Lincolniensis Summa, Cap. CCXV; éd. Baur, p. 54o
L'ASTRONOMIE DÈS FRANCISCAINS
-> En second lieu, puisque plusieurs sphères reçoivent, par le moyen de plusieurs mouvements, la bonté première qui convient au corps mobile, il devra nécessairement exister une sphère unique qui reçoive cette bonté par un seul mouvement ; cela, Aristote semble l’avoir pensé, lui aussi.
» Puis, il y a un mouvement naturellement propre qui s’effectuc selon la sphère droite et un mobile propre à ce mouvement ; de même en est-il selon la sphère oblique ; il y a donc un mouvement propre selon la sphère droite aussi bien que selon la sphère oblique » — C’est-à-dire qu'il y a un mouvement de rotation autour des pôles du Monde et un mouvement do rotation autour des pôles de l’écliptique — « Mais le second membre de cette alternative est impossible [si l’on n'admet pas un neuvième ciel j ; alors, en effet, le mouvement des planètes se fait suivant la sphère oblique tandis que le mouvement du firmament se fait, à la fois, suivant la sphère droite et suivant la sphère oblique. Il faudra donc qu’il y ait une sphère, entièrement distincte de toutes celles-là, qui se meuve seulement suivant la sphère droite.
» De même, enfin, que les moteurs se peuvent nécessairement ramener à un certain moteur unique et simple, de même les mouvements et les mobiles se doivent ramener à un certain premier mobile mû uniformément qui, selon le cours de la génération des choses, est la cause de l’unité, de l’ordre et de la permanence dans la voie suivie par la nature. »
Pour affirmer que la sphère des étoiles fixes se meut d un double mouvement, notre Somme s'autorise non seulement de Ptolémée, mais encore d’Aristote; il s'agit évidemment du traité, que cette Somme désigne ailleurs 1 en ces termes : « Le livre De proprietatibus elementorum qui est attribué à Aristote. »
Parmi les raisons citées, il en est qui sont plus ou moins nettement indiquées par Al Bitrogi ; d’autres ont été puisées par notre auteur à d’autres sources; certains arguments rappellent ceux de Michel Scot.
Qu’est-ce que notre auteur sait du mouvement propre des étoiles fixes ?
« La huitième sphère, dit-il -, se meut de deux mouvements. Tout d’abord, un mouvement essentiel » — il aurait du dire . accidentel — « se fait sur les pôles de l’équateur et suivant des cercles équidistants qui se nomment parallèles ; ce mouvement-là, c’est le mouvement diurne d’Orient en Occident. En
i. Lincolniensis Sa/n/na, Cap. CCXII ; éd. Baur, |>. 543.
a. Lincolniensis Sumrna, Cap. GCXVI ; éd. Baur, pp. oao-ooi.
DUHEM. — T. III
l’astronomie LATINE AU MOYEN AGE
second lieu, un mouvement accidentel » — il eût fallu : essentiel — « se fait sur les pôles du Zodiaque, et, par lui, elle se meut d’un degré en cent ans, en sorte que, suivant Ptolémée, elle accomplirait sa révolution en trente-six mille ans. Toutefois, Albatégni a prouvé que cette circulation s’achèverait plus vite. Quant à Thébith, il a supposé que ledit mouvement était un mouvement d’accès et de recèsqui s'effectuait sur des cercles de huit degrés de diamètre, décrits sur les têtes du Bélier et de la Balance. C’est suivant cette supposition que sont composées, dans son ouvrage, les tables d’accès et de reCès. »
Ailleurs, il dit 1
« Un très digne sujet de recherche, c’est la raison ou l’expérience en vertu de laquelle Ptolémée a pensé que la sphère des étoiles fixes et les sphères des sept astres errants se meuvent d’un degré en cent ans, d’Occident en Orient, sur l’axe du cercle des Signes ; le firmament, au contraire, que nous avons nommé cidessus neuvième sphère ou ciel aqueux, tournerait incessamment d’Orient en Occident. En effet, il parait fort difficile de prouver ce mouvement du firmament par une expérience qui s’adresse à la vue, puisque ce ciel est privé d’astre. Thébith passe, d’ailleurs, pour avoir reconnu que le mouvement des étoiles fixes se faisait tantôt en sens contraire du mouvement du firmament [et tantôt dans le même sens] ; ce changement se ferait tous les cinq mille quatre cents ans à peu près. »
Au passage que nous venons de citer, il est déjà dit que le mouvement propre des étoiles fixes se communique également aux sphères des sept astres errants. L’auteur de la Somme qui, à chaque instant, cite Al Fergani, ne peut ignorer cette doctrine. Il n’en exclut pas le Soleil, comme le faisait Ptolémée, dont il ignore l’opinion à ce sujet.
« Si l’on affirme, dit-il J, que la tête du Bélier est aujourd’hui la même qu’au temps de Sem ou d’Abraham, qui furent les premiers astronomes, et des astronomes très éclairés, on commet une erreur et l’on tombe dans une contradiction énorme. Tous les cent ans, en effet, le Soleil, comme les autres planètes, rétrograde d’un degré, ainsi que l’a prouvé Ptolémée ; or, depuis ces jours jusqu’à présent, suivant un calcul fidèle, il s’est écoulé environ quatre mille ans; il en résulte donc nécessairement que le Soleil est aujourd’hui distant de quarante degrés environ de la position qu’il occupait en ce temps-là. Si, depuis l’origine du Monde, selon