Paul Tannery, Op. laud
2. lloBERTi Anglici oiri Astrologia prestantissimi de Astrolabio Canones Incipiunt. s. 1. a. typ. (Colle, Bonus Gallus, vers 1478, selon T. de Marinis, catalogue de Manuscrits, autographes, incunables et livres rares, Florence,
ii° 3.I7, pp. Ilfi-Ilfi).
l’astronomie des séculiers
préoccupations intellectuelles toutes semblables à celles qui, au même temps, sollicitent les Chrétiens latins. Prendre connaissance des doctrines de la sagesse hellénique, conservées et commentées par les Arabes ; concilier, dans la mesure du possible, les enseignements de cette sagesse avec les dogmes que révèlent les Ecritures; tels sont, au xme siècle, les deux objets qui provoquent les efforts des rabbins de la Synagogue aussi bien que des clercs de l’Eglise.
Dans la Synagogue, d’ailleurs, un homme de génie venait de s’essayer à cette conciliation de la Philosophie péripatéticienne avec la Bible ; la tentative de Maimonide, qui attira si vivement l’attention des docteurs chrétiens eux-mêmes, ne pouvait manquer de susciter de graves débats parmi les rabbins.
« L’exemple 1 de Maimonide entraîna un grand nombre de Juifs vers l’étude de la Philosophie et des sciences naturelles. Les Arabes étaient alors les grands maîtres de ces sciences. Tous les juifs avides d’instruction se furent bientôt mis à leur école ; mais, comme l’Arabe était inconnu en Provence, un vaste travail de traduction fut nécessaire pour mettre la science arabe à la portée des Israélites qui s’y voulaient initier.
» Ce travail de traduction d’Arabe en Hébreu, qui est le principal service que les Juifs aient rendu au Moyen Age, s’accomplit tout entier dans le midi de la France, par des familles juives venues d’Espagne, qui conservèrent, durant quelques générations, dans leur milieu nouveau, la connaissance de leur ancien idiome ».
Si le rôle des Juifs s’était borné à traduire en Hébreu les ouvra¬
ges arabes, nous n'aurions pas à nous en occuper ici ; cette transposition ne rendait guère plus lisible aux Chrétiens l’ouvrage qui en était l’objet. Mais les Juifs, nous l’avons déjà dit, ne traduisaient pas simplement en Hébreu les écrits rédigés en Arabe ; ils contribuaient à la traduction latine de ces ouvrages ; une telle traduction résultait, le plus souvent, d’une collaboration entre un Juif qui ignorait le Latin et un Chrétien qui ignorait l’Arabe; le Juif traduisait de vive voix le texte arabe en idiome vulgaire, et le chrétien transcrivait en Latin ce qui lui était dicté dans sa langue. Le Juif, naturellement, voyait son travail simplifié lorsque l’œuvre à mettre ainsi en Latin avait déjà passé de l’Arabe à l'Hébreu. C’est ainsi que les traités traduits ou rédigés en Hébreu par les rabbins
i. Ernest Renan. Les rabbins français du commencement du quatorzième siècle. Seconde partie : Communautés juives du Midi. Philosophes, savants et traducteurs ( Histoire littéraire de la France, t. XXVII, 1X77, pp. 67 1-57.1).
l’astronomie LATINE AU MOYEN AGE
étaient souvent mis en Latin. Nous en verrons bientôt des exemples.
De ces familles juives, venues d'Espagne et établies en pays de Langue d’Oc, qui ont transposé en Hébreu les textes de la sagesse Arabe, la plus connue est celle des lbn Tibbon.
Le chef de cette famille est Samuel, fils de Jehouda ben Tibbon,
surnommé le Prince des traducteurs.
« Samuel appelle ', une fois, Lunel « l’endroit de ma naissance », et ailleurs il l appelle « l’endroit de mon séjour ». 11 résida également à Arles, à Marseille, à Tolède, à Barcelone et même à Alexandrie, ainsi qu'il résulte des souscriptions qu’on lit à la lin de quelques-unes de ses traductions. On ne connaît pas 1 année de sa naissance. Sa mort doit être portée à 1 année 1232. »
En 1210, Samuel achevait la traduction en Hébreu de la Météorologie d' Xristote ; en 1213, il terminait une Explication des termes philosophiques du Guide ; avant de rédiger ce commentaire du Guide des égarés de Maimonide, il avait traduit cette œuwe même du célèbre rabbin ; il mit également en Hébreu plusieuis autres traités que le même auteur avait écrit en Arabe ; il y était d’autant mieux préparé qu’il avait connu Maimonide et lui avait écrit plusieurs lettres qui nous ont été conservées.
Jacob, fils d’Abba Mari, fils de Simson, fils d’Anatolio, est, à la fois, gendre et neveu de Samuel ben Tibbon Ce Jacob d Anatoli ou cet Antoli (c’est ainsi que les manuscrits le désignent) fut le premier traducteur proprement dit de commentaires d Averroès. Il mit en Hébreu les commentaires sur Ylsagoge de Porphyre, sur les Catégories , le livre de Y Interprétation, les Premiers et les Seconds analytiques d Aristote. Cette traduction fut finie à Aaples en 1232. « Jacob dit dans le post-scriptum qu’avant de continuer son travail sur les autres ouvrages du même genre, il veut relire les parties cpi’il a déjà exécutées et y faire diverses corrections ; après quoi, il se mettra à l’œuvre, « pour accomplir, ajoute-t-il, le » désir de l’empereur Frédéric, l’amateur de la Science, qui me » soutient. Que Dieu lui accorde sa grâce, qu’il l’élève au dessus » de tous les rois, et que le Messie arrive sous son règne ! »
Jacob d’ Antoli se trouvait donc au nombre des savants que l’empereur Frédéric II traitait à Naples. Frédéric ne dédaignait pas de communiquer à Jacob ses opinions sur certaines prescriptions de la Bible, comme le rabbin nous le conte en un de ses ouvrages.