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Campani Tractatus de sphæra, cap. XII

DUHEM. — T. III

i." astronomie latine au moyen A U K

pu/o noslro majori , in co loco ubi vcram quantitatem amu solia invcstigandam assumpsimus ».

Le Computus major do Campanus de Novarc nous est heureusement parvenu 1 ; le mouvement de la sphère étoilée d où résulte la précession des équinoxes y est, en effet, étudié 2 avec grand soin.

La théorie proposée par Ptoléméc ne suffit pas, au gre de 1 auteur, à rendre compte des phénomènes, tandis que la théorie de Thâbit lui parait atteindre parfaitement cet objet ; il ne songe donc point à réunir ces deux théories et à composer entre eux les mouvements qu’elles considèrent, comme le tout les traducteurs des Tables Alphonsines , dont il ne parait pas, d’ailleurs, avoir con¬

naissance.

11 y a plus ; tout en exposant très fidèlement les considérations développées par ThAbit ben Kourrah dans son opuscule Sur le mouvement de la huitième sphère , Campanus n’assigne aucune durée déterminée au mouvement de trépidation. Il connaissait cependant les Tables de Tolède et, par conséquent, les tables de trépidation d Àl Zarkali.

L’enseignement de Campanus sur le mouvement des étoiles fixes est beaucoup plus complet que l’enseignement de Robert de Lincoln, qu’il connaissait et dont il fait mention : « Quemadmodum scripsit in computo suo multæ reverenlive vir Bobertus Linconiensis 3». En particulier, le chapelain d'Urbain IV développe les considérations par lesquelles Thftbit ben Kourrah a déduit de son système les variations séculaires de l’obliquité de l’écliptique.

Le mouvement de la huitième sphère semble, d’ailleurs, avoir vivement préoccupé Campanus de Novare ; il l’a pris pour objet d’une épitre 4 au frère Prêcheur Rainier ou Raner de Todi.

Venons maintenant à cette Théorie des planètes que Campanus avait rédigée à la demande du pape Urbain IV.

Cette Théorie des planètes ne semble pas avoir été imprimée , mais il en existe de nombreux exemplaires manuscrits B. La Bibliothèque Nationale nous en a communiqué deux, qui portent res-

1 Cet ouvra »e est, compris dans les deux collections de traités astronomiques publiées °à Venise en 1 5 1 8, l’une par Octaviano Scot, l’autre par Luca Antonio de Giunta, qui ont été décrites ci-dessus (T. 111, p. 279, noie 2).

2 Campa.ni Tractai us de mm put o majori, cap.X.

d. Campani Op. /and., cap. X. — Vide supra, t. 111, p. 281.

/(. Daunou, toc. ci/., p. 253. .

-. Kiccardi, dans sa Biblioteea mathemalica i/ti/uma, Mousseau et Lancaster, dans leur Bibliographie générale de /’ Astronomie, n’en citent aucune édition, (i. Houzeau et Lancaster, Bibliographie générale de V Astronomie, nos 1G19 à

Mb 3.

l'astronomie des séculiers

pecu* ornent les nos 7298 et 7401. A la fin du second texte, le titre de l’ouvrage est simplement indiqué par ces mots : Explicit theorica plane tarum Campa ni ; au commencement du premier se lit un titre plus compliqué : Incipit opw Campani de modo adequandi planetas , sive de quantitatibus motuum celestium , urbiunique proportionibus, centrorumque distanciis , ipsorumque corporum magnitudinis (sic).

L écrit du chapelain d’Urbain IV débute par cette phrase : Primas philosophiæ Magister ipsius negotium in tria prima généra dispartitnr , quorum primum divinum nominal, secundum malhemalicum , et tertium naturale. Dans le ms. n° 7298, la dernière phrase est la suivante : Üirectionem vero , stationern et retrogradationem istorum per istud instrumentum facile hivernes, quernadmodum de Mercurio supra docuimus ; au ms. n° 7401, cette phrase n est que l’avant-dernière ; elle est suivie de celle-ci : Nota quod modus operandi sequentium rotarum dehet fie ri in epgciclo vere circulationis et non in epgciclo opportune circulationis, ut patuil supra.

Le proœmium du traité de Campanus nous fait connaître l’objet que l’auteur se proposait.

Ce proœmium classe les diverses sciences et arrive à l’Astronomie. « Cette science d’une haute noblesse, ceux qui l’ont professée dans l’ancien temps l'ont distinguée en deux chapitres. Nous pouvons, en effet, considérer les mouvements célestes en euxmêmes ou bien les réfléchir vers les choses inférieures, sur lesquelles ils influent tandis qu'elles sont soumises à leur irradiation. La première considération sera celle de l’astronome qui donne des démonstrations ; la seconde concernera celui qui porte des jugements. Quant à cette partie de l’Astronomie qui s’appuie sur des démonstrations, elle se divise elle-même en Astronomie théorique et Astronomie pratique. Sa première partie syllogisc, à l’aide d'observations très exactes aussi bien qu’à l’aide des premiers principes de la Géométrie, sur les quantités de chacun des mouvements, sur les proportions des orbes célestes, les distances des centres ainsi que les grandeurs des corps et autres choses semblables. Sa partie pratique est celle qui met en œuvre lesdites conclusions à l’aide de figures géométriques convenablement démontrées, et en les revêtant des nombres propres de l’Arithmétique ».

