Ms. cit., fol. 90, col. c
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le Zodiaque fixe du Zodiaque mobile, lié à la huitième sphère ;
« de ce mouvement de la huitième sphère, a-t-il ajouté, se meuvent les sphères de tous les astres errants et les auges de ces astres ». En vérité, Campanus a voulu féliciter Robert Grosse- Teste d’avoir exactement marqué cette distinction des deux écliptiques.
Après avoir terminé cet aperçu des diverses doctrines relatives à la précession des équinoxes et des conséquences qu’on en peut déduire pour l’exacte constitution du calendrier, l’Evêque de Lincoln poursuit en ces termes :
« Nous venons de considérer certaines formes des mouvements célestes ; mais, de l’avis d’Aristote, ces mouvements-là ne sont possibles que dans notre imagination ; il est impossible qu’ils soient réalisés dans la nature. Selon ce même Aristote, en effet, toutes les sphères célestes sont concentriques ; chaque sphère a un mouvement propre, d’Orient en Occident, autour d’un axe et sur des pôles qui lui sont particuliers ; en outre du mouvement qui lui cst: propre, chacune des huit sphères inférieures est mue, d’Orient en Occident, d'un mouvement diurne, par la vertu de l’orhe supérieur ; mais les mouvements diurnes des orbites planétaires retardent sur le mouvement de la première sphère, et leur retard surpasse l’avance, sur le mouvement de l’orbe suprême, que produit leur mouvement propre ; c’est pourquoi les planètes semblent marcher en un sens opposé au mouvement de la première sphère. Selon le même Aristote, une planète n’a aucun mouvement propre autre que le mouvement de son orbite, et le mouvement sur un épicycle excentrique est un pur néant. Récemment, Alpétragius a découvert un procédé ; il a montré de quelle manière il est possible de rendre compte des mouvements directs, des stations, des marches rétrogrades des planètes, de leurs inflexions et réflexions, en un mot de toutes les apparences quelles présentent, en suivant la méthode d’Aristote, sans invoquer ni excentrique ni épicycle.
» Selon le système d’Aristote et d’ Alpétragius, la durée de l’année est nécessairement le temps qui s'écoule entre deux retours successifs du Soleil au même équinoxe.
» Relativement à la durée de l’année, Aristote et Alpétragius n’ont rien dit d’autre que ce qu’avait dit Ptolémée, car on n’a fait encore aucune observation à l’aide des instruments sur le système de mouvements célestes que proposent les philosophes de la nature.
» l.e procédé pour fixer la longueur de l’année ou pour consti-
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tuer un calendrier exact, selon le système de mouvements célestes qu admettent Aristote et Alpétragius, ne diffère donc pas du premier des procédés que nous avons décrits. »
Parce qui vient d être dit, il est manifeste que Robert Grosseleste ne connaît pas le système des sphères homocentriques d’Aristote ; ill identifie au système d’ Alpétragius, auquel seul son exposé se rapporte en entier.
Groit-il, d ailleurs, avec Averroès et Alpétragius, que le système des excentriques et des épicycles soit inconciliable avec les principes d une saine philosophie naturelle ? Regarde-t-il, au contraire, 1 Astronomie de 1 Almagoste comme sauve des objections qui lui sont adressées par les Péripatéticiens ? Son bref traité ne nous renseigne pas à cet égard.
Cherchons, dans ses Opuscules , quelque indice plus précis ot plus significatif de sa pensée.
» Il s est rencontré, dit Roger Bacon *, des hommes célèbres, comme Robert, évêque de Lincoln, et frère Adam de Marsh (de Marisco ), et beaucoup d’autres qui, par la puissance des Mathématiques, ont su expliquer toutes choses et exposer d’une manière satisfaisante les sciences divines aussi bien que les sciences humaines. La certitude de ce que j’affirme là est rendue évidente grâce aux ouvrages composés par ces grands hommes, tels que leurs écrits De impressionibus , De iride , et De comelis , De generatione caloris , De locorum mundi investigatione, De cælestibus, et divers autres, dans lesquels il est fait usage de la Théologie aussi bien que de la Philosophie.»
Ces écrits, que Bacon attribue ici collectivement à Robert Grossc- Teste et à Adam de Marsh, nous les retrouvons presque tous dans une collection d 'Opuscules qui fut, en 1514, publiée sous le nom du premier de ces deux auteurs2. 11 en est deux, cependant, qui
r. F h Rogeri Bacon Opus niajns, Pars IV, dist. I, cap. III (Éd. Jebb., p. 04; éd. Bridges, vol. I, p. 108).
