‹ Le système du mondeChapitre 158 sur 243 · SAINT THOMAS D’AQUIN · texte numérisé non relu

SAINT THOMAS D’AQUIN

Saint Thomas d’Aquin avait été élève d’Albert le Grand, Dans ses premiers écrits, tel que son commentaire aux Sentences , l’influence du maître est souvent très visible Mais, plus tard, Thomas se mit à penser par lui-même et, bien souvent, sa pensée s’éloigna fort de celle d’Albert.

Ces démarches de la doctrine professée par le Doctor commuais (c’est le surnom que les Ecoles du Moyen Age donnaient à Thomas d’Aquin) sont bien sensibles dans ce qu’il a professé au sujet des systèmes astronomiques.

Nous trouvons, en effet, dans l 'Écrit sur les Sentences , un pas-

i. Vincent de Beauvais, Op. laud., lib. III, cap. X.

l'astronomie des dominicains

sage 1 2 qui reflète clairement l’enseignement qu’Albert avait emprunté à Masciallah. Il s’agit d’interpréter les eaux supraeélestes dont parle la Genèse : « Ce ciel aqueux, dit Thomas d’Aquin, c’est la neuvième sphère à laquelle les astronomes rapportent le mouvement de l’orbe des signes, mouvement qui est commun à toutes les étoiles, et qui est dirigé d’Occident en Orient. Au-dessus est la dixième sphère, à laquelle ils réduisent le mouvement diurne, qui va d’Orient en Occident. »

Peu après *, il est vrai, Thomas d’Aquin semble abandonner cette théorie et ne plus compter que neuf orbes mobiles, dont un seul est privé de tout astre. « Si nous distinguons les cieux d’après leur nature et leur propriété céleste, il y a trois cieux. Le premier est homogène et immobile ; c’est l’Empyrée. Le second est homogène et mobile ; c’est le ciel cristallin. Le troisième est hétérogène et mobile ; c’est le ciel étoilé... Sous le ciel étoilé, sont enfermés les sept cieux des astres errants. »

Il apparait, toutefois, qu’en cette classification, la sphère des étoiles fixes et les sept sphères des astres errants forment un ciel unique, le ciel hétérogène et mobile. Il est donc permis de penser que le ciel cristallin, homogène et mobile, se compose des deux sphères sans astre que Thomas d’Aquin avait définies auparavant.

Pendant toute sa vie, d’ailleurs, Thomas d’Aquin continue de s’en rapporter à l’enseignement d’Albert le Grand touchant certaines doctrines qui, sans doute, l’intéressent peu, et dont il ne prend pas la peine de s’informer directement. Ainsi en est-il pour le système astronomique d’Al Bitrogi.

Nous avons vu comment Albert le Grand et, d’après lui, Vincent de Beauvais avaient artificiellement simplifié la théorie d’Alpétragius ; comment ils y avaient cru voir un système propre à expliquer tous les mouvements des astres à l’aide d’un seul premier moteur.

C’est sous cette forme, faussée par une simplification arbitraire, que la Mécanique céleste d’Al Bitrogi a été connue de la plupart des Scolastiques.

C’est sous cette forme, en particulier, que Saint Thomas d’Aquin la signale3 brièvement, sans citer, d’ailleurs, le nom de l’auteur.

1 . San en Thomæ Aquinatis Scriplum in secundum libruni Sententiarurn, Dist. XIV, quæst. I, art. I : Utrum aquæ sint super cælos.

2. Sancti Thomæ Aquinatis Op . laud., lib. II. dist. XIV, quæst. I, art. IV : Utrum numerus cælorum convenienter assig-netur a Rabano.

3. Sancti Thomæ Aquinatis Expositio super libro de Cælo et Mundo Aristotelis ; lib. n, lectio XV.

l’astronomie LATINE AIJ MOYEN AGE

À la philosophie astronomique que constitue le système, ainsi simplifié, d’Al Bitrogi, Thomas d’Aquin en substitue une autre qui fait dépendre tous les phénomènes célestes de deux principes de mouvement, et non pas d’un mouvement unique.

Selon Al Bitrogi, les mouvements célestes sont tous soumis a la direction du mouvement diurne de la neuvième sphère ; le mouvement propre de la huitième sphère, au contraire, préside aux lentes transformations qui se produisent au sein des éléments susceptibles de génération et de corruption ; cette dernière hypothèse avait trouvé crédit auprès de divers astronomes arabes, comme nous l’apprend Albert le Grand qui, d ailleurs, la rejette.

Ces suppositions inspirent le Docteur Angélique ; ils les modifie cependant en les combinant avec certaines hypothèses d’Aristote. Au second livre de son traité Sur la génération et la corruption, le Stagiritc 1 avait mis tous les changements qu’éprouvent les êtres sublunaires sous la dépendance des mouvements célestes ; mais un mouvement toujours identique à lui-même, comme 1 est le mouvement diurne, la rotation suprême, ne peut être alternati¬

vement principe de vie et de mort ; ce rôle convient seulement au mouvement propre du Soleil et des planètes suivant 1 écliptique . « A'.ô xoè. O'j'i T\ rt csopa xvt'.t. zt~'. yîVîTîto^ X7. '. o 8 o p xj , stXX i\ xct .7

70V XoEôv X'JXÂOV » .

L’opinion exposée par Aristote en ce passage semble, d’ailleurs, dérivée, nous l’avons dit2, de la doctrine que Platon expose au Timée ; là, le mouvement diurne est le mouvement de l'essence d' identité, tandis que tout mouvement parallèle au plan de l’écliptique est mouvement de l'essence de diversité.

Le Commentateur avait pleinement adopté cette opinion du

Stagiritc 3.

Albert le Grand l’avait aussi fort, longuement développée1. Nous avons vu précédemment que Michel Scot avait également embrassé cette doctrine. Enfin, Thomas d’Aquin lui-même l’avait très clairement enseignée s en commentant le De generatione et corruptione.

, Aristote, lUat v»via-âwï x«t yOopâ; ~o H. i (De generatione et corruptione liber sec u ml us, cap. X) (Aristotelis Opéra, éd. Didot, t. II, pp. 464-465 ; éd . Bekkcr, vol. I, p. 236, col. a).

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