cours de deux années scolaires différentes.
La supposition de Victor Cousin est cependant juste en un point ; très certainement, les textes que conserve le manuscrit d’Amiens nous gardent la pensée, mais non la langue même de Roger Bacon ; ce sont rédactions d’élèves faites d’après un enseignement oral. Le style de Bacon abonde en formules imaginées, très caractéristiques, qu’on retrouve dans tous ses ouvrages et qui permettent aisément d’en reconnaître les fragments anonymes. Or, ces marques personnelles du verbe de Bacon, nous les chercherions en vain dans ces nombreuses questions. En revanche, nous y relèverions en grand nombre des solécismes grossiers et des barbarismes énormes, dont beaucoup ne peuvent être mis sur le compte du copiste, et qu’il est impossible d’attribuer à Bacon.
La rédaction est, le plus souvent, très concise ; elle emploie volontiers un style qu’on appellerait, aujourd’hui, télégraphique ; ce besoin d’économiser les mots, le désordre qui se remarque dans l’ordonnance de certaines questions, tout sent la note prise au cours, sous la dictée rapide du professeur, bien plus que l’œuvre achevée à loisir par le maître.
Nous croyons donc qu’on peut regarder le manuscrit d’Amiens comme un recueil de rédactions faites par des élèves, d’après l’enseignement de Bacon, alors que celui-ci, simple maître ès arts, commentait Aristote.
Mais en quelle université cet enseignement a-t-il été donné ? Est-ce à Oxford ou à Paris ?
Il serait peut être imprudent de répondre à cette interrogation d’une manière entièrement générale ; mais il semble qu’on puisse y répondre sans aucune témérité au sujet de la seconde série des questions sur la Physique et déclarer que ces questions ont été dis—
i. Victor Cousin, loc. cit., p. 4&J.
L ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
cutées à Paris. En effet, en un certain endroit Bacon imagine qu’il plonge sa main dans l’eau : « Ut si palma mca tangat Secanam». Ce n’est pas la Seine, c'est la Tamise qu’il eût nommée à ses élèves s’il eût enseigné à Oxford.
Or en quel temps Roger Bacon, muni du titre de maître ès arts, a-t-il pu discuter la Physique et la Métaphysique d’Aristote devant les étudiants parisiens ?
« Ecoutons à ce sujet, dit E. Charles % Roger lui-même. Il est à Paris avant 1248, il y est encore en 1250. Il y entend d’abord l’Evêque Guillaume dissertera deux reprises sur la nature de l'intellect agent, en présence de toute l’Université réunie 1 2 3 *. Or Guillaume meurt en 1248. Il y connaît aussi un certain Maître Pierre.
C’est de lui que je tiens toutes mes connaissances », s’écrie-t-il, en 1267, « et il y a de cela vingt ans », ce qui nous reporte à l'année 1247 \ Enfin le statut du légat Pierre de Courçon, de 1215, arrête qu'on ne parviendra pas à la maîtrise avant trente-cinq ans, et huit années au moins d’études. Cette dernière condition ne fut pas appliquée à la rigueur, et on n'en peut conclure que Bacon ait dû rester huit ans en France. La première eût force de loi ; Saint Thomas seul s’eu affranchit en 1256 ; mais on sait quels orageux débats il eut à affronter, et quelle résistance lui opposa l’Université. Or Bacon n’eut l’âge qu’en 1249 ; nous sommes donc certains qu’il ne rentra pas à Oxford en 1240. Du reste, en 1250, il est encore en France ; il l'atteste lui-même ; il vient de raconter la révolte des Pastoureaux, de ces vagabonds fanatisés par un moine hardi qui, en 1250, troublèrent la France et firent trembler, dit-il, jusqu’à la régente Blanche de Castille, pour la plus grande confusion du clergé et de l’Eglise. « J’ai vu leur chef, ajoute-t-il 5, » et j’ai remarqué qu’il portait dans sa main quelque talisman sacré
1. Magistri dicti Bacuun Ouœstiones sujn‘u librum phtjsicovurn ; lib. IV, (prima quæstio de vacuo). Ms. cit , fol. 4 7, col. d.
2. É. Chaiu.es, O/?, laud., pp. 10-11. — Cf. : A. G. Little, On Roger Bacon’ s
Life and Works (Roger Bacon. Essuijs . , Oxford, 1 9 1 4 . Introduction, pp. /j-.r>).