2. Ruberti Linconiensis bonarum artium optimi interpretis opuscula dignissi/nn nunc primum in lucem édita et accuratissime emenaata. Opuscula sunt liée. De urtibus liberalibus . De generatione sonar urn. De calore solis. De generatione sfellarnm. De coloribus. De statu causarum. De ueritate propositionis. De unira forma omnium. De mtelligentiis . De ueritate. De impressionibus clementorurn. De mot a cor parai i et lace. De finitate motus et temporis. De angulis et figuris. De natura locorum. De inchoatione formarum (Juod horno sit minor mundus. De motu supracelestium. De different iis localibus. Finis. Colophon : Expliciunl opuscula subliiissima : omnium fere septem artium pri ne i pi a perstringentia : domini Linconiensis in omni disciplinarum généré profundissimi : nunc primum in lucem édita : optiine recognita : cunctis quoque mendis expurgata. Mandato et impeusis heredum nobilis viri domini Octaviani scoli Modoetiensis et sociorum summa diligentia impressa Venetiis per Gcorgium arriuabenum anno reconciliate nativilatis 1 5 1 /| die l\ Februarii.
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manquent à cette collection ; ce sont les deux traités De iride et De corne tis ; or, ces deux traités- là, Bacon les mentionne en un autre endroit \ et les attribue formellement à Robert Grosse- Teste.
Les Opuscula publiés en 1514 sont-ils donc tous de l'Evêque de Lincoln ? Certains d’entre eux ne devraient-ils pas être attribués au franciscain Adam de Marsh? Cette attribution n’expliqueraitelle pas quelques divergences entre ce que ces Opuscula enseignent des doctrines astronomiques et ce qu’on trouve en d’autres écrits de Robert Grosse-Teste ? Ce sont questions auxquelles nous n’essayerons pas de répondre ; jusqu’à plus ample informé, nous laisserons ces Opuscules à l’auteur que l’éditeur leur a donné.
Parmi ces Opuscules, il en est où l’on peut rencontrer diverses allusions, plus ou moins précises, aux théories d’Al Bitrogi.
Ainsi, dans son opuscule De natura locorum , l’Évêque de Lincoln nous apprend 1 2 * * * * que, « selon les mathématiciens, les rayons solaires brûlent plus ardemment les pays situés sous le tropique du Capricorne que les pays situés sous le tropique du Cancer, parce que le Soleil, lorsqu’il se trouve sous le Capricorne, est plus voisin de l’auge que lorsqu’il est sous le Cancer. » En donnant cette opinion comme particulière aux mathématiciens, 1 auteur parait songer aux physiciens qui la déclarent inacceptable.
Un autre opuscule, intitulé Tractatus de inchoatione forrnarum , dessine 8 à grands traits une théorie cosmogonique où l’influence d’Alpétragius se laisse aisément deviner.
La lumière, selon cette théorie, est la première et la plus parfaite des formes corporelles ; elle a pour effet d’assimiler autant que possible les corps au sein desquelles elle se répand aux formes incorporelles supérieures, aux intelligences célestes ; elle les dilate donc et les raréfie autant que sa force le peut faire et que leur nature en est capable.
La lumière, également répandue dans toutes les directions et agissant sur la matière première, l’a façonnée selon la figure d’une sphère ; puis elle a raréfié au plus haut degré les parties extérieures de cette sphère, leur communiquant la perfection la plus grande dont, la matière soit susceptible ; ainsi fut formé le firma-
1. Fratris Rogeri Bacon Compendium studii, en p. VIII ; éd. Brewer, p. 469.
2. Ruberti Linconibnsis Opuscula, éd . cit., loi. 11, col. c. — Cette considé¬
ration, empruntée à la Géographie de Ptolémée, se trouve, plus développée,
au chapitre IV du Compendium spheerœ de Robert Grosse-Teste ; nous y revien¬
drons en étudiant YOpus ma jus de Roger Bacon.
o. Ruberti Linconiensis Opuscula ; éd. cit., fol. 11, col. d, et fol. 12.
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ment, 1 orbe suprême « qui ne renferme rien en sa composition, si ce n est la matière et la forme première, en sorte qu’il est le corps le plus simple .
Le firmament ainsi produit a propagé sa lumière vers le centre de la masse matérielle ; cette lumière émanée du firmament a dilaté et raréfié les parties superficielles de la matière contenue dans le firmament, ce qui ne pouvait être sans que, par compensation, les parties profondes se condensassent. Si puissante était la lumière émanée du firmament que les parties superficielles ont été amenées au plus haut point de raréfaction que leur nature comportât. Ainsi a été séparé un second corps très parfait ; mais la lumiàre qui informe ce second orbe céleste n’est plus une lumière simple comme celle qui informe le premier orbe ; elle est plus complexe, car elle a déjà traversé le premier orbe ; Grosse-Teste la nomme une lumière redoublée.
