‹ Le système du mondeChapitre 159 sur 243 · Voir : Première partie, chapitre IV, § V, t. I, p. i · texte numérisé non relu

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3. Averrois Cordube.nsis Media expositio in libros Aristotelis de generatione et corruptione ; lib. II, sununa IV, cap. II.— Averrois Cordubensis Media expositio in libros meteorologicorum Aristotelis ; lib. I, cap. I.

4. Alberti Magni Ratisponensis Episcopi Liber de generatione et corruptione ; lib. II, tract. III, capp. IV et sqq.

5. S. Thomæ Aquinatis In libros Aristotelis de generatione et corruptione commentariu ; lib. II, lectio X — Ces commentaires ne sont peut-être pas

l’asthonomik des dominicains

Nous ne nous étonnerons donc pas qu il s’en inspire en sa théorie des mouvements célestes.

Selon lui, deux sortes de natures doivent être distinguées dans cet Univers; d'une part, sont des êtres qui ont, en apanage, la perpétuité, et ce sont les substances séparées ; d’autre part, sont des êtres susceptibles de génération et de corruption, et ce sont les quatre éléments.

Les substances célestes sont intermédiaires entre ces deux catégories ; elles participent de la nature des substances permanentes, comme de la nature des substances engendrables et corruptibles; et chacune de ces participations se fait par un certain mouvement.

Les corps célestes sont donc animés de deux mouvements. L’un de ces mouvements est un principe d’éternelle durée ; c’est un mouvement de rotation uniforme, d’Orient en Occident, autour des pôles du Monde. L’autre mouvement est une cause de génération, de corruption et de transformations ; c’est une rotation uniforme, d Occident en Orient, autour d’une normale à l’écliptique.

Au premier mouvement, toutes les orbites célestes prennent également part ; toutes accomplissent, en un même jour, leur révolution d’Orient en Occident.

Au second mouvement, au contraire, les diverses orbites prennent part à des degrés inégaux, d’autant moins qu’elles sont plus nobles. Le neuvième ciel, qui est le plus proche des substances séparées et le premier en excellence, est absolument exempt de ce mouvement. Une rotation d’Occident en Orient, très lente à la vérité, entraine déjà la sphère des étoiles fixes. Cette rotation s’accélère au fur et à mesure qu’on descend d’orbite en orbite pour se rapprocher de l’ensemble des éléments susceptibles de génération et de corruption.

Il n’est pas nécessaire, d’ailleurs, que la rapidité de ces mouvements rétrogrades croisse suivant une progression régulière, comme l’avait soutenu Albert le Grand; les mouvements des orbites célestes, en effet, ne sont pas seulement naturels ; ils sont encore volontaires.

Cette doctrine, Saint Thomas d’Aquin la regarde assurément comme le principe qui domine toute l’Astronomie ; à l’énoncé de ce principe se réduit presque tout ce que la Somma théologique dit de la Science des astres.

Dans cet ouvrage, Saint Thomas d’Aquin regarde comme dou-

rédigés par Saint-Thomas lui-même ; certains auteurs les attribuent à son disciple Pierre d’Auvergne.

L'ASTRONOMIE LATINE AO MOYEN AGE

teuse1 l’existence d’un Empyrée immobile, existence admise par Saint Basile, par Bède le Vénérable et par une foule de théologiens. En revanche, nous le voyons fréquemment admettre 1 existence, au delà de la sphère des étoiles fixes, d un ciel sans étoile, que plusieurs nomment le ciel cristallin ou le ciel aqueux. « Selon une seconde opinion, dit-il2, les eaux qui sont au-dessus du firmament sont un ciel entièrement diaphane et privé d’étoiles. On suppose que ce ciel est le premier mobile, qui imprime au Monde la révolution diurne ; de même, par sa révolution suivant le Zodiaque, le ciel au sein duquel se trouvent les astres produit, par approche et éloignement [successif de chaque astre] et par les diverses vertus des étoiles, la diversité de la génération et de la corruption. »

La doctrine est, ici, presque réduite au texte d’Aristote qui lui a donné naissance. Les développements qui lui sont adjoints dans Y Exposition du De Cælo et Mundo trahissent les influences les plus diverses. Nous y retrouvons la marque de certaines considérations de Ptolémée sur les deux mouvements principaux qui animent les cieux, considérations qui avaient été diversement commentées par l’énigmatique Nicolas, par Masciallah et, d’après ceux-ci, par Albert le Grand. Nous y retrouvons surtout certaines pensées qui semblent empruntées au Timée. •

Cette théorie des révolutions célestes sauve tous les principes de la Métaphysique péripatéticienne ; s’accorde-t-elle également avec les observations astronomiques? Thomas d’Aquin sait bien qu’il n’en est rien*. Déjà Eudoxe, Calippe et Aristote ont été obligés, pour représenter les divers accidents du cours des planètes, de compliquer extrêmement le système des sphères homocentriques ; et plusieurs des complications qu’ils ont introduites ne trouvent point leur justification dans la philosophie du Stagirite. A plus forte raison en peut-on dire autant des excentriques et des épicycles, imaginés par Hipparque et par Ptolémée, et dont Saint Thomas d’Aquin donne une description sommaire, mais exacte.