3. Rogeri Baconis Opns tertiurn, cap. XXIII (Eu. Roceiu Bacon, Opéra 'médita, éd. Brewer, Londres, 1809, p. 74).
4- « Sed nullum vidi qui sciât illas æstus nisi virum a quo hæc didici transactis annis viginli » [Rogeri Baconis Opus minus (Rogeri Bacon, Opéra inedita, éd. Brewer, p 35g)]. En marge de ce passage. Emile Charles lit: Magistrum Petrum ; mais Brewer lit : Rob. Lincolniensem. Dans la préface de son édition (p. XXXVII), Brewer affirme « qu'on ne saurait trouver trace de Pierre de Manarn-curia dans l’exemplaire mutilé de P Opus minus » qu’il publie. On ne peut donc faire état de ce texte en faveur de la thèse soutenue par Emile Charles; heureusement, les autres textes suffisent à mettre cette thèse hors de doute.
5. Fratris Rogeri Bacon Opus ma jus, pars IV; éd. Jebb, p. 254; éd. Bridges, vol. I, p. 4o 1 .
l’astronomie des séculiers
» et, pour ainsi dire, des reliques ». Ailleurs, il affirme 1 avoir conféré avec Guillaume de Rubruquis à son retour de la Terre-Sainte, ce qui reporterait encore plus loin soft départ de France, Guillaume n’ayant pu revenir de son ambassade chez les Tartares avant l’année 1254. »
Nous pouvons donc affirmer que Roger Racon était à Paris au voisinage de l’an 1250 ; c'est à ce moment que, simple maître ès arts, il a dû examiner, au sujet de diverses œuvres d’Aristote, les questions conservées par le manuscrit d’Amiens.
Partant, ce manuscrit est, comme nous l’avons dit, une source précieuse et abondante de renseignements sur l’état des études,, dans la Faculté des Arts de Paris, au milieu du xmp siècle. A cette source, nous aurons bien souvent occasion de puiser. Pour le moment, nous lui demanderons ce qu’à leurs élèves, les maîtres de la rue du Fouarre découvraient de la science astronomique ; et nous verrons que ce qu’ils en disaient se réduisait à fort peu de chose.
Dans ces questions, Bacon traite à deux reprises du mouvement des astres ; en premier lieu, lorsqu’au cours de sa seconde série de questions sur la Métaphysique , il en vient a commenter le XIe livre ; en second lieu, dans sa seconde série de questions sur la Physique , lorsqu’il discute le VIIIe livre. C’est dans cet ordre que nous résumerons ces deux exposés, car c est assurément l’ordre chronologique dans lequel ils se sont succédés.
La seconde série de questions sur la Métaphysique consacre douze questions consécutives aux mouvement des cieux. Voici comment ces questions sont libellées dans le manuscrit d Amiens .
Quæritur primo eu jus art i ficts si/ considerare do motibus corporum cseleslium.
secundo quæritur utrum sint plures orbes.
tertio quæritur utrum sint plures orbes secundum numerum et secundum speciem.
quarto quæritur utrum orbes sint continui .
quinto qiuei'itur utrum stellæ, quæ sunt in Mis orbibus sicut partes , moveanlur.
sexto quæritur utrum omnes orbes et stellæ eorum ab eodem mo vente moveanlur.
SF.PTiMO quæritur utrum omnes planetæ cl erraticæ cum suis orbibus ab eodem motore moveanlur.
Roger. Bacon Op. laud., pars IV; éd. Jehb., p. ; èd. Bridas, vol. I, *’ -2. Ms. cil., fol. 171, col d, à fol. 173, col. a.
LASTRONOMIE LATINE AL MOYEN AGE
octavo quæritur utrum secundwn numerum mobilium multiplicetur nvmerus moventium.
nono quæritur utrum quælibet cælestia, si/icet tam orbes quam stellæ, moveantur pluribus motibus.
decimo quæritur utrum orbes inferiores moveantur motibus contrariis motui orbis primi.
undecimo quæritur utrum orbes cælestes in movendo différant in velocitale et tarditate.
duodecimo quæritur utrum motus orbium et planelarum superiorum, ut Saturai, velocior sit motibus inferiorum , ut Lunæ.
