‹ Le système du mondeChapitre 179 sur 243 · ALEXANDRE DE HALES · texte numérisé non relu

ALEXANDRE DE HALES

est en étudiant la Somme d Alexandre de Haies que nous verrons naître, dans 1 Ordre de Saint François, les connaissances astronomiques.

Alexandre, élevé au monastère de Haies, dans le comté de Glocester, était déjà avancé en âge lorsqu’on 1222, il prit la hure de frère mineur; il mourut en 1245. De l’homme et de la Somme théologique qui porte son [nom, lisons ce que Roger Bacon écrivait eu 12G7 1 :

« Nous avons vu de nos yeux deux hommes qui ont écrit, et nous savons qu'ils n’ont jamais rien vu de ces sciences dont ils se vantent, qu’il ne les ont jamais ouï enseigner...

» L un d’eux est mort, l’autre est vivant. Celui qui est mort, » — c est Alexandre de Haies que Bacon entend désigner, — « fut un excellent homme, riche, archidiacre important et, en son temps, maitre en Théologie. Lorsqu'il fut entré dans l’Ordre des Frères Mineurs, il fut tout aussitôt le plus grand des Mineurs devant Dieu, non pas seulement à cause de ses louables qualités, mais pour les raisons que je viens de dire. En ce temps-là, l’Ordre des Mineurs était nouveau et le monde n’y prenait pas garde ; il a édifié le monde et relevé l’Ordre. Dès son entrée, les Frères le portèi'ent aux nues, lui conférèrent l’autorité en tout genre d’études et lui attribuèrent cette grande Somme, plus lourde qu’un cheval. Il ne l’avait pas faite ; elle avait été écrite par d’autres; et cependant, par respect pour lui, on la mit sous son nom, on l’appela la Somme de frère Alexandre. L’eût-il faite en grande partie, qu’une chose n’en demeurerait pas moins vraie ; c’est qu’il n'a jamais ni ouï enseigner ni lu les Sciences naturelles et la Métaphysi-

i. Fkatris Rogehi Bacon Opus minus ; tertium peccatuin studii Theologiæ. (Fr. Rogeri Bacon I. — Opus tertium. If. — Opus minus. III- — Compendium Phitosophiœ. Editcd by J. S. Brewer. London, i85q, pp. 320-327).

l’astronomie LATINE AU MOYEN AGE

que, car les principaux livres traitant de ces sciences et les commentaires dont ils ont été l’objet n’avaient pas été traduits lorsqu’il prenait scs grades ès arts ; et, par la suite, ces livres demeurèrent fort longtemps frappés d excommunication et inteidits à Paris, où il a fait ses études. Aussi entra-t-il dans l’Ordre avant que ces livres eussent été enseignés une seule fois ; cela se reconnaît aisément par la date de son entrée dans l'Ordre et par celle de la dispersion de l’Université de Paris ; ces livres, en effet, demeurèrent prohibés jusqu’au temps de ses études et jusqu’au retour de l’Université, et, aussitôt après ce retour, il entra en religion, déjà vieux et maître en Théologie. Bref, il a ignoré ces sciences qui sont, aujourd'hui, communément répandues, savoir la Physique et la Métaphysique, qui sont la gloire de nos modernes études. Or, à défaut de connaître ces sciences, on ne peut savoir la Logique ; cela est évident pour tous ceux qui connaissent ces sciences. Les dix premiers livres de la Métaphysique, en effet, portent sur les sujets mômes dont traite la Logique ; la Physique, d’autre part, a de nombreux contacts avec la Logique, tandis qu’en certains points, elle lui oppose de cruelles contradictions, contradictions qu’on ne peut connaître si l'on n’est versé en Logique. S’il lui arrive, en quelque partie de son ouvrage, de discuter de ces sciences, de l’avis de tous les théologiens, il est, .en cette partie, plus terre-à-terre qu’en toute autre. 11 a conservé bon nombre de propositions philosophiques vaines et fausses. De tout cela, nous avons un signe manifeste ; personne ne songe à faire écrire une nouvelle copie de cette Somme ; l’original pourrit chez les Frères ; personne, de nos jours, ne le touche ni ne le regarde. Assurément, il a ignoré toutes ces sciences dont je traite dans mes écrits, sciences sans lesquelles on ne peut rien savoir de celles qui sont plus répandues. Qu’il les ait ignorées, cela se voit, car en toute la Somme qu'on lui attribue, il n’y a pas une parcelle de vérité relative à ces sciences. »