Quelle créance le Docteur Angélique accorde-t-il aux hypothèses astronomiques de Y Almag este?

Les objections par lesquelles Averroès avait, à ces hypothèses,

1. Sancti Thomæ Aquinatis Summa theologica. Pars I, quæst. LXVI, art. IV.

2. Sancti Thomæ Aquinatis Summa ikeologica, parsl, quæst LXVIII, art. XIII, ad 3 .

3. Sancti Thomæ Aquinatis Expositio super libro de Cælo et Mundo Anstotelis, lib. II, lect. XVII.

LAStbONOMh; 1)KS ÙOMlNtCAlN'S

opposé les enseignements de la Physique d’Aristote ont, tout d abord, paru très fortes à la raison de Thomas d’Aquin ; peu s’en faut qu’elles ne l’aient convaincu, au temps où il commentait la Métaphysique d’Aristote*. « De cette sorte d’hypothèse, écrivait-il alors , il semble qu il découle quelque chose de contraire à ce qu on démontre en Physique.

» S il en était ainsi, en effet, tout mouvement ne serait pas autour du centre, vers le centre ou à partir du centre.

» Puis, la sphère qui contient la sphère excentrique ne serait pas partout de même épaisseur; ou bien, entre deux sphères consécutives, il y aurait quelque vide ; ou bien encore, s’il y avait quelque corps intermédiaire, en sus de la substance des sphères, ce ne serait pas un corps sphérique, et il n’aurait aucun mouvement propre ; il n’existerait qu à cause des excentriques.

» En outre, il en résulterait que la sphère dans laquelle se meut un épicycle ne serait pas continue et indivise, à moins qu’elle ne soit divisible, susceptible de raréfaction et de condensation, à la façon de 1 air qui est divisé, qui est épaissi ou raréfié par un corps qui se meut en son sein.

» Il s ensuivrait aussi que la niasse de 1 étoile se molli rait par elle-même, et non pas seulement par le mouvement de son orbe ; puis encore, qu’un son proviendrait du mouvement des corps célestes, ce qu accordaient, d ailleurs, les Pythagoriciens.

» Or, toutes les conséquences de ce genre sont contraires à ce qu’on démontre en Physique. »

Saint Thomas ne formule pas de conclusion ; il laisse sa pensée comme suspendue au doute ; c est qu’il n’ignore pas, d’autre part, les raisons que peuvent faire valoir les partisans de l’Astronomie de 1 Almagesle, car il vient de les énumérer sommairement :

« Les Pythagoriciens, pour réduire à l’ordre requis les irrégularités qui apparaissent dans le mouvement des planètes, par leurs stations, leurs marches rétrogrades, leur vitesse ou leur lenteur, et les variations de leur grandeur apparente (diversa apparentia quantitatif ), ont admis que les mouvements des planètes se faisaient dans des sphères excentriques et sur de petits cercles qu on lOinme épicycles. Ptolémée a également suivi cette opi nion. »

Ces raisons, le bon sens de Saint Thomas en devait peser toute

1. Le commentaire à la Métaphysique parait, avoir été composé sous le pontificat d Urbain I\ (i264*i2ü5) (Quétif et Lchard, Scriptorcs ordinis Prædicatorum, t. I, p. 285).

2. Sancti Thomæ Aquitanis Expositio m duodecim hhros Metaphi/sicce Aristotelis, lib. XII, lect. X.

DUHEM. — T. III. 23

•J" 4 ASTRONOMIE LATINE Ali MOIEN A(.E

la gravité ; il en est une, entre autres, qui rend inadmissible tout système fondé sur la seule considération de splières homocentnques; et le Docteur Angélique en connaît la valeur car, en commentant le De Cælo , il l'oppose » aux hypothèses d Ludoxe, de Calippe et d’Aristote ; ces hypothèses ne peuvent << sauver toutes les apparences relatives aux étoiles, et surtout celle qui est relative à la proximité ou à l’éloignement d’une même etode par rapport à nous ; cette apparence, on la constate par ce fait que, air étant disposé de la même manière, chaque planète nous parait

[tantôt plus grande et] tantôt plus petite. »

Ces raisons semblent avoir lentement modifie 1 opinion de Saint Thomas. Lorsqu'à la fin de sa vie, il commente le De C/eio il ne rappelle plus les objections qui ont été faites au système des excentriques et des épicycles, et il en adresse au système des sphères homocentriques ; sa confiance abandonne Averroès pour incliner

vers l’tolémée. .

