‹ Le système du mondeChapitre 166 sur 243 · I. ASJ'llONOMIK DI S DOMINICAINS · texte numérisé non relu

I. ASJ'llONOMIK DI S DOMINICAINS

» Sont-elles de nature diaphane ?

» Enfin bornent-elles la vue ? »

« A la seconde question, dit notre auteur1, nous répondrons ipi il y a, a cet égard, deux opinions.

» Certains ont nié les excentriques et les épicycles. l)c même <|u’eii la région des éléments, les sphères sont contiguës les unes aux autres sans aucun corps intermédiaire, de même, supposentils qu en la région ethérée, toutes les sphères sont contiguës sans aucun corps intermédiaire.

» Mais cette supposition ne peut tenir ; l’observation géométrique a reconnu, en effet, qu’une même planète se trouve tantôt plus haut au-dessus de la Terre], et tantôt plus bas; comme la planète n'a que le mouvement circulaire et point de mouvement îcctiligne, cela ne sc pourrait comprendre hors de l'excentricité des cercles et de 1 hypothèse des épicycles.

» Aussi d autres personnes disent-elles qu’il y a, entre les sphères ou oibes, un corps intermédiaire, dont la nature est génériquement la même que celle de ces sphères ou orbes ; les corps des planètes, assurent-elles, se meuvent au sein de ce corps intermédiaire, et c est en lui que se produisent les élévations ou les dépressions de ces astres.

» Mais entre ces personnes se rencontre une diversité d’avis.

» Certaines disent que les planètes, en passant au travers de ce corps intermédiaire, ne le divisent pas ; le corps céleste, en effet, n est pas divisible ; les astres le traversent sans aucune division, comme la lumière traverse l’air. Cela, disent-ils, convient aux corps célestes à cause de leur nature qui est celle d’une forme { pro/iter formalitatem ). Si on leur objecte que deux corps ne sauraient, par voie naturelle, être en même temps dans un même lieu, ils répondent que cela est vrai des corps inférieurs qui sont grossiers et chargés de matière corporelle, et que cela est vrai surtout des corps naturels C

» Mais cela est impossible ; cette nature formelle n’empêche pas ces corps d avoir de véritables dimensions, car celles-ci accompagnent tout corps; or, de lavis du Philosophe, des dimensions diverses ne se souffrent pas les unes les autres un même lieu. Ce qui est dit de la lumière ne s’applique pas à ce qui est en ques-

i . Ms. ci t . , fol. 70, coll. a et D.

2. Certains néo-platoniciens remplissaient tout l'espace d’un corps, conçu à l’image de la //.joï dont parle le Timée, et dont les propriétés étaient exactement celles que liernard prête ici au corps intermediaire ; Syrianus, par exemple, a émis des idées qui conduiraient aisément à la théorie exposée par notre auteur. — Voir: Première partie, Ch. V, § XV, t. I, pp. 336-337 .

l'astronomie latine au moyen AU U

tion, car la lumière n’est pas un corps ; c’est seulement une qualité, dérivée du corps lumineux, qui réside dans le milieu diaphane, comme la chaleur est une qualité dérivée du corps qui échauffe. Quant à ce qui est dit du corps céleste, qu’il n’est point divisible, cela est vrai du corps des sphères ou orbes.

» D’autres personnes prétendent donc que ce corps intermédiaire est compressible et dilatable, de telle manière que l’espace compris entre les cercles ou orbes des planètes soit toujours plein ; ce corps cède passage au corps de la planète qui est plus condensé et plus solide. Si l'on objecte que la rareté et la densité sont des propriétés de la matière élémentaire et non point de la cinquième essence, on répondra que lorsque l’on emploie ces mots, d’une part, pour les corps inférieurs et, d’autre part, pour les corps supérieurs, on en use par homonymie (. æquivoce ) ; au sein des corps inférieurs, ces qualités résultent des qualités premières, du chaud, auquel il appartient de raréfier, et du froid, auquel il appartient de condenser; au sein des corps supérieurs, au contraire, elles proviennent uniquement delà subtilité ou de la densité plus grande ou plus petite des différentes parties du ciel, subtilité ou densité qui, à l’égard du mouvement des corps supérieurs, produit les effets qui ont été supposés.

» Cette opinion parait, de toutes, la plus probable, et cela pour deux raisons.

» Tout d’abord, elle est celle que professent des hommes éprouvés en Philosophie, comme Avicenne, en sa Sufficientia c.rli et mundi , et le sage philosophe Thébith, dans le livre qu’il a composé Sur le mouvement des sphères.

» En second lieu, elle se peut prouver d’une manière démonstrative, si l’on suppose l’excentricité des cercles des planètes, qu’admettent presque tous les astronomes. »

Bernard reproduit alors ', avec d’insignifiantes variantes verbales, un raisonnement qu’Albert le Grand avait exposé2. Chaque planète est contenue dans un orbe dont les deux surfaces limites sont sphériques, concentriques entre elles, mais excentriques au Monde. L’espace compris entre deux de ces orbes successifs ne peut être rempli par un solide indéformable, car l’auge de l’orbe inférieur, par exemple ne demeure pas toujours vis-à-vis du même point de l’orbe supérieur.

Pour que cette démonstration soit concluante, il faut que le mouvement de l’auge ou apogée ne soit pas le même pour toutes

i. Ms. cil., fol. 70, coll. b et c.

■z. Alberti Magni De Cœ/o et Mundo lit». I, tract I, cap. XI.

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