Pétri Lombardi Op . Inud , lib. I, dist.. XIX
xiie siècle, menaçait d’entraîner bon nombre de théologiens hors de l’orthodoxie ; désireuse de ramener les esprits au respect de la tradition, cette œuvre consistait surtout en un exposé des opinions tenues par les Pères de l’Église ; de là le titre de Livres des Sentences que son auteur lui donna ; cette œuvre devait, pendant tout le Moyen Age, assurer la plus grande célébrité au Maître des Sentences.
Josse Clichtove pense que l’idée et le plan des Livres des Sentences furent suggérés à Pierre Lombard par le De fide ortkodoxa de Saint Jean de Damas, dont la traduction venait d’être donnée. Mais, pour trouver un modèle, Pierre Lombard n’était pas obligé de l’aller chercher si loin ; il le rencontrait dans un ouvrage dont l’intention était la même que la sienne, et dont l’usage était classique au moment où il composa le sien ; nous voulons parler de la Summa Sententiarum d’Hugues de Saint Victor.
Né vraisemblablement aux environs d’Ypres, transporté, peu après sa naissance, dans une région de la Saxe voisine de la Lorraine, Hugues entra en 1118 à l’Abbaye de Saint-Victor à Paris ; en 1133, il fut chargé de diriger l’éoole célèbre de Philosophie et de Théologie qui se tenait dans cette abbaye ; il y mourut le 11 février 1141.
Au commencement du second traité de la Summa Sententiarum , traité qui est consacré à la création des anges, Hugues admet ' l’existence d’un Empyrée, ciel suprême qui est le lieu où cette création fut faite.
Traitant ensuite de l’œuvre des six jours, Hugues de Saint Victor écrit * :
« Le second jour, le firmament fut fait, afin de diviser les eaux d’avec les eaux. Bède dit que le firmament est formé d’eaux consolidées et qu’il est semblable au cristal de roche ; cela est assez vraisemblable, car sa couleur indique qu’il en est ainsi. Certains commentateurs, cependant, veulent, semble-t-il, qu’il soit de nature ignée. Qu’il y ait des eaux au-dessus du firmament, nous le savons par la Genèse , et par le Prophète : Aquæ quæ super cælos sunt bénédicité Domino (Ps. CXLVIII). Mais de quelle sorte sont ces eaux, nous ne le savons pas avec certitude. Les commentateurs disent ou bien qu’elles sont solidifiées sous forme
1, Huoovis dh S. Victobe S ummi Sententiarum ; tract. II, cap.I (Patrologiœ latinæ, accurante Migne, t. CLXXVI, col. 8i).
2. Hugonis de S. VTctore Op . laud., tract. III, cap. I; éd. cit., col. 89. Le même passage se trouve textuellement reproduit dans : Hugonis de S. Victobb Adnotationes in Pentateuchon ; Cap. VI. De operibus sex dierum distinctis (Patrologiœ latinæ, accurante Migue, t. CLXXV, col. 35).
l’initiation des barbares
de glace, ou bien qu'elles demeurent suspendues à l’état de vapeur, à la ressemblance de la fumée, ce qui est vraisemblable. »
Ces indications sont tout ce que nous trouvons, dans la Somme des Sentences , au sujet du système des cieux ; l’ouvrage d’Hugues de Saint Victor n’est pas un traité de Cosmographie.
Ce n’en est pas un non plus que YExpositio in Hexaemeron de Pierre Abailard.
Né en 1079 au Palets, dans le comté de Nantes, mort le 21 avril 1142 au prieuré de Saint-Marcel de Châlon-sur-Saône, le célèbre Pierre Abailard est exactement contemporain d’Hugues de Saint- Victor.
Comme Hugues de Saint-Victor, Abailard avait composé un recueil de sentences tirées de la Sainte-Écriture et des Docteurs de l’Église. Cet ouvrage énumérait une suite de propositions théologiques ; chaque proposition était accompagnée de tous les textes qu’on peut invoquer pour l'affirmer, puis de tous ceux qui paraissent la nier ; de là le titre de Sic et Non qui lui fut donné.
Nous ne trouverions absolument rien, au Sic et Non, qui concernât la Physique céleste ou terrestre. C’est dans 1 Exposition de l'œuvre des six jours, que nous trouverons quelques allusions à cette science.
L’ Expositio in Hexaemeron est dédiée à Héloïse. « Les éditeurs le regardent comme le dernier fruit de la plume d Abailard , sentiment fondé sur l’exactitude de sa doctrine et de ses expressions, surtout en ce qui a rapport aux erreurs dont il fut accusé dans le concile de Sens. »
En commentant l’œuvre du premier jour, Pierre Abailard parle des quatre éléments*, et déclare que le ciel est formé de feu. « Il est constant que le ciel éthéré, où se trouve le feu le plus pur ( quo purior est ignis ), reçoit habituellement en propre le nom de
ciel. »
Au commentaire de 1 œuvre du quatrième jour, 1 auteur entend simplement par firmament ce qui a été nommé ciel dans la création du premier jour, c'est-à-dire l’ensemble de l’air et du
ciel éthéré.
Au-dessus de ce firmament se trouvent des eaux.
i. Pierre Abailard (Histoire littéraire de la France par les Bénédictins de S. Maur t. XII, 2e éd., pP- 117-118). — Pétri Abælardi Opéra , in Patrologiœ Latinœ, accurante J. P. Migne, t. CLXXV1II, coll. ,29-30.
a. Pétri Abælardi Exposition in Hexaemeron, De opéré primæ diei, ed. cit.,
col. 733.