Pour être astronome, donc, il faut être, d abord, expert en Arithmétique et en Géométrie.

Mais les calculs astronomiques sont longs et compliqués. « Non

l’astuoNomië laîiNe aü moyen aoe

seulement ce travail est difficile pour ceux qui n’en ont pas l’expérience, mais il est fastidieux pour ceux même qui sont exercés et savants. Aussi, beaucoup se laissent-ils détourner de cet ouvrage, bien qu’ils aient de l’amour pour cette noble science ; soit par la faible connaissance qu’ils en ont, soit parce que d’autres études les occupent, ils ne peuvent s’adonner à des complications si grandes et si variées ; ils mendient alors, auprès des autres astronomes, la construction de ces équations annuelles qu’on nomme almanachs ; ils y trouvent la consolation du défaut engendré par leurs occupations ou par leur ignorance.

» Pour tous ceux qui ont éprouvé l’hésitation causée par les susdites difficultés, soit par suite de l’occupation des affaires, soit par leur peu d’expérience ou par la faiblesse de leur intelligence ; afin qu’ils puissent laisser de côté cette minutieuse variété dénombrés dont nous avons parlé, et toujours trouver cependant les lieux exacts des planètes ; afin qu’ils puissent les contempler d’une manière visible à l’aide d’un instrument sensible, capable d’effectuer un mouvement semblable à la raison céleste, je me suis appliqué à fabriquer un tel instrument matériel qui convînt parfaitement à cette tâche. Si je ne me trompe, celui qui verra cet instrument et qui en connaîtra le mode d’emploi trouvera, dans la beauté de cet objet, de quoi repaître sa vue, et, dans l’utilité qu’il offre, de quoi refaire son intelligence.

» En cet opuscule, je veux expliquer comment cet instrument se doit composer et comment, par son intermédiaire, il convient de trouver les lieux des planètes. Je conterai donc, pour chaque planète, de quelle manière sont disposés les mouvements, les orbes et les sphères de cette planète, en conformité avec ce qu’a enseigné Ptolémée ; je dirai quelle est la grandeur de cette planète, quelles sont sa distance à la Terre, les proportions de ses orbes, les distances de leurs centres ; j’aplanirai l’emploi des tables ; j’apprendrai à composer un instrument qui s’accorde aux lois des mouvements, aux grandeurs des orbes et des centres ; enfin j’enseignerai le moyen de déterminer l’éqüation de la planète ( modinn adæçuandi plane tam ) à l’aide de cet instrument ».

Campanus vient de nous décrire très exactement le plan de son traité ; il ne nous paraît pas utile d’insister davantage à ce sujet.

La Théorie des planètes de Campanus de Novare contient fort peu de passages qui requièrent notre attention. Tandis que les hypothèses sur lesquelles reposent les divers systèmes astronomiques sont ardemment débattues dans l’École dominicaine et

l’astronomie des séculiers

dans l’École franciscaine, le chapelain d’Urbain IV ne prend aucune part à ces discussions.

Au sujet de la précession des équinoxes, il indique en quelques mots 1 le système de Ptolémée et le système de Thâbit ben Kourrah ; il ne songe nullement à composer ensemble ces deux systèmes, comme l’ont fait les astronomes d’Alphonse de Castille ; deux orbes, le huitième et le neuvième, lui suffisent donc à expliquer le mouvement des étoiles fixes.

Sur l’autorité de l’Ecriture et des Pères, il admet 2 que la dernière sphère céleste est un Empyrée immobile, séjour des bons esprits ; toujours selon le témoignage de l’Ecriture, il place un ciel cristallin au-dessous de P Empyrée ; mais ce ciel cristallin doitil ou non être regardé comme identique au neuvième ciel ? C’est une question à laquelle Campanus ne donne point de réponse, en sorte qu’il demeure dans l’incertitude au sujet du nombre des orbes célestes, ne sachant si l’on en doit compter dix ou onze.

Constamment, il détermine 3 les épaisseurs des orbites planétaires selon les hypothèses qu’ont admises Al Fergani et Al Battani. Toutefois, il indique 4 une restriction à cette théorie si universellement reçue. « Nous pouvons, dit-il, trouver le rapport des dimensions de l’orbe de Mercure au rayon terrestre, pourvu que nous admettions cette supposition : Le point le plus haut que la Lune puisse atteindre est, en même temps, le point le plus bas auquel Mercure puisse parvenir... En effet, s’il n’en était pas ainsi, il faudrait que les planètes pussent sortir de leurs propres sphères, ou qu’il restât un espace vide entre ces sphères, ou bien enfin que les orbes eussent une épaisseur plus grande que ne l’exige le mouvement des planètes ; les deux premières alternatives sont impossibles, et la troisième parait être une supposition superflue ; toutefois, si l’on désirait l’adopter, les grandeurs calculées ici représenteraient seulement des limites auxquelles les dimensions véritables des orbites ne pourraient être inférieures ».

L’hypothèse que Campanus présente ici comme acceptable, Al Fergani s’était efforcé de l’exclure ; il avait invoqué, dans ce but, l’égalité des dimensions de l’orbite solaire données par sa théorie avec les dimensions que Ptolémée lui attribuait en se fondant sur l’étude des éclipses ; Campanus, qui ne cite pas l’argument de l’astronome arabe, regardait sans doute son calcul comme erroné.

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