A qui appartient-il de traiter des mouvements célestes ? Est-ce au métaphysicien, au mathématicien ou au physicien ? Telle est la première question que se pose Bacon. Voici la réponse 1 :
« Il faut remarquer, à ce sujet, que, des orbes célestes et de leurs mouvements, il convient de parler à trois points de vue différents.
» D’une première manière, on les peut considérer en tant qu’êtres et sous le rappo'rt qui est entre eux et la substance permanente, c’est-à-dire la Cause première ; de cette manière, c’est au métaphysicien qu’il appartient de les considérer.
» On peut, en second lieu, les considérer en raison de leur nature quantitative, c’est-à-dire sous le rapport de leurs grandeurs ; ainsi considérés, ils ressortissent au mathématicien.
» On peut, en troisième lieu, les considérer en raison de leur nature qualitative, c’est-à-dire en raison de leur influence sur les choses inférieures ; ils relèvent alors de la considération du physicien. »
Pendant la seconde moitié du treizième siècle, un grand débat va mettre aux prises les physiciens, c’est-à-dire ceux qui, au nom de la Physique péripatéticienne, tiennent pour l’Astronomie des sphères homocentriques, et les mathématiciens, c’est-à-dire ceux qui, au nom de l’observation, défendent l’Astronomie de l’Almageste ; à ce débat, Bacon, vingt ans plus tard, prendra le plus vif intérêt ; à l’époque où il discute ses questions sur la Métaphysique , il ne parait même pas soupçonner la possibilité de cette opposition entre physiciens et mathématiciciens ; la distinction qu’il établit, dans l'étude du ciel, entre le domaine du mathématicien et le domaine du physicien correspond à la distinction que nous faisons aujourd’hui entre T Astronomie et l’Astrologie.
De l’action exercée par les astres sur les choses sublunaires,
i. Ms. cit., fol. 171, col. d.
l’astronomie des séculiers
notre auteur ne doute aucunement ; il attribue même à cette action, dans toute sa Physique, un rôle particulièrement important ; nous aurons, à plusieurs reprises, occasion d’en faire la remarque. Dès maintenant, nous le voyons faire un fréquent appel aux raisons astrologiques. S’il soutient ‘, par exemple, en réponse à la seconde question, que les orbes célestes sont multiples, ce n’est pas la multiplicité des mouvements des astres, mais la multiplicité de leurs effets ici-bas qui lui sert à corroborer son dire.
C’est encore cette diversité des influences répandues et des opérations produites dans le monde inférieur qui sert, au cours de la trois' ' me question, à établir 9 qu il n’y a pas seulement, entre les orbes, distinction numérique, mais aussi diversité spécifique.
Les orbes célestes sont-ils continus entre eux ? Telle est la quatrième question. Pour y répondre, notre maître ès arts distingue diverses sortes de continuités ; selon qu’il s’agit de l’une ou de l'autre d'entre elles, la réponse est affirmative ou négative.
« En troisième lieu, dit-il 3, il y a la continuité du mouvement ; mais cette continuité est de deux sortes, parce que le mouvement est aussi de deux sortes. Il y a, d’abord, un mouvement qui est commun à tous les orbes ; c’est le mouvement du firmament, qui est la huitième sphère ; par suite du mouvement de cette sphère, les sept orbes inférieurs sont mus, pour ainsi dire, d’un commun mouvement ; de cette façon, ils sont continus, puisqu’ils ont un commun mouvement.
» Il y a, en second lieu, le mouvement propre des orbes ; c’est le mouvement qu’a chaque orbe, par soi et d’une manière propre; ce mouvement est distinct des autres mouvements propres ; à l’égard de ce mouvement, les orbes ne sont plus continus. »
Nous voyons que Bacon compte seulement huit sphères célestes, les sept sphères des astres errants et la huitième sphère, où résident les étoiles fixes ; c’est la huitième sphère qui, à tout le Ciel, communique le mouvement diurne. Nous voilà désormais avertis que les questions sur la Métaphysique ne feront aucune allusion au mouvement de précession des équinoxes ni à la neuvième sphère dont il requiert l'existence.
Cette indication se trouvera, d’ailleurs, confirmée par la réponse à la cinquième question : Les étoiles, qui sont contenues dans l’orbe et en font, en quelque sorte, partie, se meuvent-elles ?
« Il faut remarquer à ce sujet, dit Bacon \ qu'il y a des étoiles