De même, la lumière émise par la seconde sphère a formé une troisième sphère ; la lumière transmise par cette troisième sphère en a engendré une quatrième, et ainsi de suite. Par l’action de la lumière sont nées, de la matière première, treize sphères emboîtées les unes dans les autre§, qui sont les neuf sphères célestes et les quatre sphères des éléments ; chacune d’elles reçoit une lumière moins simple et moins puissante que celle dont a été imprégnée la sphère précédente ; chacune d’elles est donc plus complexe et plus dense que la précédente.
« Ce que nous venons de dire rend évidente l’intention de ceux qui disent que tout est un, par la perfection d’une lumière unique ; et cela rend également manifeste l’intention de ceux qui disent : la multiplicité des choses multiples provient de la diversité dans la propagation de cette même lumière.
» Les corps inférieurs participent à la forme des corps supérieurs ; et, par suite de cette participation que les corps inférieurs ont à la forme des corps supérieurs, la même vertu corporelle qui, par son mouvement, meut le corps supérieur, est aussi celle dont le corps inférieur recevra son mouvement.
» C est pourquoi la vertu incorporelle d’une intelligence, voire de l’Intelligence divine, meut de mouvement diurne la sphère première ou suprême ; elle meut aussi toutes les sphères célestes inférieures de ce même mouvement diurne ; mais plus est inférieur le rang d’une sphère, plus est faible le mouvement quelle reçoit;
i. Ceci porte la marque évidente de l’influence exercée sur la philosophie de Robert de Lincoln par les doctrines du Fous i)ilœ d’Avicébron (Ibn Gabnol), doctrines que nous étudierons plus tard.
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plus basse, en effet, est une sphère, plus est faible, plus est impure la lumière corporelle primivitive qui se trouve en elle.
» Bien que les éléments participent à la forme du premier ciel, le moteur du premier ciel ne leur communique pas, cependant, le mouvement diurne; quoiqu’ils participent à la lumière primitive, ils n’obéissent pas, toutefois, à la vertu motrice du premier orbe ; cette lumière, en effet, ils ne la possèdent qu impure, affaiblie, et bien éloignée de la pureté de la lumière qui émane de la première sphère ; en outre, ils ont la densité de la matière, qui est une densité de résistance et de désobéissance.
» Toutefois, quelques-uns pensent que la sphère du feu tourne par l’effet du mouvement diurne ; comme marque de cette assertion, ils donnent le mouvement de circulation des comètes Ils disent encore qu’une dérivation de ce mouvement parvient jusqu’aux eaux de la mer, en sorte que le flux des mers résulte de ce mouvement. Mais tous ceux qui philosophent bien ( omnes racle philosophâmes) disent que la terre est exempte de tout mouvement.
» De même en est-il des sphères qui se trouvent après la seconde sphère, après celle qu’on nomme la huitième lorsqu’on les compte de bas en haut ; toutes ces sphères inférieures participent également de la forme de cette huitième sphère; elles communient donc toutes au mouvement de cette sphère, à celui qu elle possède en propre, en sus du mouvement diurne. »
Cette doctrine cosmogonique s’enchàsse de la plus heureuse manière dans le cadre des théories physiques de Robert de Lincoln ; la lumière, en effet, et les lois selon lesquelles elle se propage, tiennent le premier rang dans cette Physique. Robert identifie la lumière avec cette influence, avec cette bonté qui, selon les Néo-platoniciens, émane de la Cause suprême, pour s’épancher, comme en une suite de cascades, suivant la gradation descendante des créatures inférieures. Assez souvent, les écrits néo-platoniciens et, en particulier, le Fons vitæ d’Avicébron avaient comparé cette effusion de la bonté à la propagation de la lumière, pour que Robert piit être naturellement conduit à conférer à la lumière le rôle essentiel que lui attribue toute sa philosophie. Et d’autre part, l’influence du système d’Alpétragius se reconnaît aisément en cette description du Monde. Grosse-Teste demeurait donc, au sujet des principes de l’Astronomie, dans une indécision que connurent également bon nombre de ses contemporains. Lorsqu’il vou-
r. Au lieu de co/netaruin, le texte porte chartarum.
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lait suivre le mouvement des planètes et fixer le calendrier, il usait, en disciple de Ptolémée, des excentriques et des épicycles ; lorsqu il philosophait, il se laissait séduire par la belle simplicité des sphères liomocentriques d’Al Bitrogi.