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UN DISCIPLE D’ALBERT LE GRAND '. ULRICH DE STRASBOURG

Il est fort rare que les doctrines professées par Thomas d’Aquin touchant les systèmes astronomiques nous offrent le moindre reflet des doctrines d’Albert le Grand ; ses idées à ce sujet, Thomas ne les a pas empruntées à celui qui fut son maître ; il les a demandées à la lecture des auteurs anciens et à ses propres méditations.

De l’exemple de Thomas d’Aquin, il ne faudrait pas inférer que renseignement scientifique d’Albert le Grand eût trouvé peu de retentissement au sein de l’Ordre dominicain ; la vérité, en effet, est toute contraire. Déjà, nous avons vu Vincent de Beauvais enchâsser dans son Spéculum naturale maint fragment de l’œuvre de son confrère ; nous allons trouver d’autres exemples de l’influence qu’Albert le Grand a exercée, au xme siècle, sur la science astronomique des Dominicains, en étudiant successivement les écrits d’Ulrich de Strasbourg et de Bernard de Trille.

Ulrich, fils d’Engclbert 1 [Udalricus Engelberti) ou Ulrich de Strasbourg ( Udalricus de Argentina) était frère prêcheur.

En 1272, le chapitre général de Florence releva de sa charge le prieur de la province d’Allemagne afin qu il put aller enseigner les Sentences à Paris ; à ce prieur, le chapitre donna comme successeur Ulrich de Strasbourg.

En 1277, le chapitre général de Bordeaux releva, à son tour, Ulrich de ses fonctions de prieur et le désigna pour enseigner les Sentences à Paris ; mais Ulrich mourut en arrivant dans cette dernière ville, avant d’avoir pu inaugurer ses leçons.

Ce dernier renseignement nous est donné, au prologue de sa Summa confessorum , par Jean de Fribourg ou de Freiberg {Johannes de Friburgo) qui avait été disciple d’Ulrich.

Avant d'être prieur delà province d’Allemagne, Ulrich, au rapport de Jean de Fribourg, enseignait à Strasbourg; c’est au cours de cet enseignement qu’il composa un volumineux ouvrage en huit livres intitulé : Tractatus de summo Mono ou encore : Summa de Theologia et Pln/osophia. Un exemplaire manuscrit de cet ouvrage,

i Sur ce personnage, voir : Quétif et Échard, Scriptores oirhnis prcndicatorurn, 1. 1, pp 355-358 — B. Hauréau, Notice succincte sur Ulrich de Strasbourg (Histoire littéraire de la France, t. XXVI, 1873, p. 575).

I, ASTRONOMIE DCS DOMINICAINS

qui appartenait à la Bibliothèque de l'ancienne Sorbonne, se trouve aujourd’hui, avec le fonds de cotte Bibliothèque, à la Bibliothèque Nationale.

Cet exemplaire remplit deux gros volumes1 2 qui avaient été légués à la Sorbonne, en HOi), par Johannes Tinctoris, docteur en théologie de Cologne et ancien membre de la maison de Sorbonne. Nous lisons, en effet, en tète du second volume3, cette mention :

« Iste liber est pauperum niagistrorton et sro/arium co/legii Sorbonc. in théologien, f acilitai e parisius studentiuin . ex legato magistri johannis tinctoris. c/octoris in theologia coloniensis et socii pvediete donius de Sorbona gui obiit et suo obilu hoc rolumen cum precedente legavit. anno domini i itill. »

Une mention analogue, bien qu’un peu moins complète, se trouve en tête du premier volume3.

L’auteur, dans ces manuscrits, est nommé 4 Monseigneur Ulrich de Strasbourg, Dominus Ulricus de Argentina. L’ouvrage est intitulé5 : Liber de summo Bono.

Cet exemplaire, d’ailleurs, 11e renferme pas l’ouvrage complet. Le second volume prend fin dès le début du cinquième traité du livr’e VI. Le membre de la maison de Sorbonne qui, en tête des deux volumes, a rappelé le legs fait par Johannes Tinctoris, connaissait, dans sa propre patrie ou dans la patrie d’Ulrich, l'existence d'un exemplaire complet ; ce renseignement, il voulait le laisser à la postérité sous forme d’un vers latin qu’il n’est pas parvenu à mettre sur pieds, comme en témoignent ces essais 6‘ :

« Patria aule/n habet opus perfection, alléluia, alléluia, alléluia.

Pntria opus.

Patria autem perfection opus habet. »

Dans sa Somme, où l’influence d’Albert le Grand se marque à chaque instant, Ulrich s’exprime en ces termes 7 :

« Ptolémée, dans Y Al/nageste, dit que ce ne sont pas des intelligences qui meuvent les cieux, mais la seule volonté de Dieu. Beaucoup de mathématiciens l’affirment également et, en parti-

1. Bibliothèque Nationale, fonds latin, ms. n° lâqoo et n° 1.Ô901.

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