Comment, cependant, adhérer pleinement a des hypothèse*. si

évidemment contraires à la Physique d Aristote .

Déjà Averroès avait insisté sur ce fait que les considérations par lesquelles les géomètres les justifient n’ont rien d une domonstrati„n logique. La critique d’Averroès semble avoir inspire a Saint

Thomas la réflexion suivante - : ... .

« Les suppositions que les astronomes ont imaginées ne soi pas nécessairement vraies ; bien que ees hypothèses paraissent ■<auccr /es phénomènes (salcarc apparentuu), il ne laut pas al n ,„er qu Viles sont vraies, car on pourrait peut-être expliquer les mouvements apparents des étoiles par quelque autre procédé que

les hommes n’ont point encore conçu. »

Cotte réflexion, d’ailleurs, il l’avait déjà formulée auparavant quoique d’une manière un peu plus concise, alors qu il exposai ‘et axiome fondamental d’Aristote : Tout mouvement circulai, c

simple se fait autour du centre du Monde :

<f Lu effet, une roue qui se meut autour de son propre ccntic „o se meut pas d’un mouvement purement circulaire ; son mou\e-

ment se complique de montée et de descente.

>, Mais il semble, selon cette remarque, que les corps célestes ne sont pas tous mus de mouvement circulaire. Lu effet, d apres l’tolémée, les mouvements des planètes s'accomplissent selon tics épicycles et des excentriques, et ces mouveineuts-la ne se font

j. S. Thomas A y cita sis, h\rj>os,/io in Hbros de MunJo, lit», h lect. XMI.

:>, S. Thomas d’Aquin, lue. cit ..... , m j. S. Thomas d'Aquin, Op. hiuil., lit», h 11 •

l’astronomie des dominicains

point autour du centre du Monde, qui est le centre de la Terre ; ils se font autour de certains autres centres.

» Il faut observer, à ce propos, qu’Aristote n’admettait pas qu’il en fût ainsi ; il supposait, comme les astronomes de son temps, que tous les mouvements célestes sont décrits autour du centre de la Terre. Plus tard, Hipparque et Ptolémée imaginèrent les mouvements des excentriques et des épicycles pour sauver ce qui se manifeste au sens dans les corps célestes. Cela n’est donc point chose démontrée ; c'est seulement une certaine supposition (Unde hoc non est démonstration, sed suppositio quædam). Si toutefois cette supposition était vraie, les corps célestes continueraient tous à se mouvoir autour du centre du Monde par le mouvement diurne, qui est le mouvement de la sphère suprême ; celle-ci entraîne tout le Ciel dans sa révolution ». Cette dernière remarque est, notons-le, textuellement empruntée à Simplicius1.

Les hypothèses qui portent un système astronomique ne se transforment pas en vérités démontrées par cela seul que leurs conséquences s’accordent avec les observations ; Thomas d’Aquin le déclaré après Averroes, bien que sous une forme moins rude ; et ce principe de Logique lui parait, sans doute, fort essentiel, car il le formule encore en un autre ouvrage 2 : « On peut de deux manières différentes rendre raison d’une chose. Une première manière consiste à établir par une démonstration suffisante l’exactitude d’un principe dont cette chose découle ; ainsi, en Physique, on donne une raison qui suffît à prouver l’uniformité du mouvement du ciel. Une seconde manière de rendre raison d une chose consiste à n'en point démontrer le principe par preuve suffisante, mais à faire voir que des effets s’accordent avec un principe posé d’avance ; ainsi, en Astrologie, on rend compte des excentriques et des épicycles par le fait qu’au moyen de cette hypothèse, on peut sauver les apparences sensibles touchant les mouvements célestes ; mais ce n'est pas là un motif suffisamment probant, car ces mouvements apparents se pourraient peut-être sauver au moyen d’une autre hypothèse. »

En ces divers passages, Saint Thomas d’Aquin adopte les idées que nous avons entendu exprimer par Simplicius3 ; il emprunte presque exactement les termes dont celui-ci s’était servi. Nous reconnaissons ici les marques bien visibles d’une influence exer-

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