‹ Le système du mondeChapitre 162 sur 243 · Ms. n° i5(joo, fol. 1 , col. a · texte numérisé non relu

Ms. n° i5(joo, fol. 1 , col. a

I>. Ms. n" 15901, dernier fol., non paginé, verso.

7. Ulrici de Aroentina Liber de snni/no Bonn, lib. IVr, tract. III, cap. I. MibI, Nat., fonds latin, ms. n° ibqoo, fol. 297, col. a.

l'astronomie LATINE AU MOYEN AGE

culier, Alpétragius, en sa Science des secrets de l' Astronomie, secrets qu’il affirme lui avoir été révélés. Il dit que tous les cieux sont mùs immédiatement par la vertu de Dieu ; s’ils sont mûs de diverses manières, c’est à cause du degré de leur distance au premier moteur; car la puissance du premier moteur est plus grande lorsqu’elle agit sur un mobile qui lui est immédiat [que sur un mobile médiat] ; ce mobile immédiat se meut donc plus vite. Alpétragius a donné cette raison des stations et rétrogradations apparentes des astres. Mais il a nié l’existence des excentriques et des épicycles, ainsi que le mouvement des planètes en sens contraire du mouvement premier mobile. »

Ulrich, qui écrit ces lignes, n’a sûrement jamais lu le livre d' Alpétragius auquel il attribue un titre étrangement fantaisiste. Qu’il ait puisé ces renseignements dans les ouvrages d’Albert le Grand, nous en pouvons être convaincus par cette remarque 1 de Saint Denys le Chartreux, qui reproduit le passage précédemment cité : « Ce qu’Ulrich rapporte d’ Alpétragius, qu'il affirme avoir eu révélation du secret de l’Astronomie, Albert, en son écrit sur le second livre des Sentences , le raconte cUAlfarabi - ». Alpétragius, Alpharahius sont noms assez semblables pour que ie bon Ulrich les ait confondus ou, mieux, pour que le copiste auquel Ulrich devait l’écrit d’Albert sur les Sentences les ait substitués l'un à l’autre.

Comme Albert le Grand, Ulrich de Strasbourg admet qu’il existe dix cieux mobiles. A l’appui de cette opinion, qu’il met au compte de Ptolémée, il n’invoque aucune raison d’Astronomie ; les motifs qui lui font ajouter foi à ce nombre sont ceux qu 'Albert exposait en commentant la Métaphysique d’Aristote.

« Après que le Philosophe, dit-il 3, eût prouvé que le nombre des moteurs dépend du nombre des mobiles, il n’a pas procédé à une détermination nouvelle du nombre des mobiles ou des moteurs ; il s’est contenté de rapporter l’opinion que professaient à ce sujet les anciens astronomes comme Eudoxe et Leucippc (Calippe)...

1 . Divi Dionysu Carthusiani In Sententiarum librum II Commentarij Locupleiissimi . Venetijs, Sub signo Angeli Raphaelis, MDLXXX11II, Dist. XIV, quæst. IV, p. 324, col. b.

2 . Alberti Maoni Scriptum in secundum librum Sententiarum — Nous n’avons pu découvrir le passage d’Albert le Grand auquel a trait cette indication de Denys le Chartreux.

3. Ulrici de Argentina Op. laud., lib. I. tract. III, cap. II: De natura intelligentiarum et de numéro et principiis earum essentialibus, et qualiler sit composita et hoc aliquid, et qualiter sit ubique et immobilis.et de diffinitionibus ejus et de modo ejus intelligendi . Ms. cit., fol. 302, coll. c et d, et fol. 3o3, col , a.

l’astronomie des dominicains

» Mais maintenant qu’avec Ptolémée, nous supposons l’existence de dix sphères, nous assignerons le nombre des intelligences en partant de cette proposition que nous avons formulée : Les intelligences et les orbes sont les principes de l’existence des choses ; il faut donc que les différences qui se rencontrent dans l’existence et dans la vie de ces choses aient pour causes les différences des moteurs et les différences des mobiles.

» Or dans cette existence et dans cette vie, nous trouvons quatre différences : Tout d'abord, l’existence absolue (esse simplex ) qui provieut purement et simplement de l’essence ; en second lieu, l’existence déterminée par la matière ; puis celle qui consiste à être quelque chose de déterminé par la grandeur et la figure ; enfin l’existence déterminée par le mélange et la composition des qualités premières.

» La première de ces existences a pour cause le premier moteur ; il est, en effet, essence simple, et son mouvement est, de tous les mouvements, le plus simple ; partant, par sa substance et par son mouvement, il est cause de l’effet le plus simple, c’est-àdire de l’existence môme.

» La cause de la seconde existence, c’est le second moteur. Ce moteur est, tout d’abord, cause du mouvement d’Occident en Orient ; aussi son mobile a-t-il deux mouvements ; le mouvement d'Orient en Occident, causé dans tous les orbes inférieurs par le premier moteur qui se meuve lui-même, puis le mouvement causé par son propre moteur, mouvement qui se fait en sens contraire, d’Occident en Orient.

» Ces deux sphères sont au-dessus de la huitième sphère ; elles sont cachées à notre vue, comme nous le prouverons plus loin ’.

» Par suite de cette contrariété entre les mouvements, chacun des principes de la composition essentielle va au devant de l’autre; en effet, la composition de l’essence (esse) avec la matière ne se ferait pas si l’un des principes composants n’était mû vers l’autre; il est donc évident que, par sa substance et son mouvement, ce moteur est cause de cette seconde existence.