Ce jugement de Roger Bacon sur la Somme d’Alexandre de Haies émane d’un homme bien informé; et tout ce qu’on a pu, de nos jours, remarquer au sujet de cette Somme , n’a fait que confirmer ce qu'en disait YOptis minus ; elle est bien moins une œuvre originale qu’une rhapsodie de morceaux de diverses provenances. S’il nous fallait donc apprécier quelle fut, sur certains sujets, la propre pensée d’Alexandre de Haies, elle nous serait d’un fort médiocre secours ; elle nous sera précieuse, au contraire, si nous la prenons comme un document capable de nous faire connaître l’état général de la Science, au sein de l’Ordre franciscain, auvoi-

L ASTRONOMIE DES FRANCISCAINS

sinage de 1 an 1230 ; le caractère anonyme et, pour ainsi dire, collectif c|u’elle présente en rehaussera pour nous le prix.

L etude de l’œuvre des six jours de la création est, en la Somme, l’occasion de quelques considérations astronomiques ; ces considérations, d ailleurs, semblent porter la marque de deux origines différentes.

Les plus étendues paraissent avoir été rédigées en un temps où l’emprise de là Physique péripatéticienne ne s’était pas encore établie ; Aristote n y est guère cité, tandis que Bède ou Saint Jean Damascène y sont très fréquemment invoqués ; la substance qui forme les cieux y porte le nom de lumière. Dans un jiassagc qui semble plus récent, au contraire, cette substance reçoit le nom de cinquième essence ; dans ce passage, d’ailleurs, le De Cselo et Munclo d Aristote est cité, et il semble bien que l’auteur ait lu le commentaire d’Averroès ; ce passage parait être un morceau ajouté après coup pour rajeunir les développements d’une science qu’on trouvait surannée.

Examinons d’abord, dans l’Astronomie qu’enseigne la Somme d Alexandre de Haies, les parties que nous croyons être les plus anciennes.

La lumière ou substance lumineuse qui forme les cieux est divisée en un certain nombre d’orbes sphériques emboîtes les uns dans les autres et dont la perfection croit au fur et à mesure qu’on s’élève d’un orbe à l’orbe qui le contient. « Selon les philososophes *, on admet l’existence de neuf sphères, savoir : Les sept sphères des astres errants, la sphère des étoiles qu’on appelle fixes, et la sphère du mouvement diurne ; selon certains philosophes, en effet, on dit que celle-ci est distincte de la sphère des étoiles. D après cela, si l’on ajoute le ciel Empyrée, qui n’est aucun des cieux précédents, il y aurait dix sortes de lumières. »

[/existence des sept orbes des astres errants et de l’orbe des étoiles fixes ou firmament ne fait pas question ; la réalité des deux cieux les plus élevés est donc la seule que notre auteur se propose d’établir.

L’existence de l’orbe qui enveloppe le ciel des étoiles fixes est établie au sujet de cette question: Y a-t-il des eaux au-dessus du

• i. Alexandiu de Albs Surn/nœ Pars 11, quæst. XLVII, nicmbruin I. — Nous citous d’après l’édition princeps, en quatre volumes in-f", dont le second volume a pour titre : Tabula tractatuurn huius secunde partis surnme Ai. ex a sdri de Ales. — Colojihon : Explicit seconda pars summe Alexandri de Aies irrevocabilis anglici docloris Anthonii koburger irnpensis Anno chrisliane salutis M°. cccc0. Ixxx I. III kalendas decembris.

DUHEM

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