» Quant à la détermination que la grandeur et la figure vont conférer à ce composé, elle a pour cause le mobile dans lequel se concentrent les premières images, qui sont celles des constellations, et le moteur de ce mobile. Ce mobile, c’est le ciel des étoiles fixes ; aussi, de l’avis de tous les astronomes, est-ce là l’effet de ce ciel.

i. Ulrich n’a pas tenu celte promesse.

l’aSTRONOJIIK LATINE AU MOYEN AGE

» L’existence déterminée par le mélange et la combinaison des qualités premières est causée par les sphères des sept astres errants.

» Dans le mélange, en ell'et, quatre espèces sont à distinguer.

» En premier lieu, il y a le mélange du sec avec le froid, qui a pour effet de bien tenir la grandeur et la ligure; ce mélange est causé par la sphère de Saturne.

» En second lieu, vient le mélange du froid avec l'humide. Mais ce mélange se fait de deux manières. Ou bien, il est le mélange du sec avec l’humidité élémentaire, avec l'humidité de beau ; cette humidité-là est mise en mouvement, elle est induite dans les corps miscibles par la sphère de la Lune ; cela est rendu évident par le fait que la mer flue et reflue suivant le cours de la Lune. Ou bien il est le mélange du sec avec l’humidité complexe qui est la substance de la vie; cette humeur-là, c'est à la sphère de Vénus qu'il appartient de la mouvoir.

» La troisième espèce qui se rencontre en la mixtion, c'est celle du chaud avec l’humide ; cet liumide-là ne peut être que l’humide gazeux (hwnitlum spirituelle) dont sont faites les espèces vitales ; quant à ce chaud, ce ne peut être la chaleur parfaite ( ca/idum excellent), car celle-ci ne se rencontre qu'avec le sec ; c'est une chaleur complexe ; cette mixtion-là a pour moteur la sphère de Jupiter.

o En quatrième lieu, nous trouvons le mélange du chaud avec le sec. Cette chaleur est de deux sortes. Ou bien c’est une chaleur qui émeut la matière en totalité, c’est la chaleur furieuse et brûlante qui a pour moteur la sphère de Mars. Ou bien c'est la chaleur par laquelle la matière, déjà mise en mouvement, est digérée et mûrie ; cette chaleur, c’est la sphère du Soleil qui la meut.

» Puisque ces six astres errants mettent en mouvement les principes de la mixtion, il faut qu’un septième astre ait force pour appliquer ces principes les uns aux autres et les mélanger entre eux. Cette septième planète, c’est Mercure.

>> Ainsi donc il n’y a que dix cieux et dix moteurs célestes. »

À ce que nous venons de citer, ajoutons un passage 1 où Ulrich rappelle incidemment « que les étoiles se meuvent du pèle méridional vers le pôle de l'Aquilon d’un degré en cent ans », et nous aurons rapporté, croyons-nous, tout ce qu’on peut trouver d'As-

i. Uuuci de Ahgentina Op.laud . , lit). IV, tract. II, cap. XIX: De loco, quia est etquid est, etqualiter différencié toci que sunt sursuni et deorsuin, de.xtrurn et sinistrum, ante et rétro, sunt in celo et in mundo, et qualiter scilicet primum celuin sit et movealur in loco, et de nhi. et de vacuo, et de situ. \[s. cil., loi. ?08, col. c.

L ASTRONOMIE DES DOMINICAINS

tronomie dans le Liber de summo Bono. Il est clair qu’en aucun cas, Ulrich n’a puisé aux sources mêmes ses connaissances astronomiques ; tous les renseignements dont il a eu besoin, il les a empruntés à l’encyclopédie qu’ Albert avait composée; cette vaste exposition des sciences profanes l’a dispensé de recourir aux ouvrages qui, les premiers, avaient traité de ces sciences. Dans l’ordre de Saint Dominique comme au dehors de cet ordre, nombre de philosophes et de théologiens suivaient très certainement l’exemple du frère prêcheur strasbourgeois.

IN VITRE DISCIPLE D ALBERT LE (iRAND I BERNARD DE TRILLE

L’influence de l’enseignement astronomique d’Albert le Grand s’est manifestée pour nous, de la manière la plus ngtte, dans plusieurs passages du Liber de summo Bono composé par Ulrich fils d’Engelbert. Celui-ci n’était pas seul, parmi les Dominicains, à subir cette influence. Nous allons rencontrer maintenant, en la personne de Bernard de Trille, un disciple, presque toujours fidèle, de l’évêque de Ratisbonne, en attendant que Thierry de Freiberg .nous présente un adversaire des hypothèses astronomiques proposées parce maître.

Sous ce titre : Joannis Parisiensis Opéra, la Bibliothèque de la ville de Laon possède un manuscrit ' peu fait pour tenter les bibliophiles; écrit en deux colonnes, sur parchemin grossier, d’une écriture irrégulière et difficile a déchiffrer, il a grandement souffert des injures de l’humidité; cependant, l’un des anciens possesseurs de ce manuscrit y attacha sans doute quelque prix, car il eût soin de noter en quelles circonstances il l’avait acquis ; à la tin du texte il ajouta cette mention : Liber iste est Miebae- //s Casse Cancellarii Noviomensis <jnem émit Avi atone ab Eptsco/to Bethlemilarum Braire Jo. I era de anicio.

Le livre que frère Jean Véra,du Puy-en-Velay [An ici uni), evèque de Bethléem, avait, en Avignon, vendu à Michel Casse, chancelier de Novon, est, encore aujourd’hui, précieux pour nous ; il contient, en effet, le texte d’un traité d’astronomie dont nous n’avons trouve, ailleurs, aucune mention.

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