‹ Le système du mondeChapitre 216 sur 243 · T. III · texte numérisé non relu

T. III

L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE

pas, selon lui, d’autre mouvement que celui-là ; il le nomme mouvement d’accès et de recès. Mais aujourd’hui, certains des modernes qui sont venus après Thébit contredisent fort à cette supposition. (Cui tamen modo aliqui poster iorum modernorum conlradicunt magis). »

Notre auteur nous laisse entrevoir qu’au moment où il écrit, on bataille fort au sujet du mouvement propre des étoiles fixes. Nous verrons, en effet, au Chapitre suivant, qu'à la fin du xme siècle, plusieurs astronomes de Paris, peu satisfaits de l’exactitude des Tables de Tolède , étaient disposés à rejeter l’hypothèse de l’accès et du recès, et à reprendre le mouvement de précession, continuellement dirigé d'Occident en Orient, qu’avaient admis Hipparque et Ptolémée. D’autre part, sous l’influence du Liber de elemenlis , faussement attribué au Stagirite, Albert le Grand et ses disciples combinaient l’un avec l’autre le mouvement d’accès et de recès et le mouvement continuel de précession ; cette supposition complexe était adoptée par les auteurs de l’édition latine des Tables alphonsines.

Dès son premier chapitre, notre auteur avait fait, à ces discussions, une reconnaissable allusion. Il y consacre de nouveau son avant dernier chapitre ', auquel certaines omissions, attribuables peut-être au copiste, ne laissent malheureusement pas toute la clarté désirable.

« Au sujet du dixième orbe, dit ce chapitre, il n’est pas déraisonnable de se demander s’il est en repos ou en mouvement.

» 11 semble qu’il soit en repos, selon la thèse des théologiens ; ceux-ci admettent, en effet, que ce ciel empyrée n’est pas en mouvement, mais en repos.

» A cette même conclusion tend cet argument : Les deux termes du Monde doivent offrir une semhlahle disposition ; mais le terme inférieur, qui est la terre, est immobile ; semblablement donc le terme supérieur doit être immobile.

» Au contraire : Le mouvement diurne est le mouvement le plus simple ; or, en tout genre de choses, c’est le premier terme qui est le plus simple ; le mouvement diurne est donc le premier mouvement. Mais le mouvement du corps qui se trouve immédiatement au-dessus du ciel étoilé n’est pas le mouvement diurne ; par lui, en effet, le ciel étoilé est entraîné d’un mouvement autre que le mouvement diurne, et ce mouvement [par lequel il entraîne le ciel étoilé] ne peut être que le mouvement dont il se meut lui-

x. Ms. B, fol. 9, col. d, et fol. io, col. a.

l’astronomie des franciscains

même ; il y aura donc un autre corps plus élevé, mû du mouvement diurne. »

Ce dernier argument, c’est évident, n’a de sens que pour qui attribue aux étoiles fixes, outre le mouvement diurne, le double mouvement considéré par le Liber de elementis, par Albert le Grand, par les Tables alphonsines .

« Réponse : Comme nous l’avons dit ci-dessus, au premier chapitre, certains admettent qu’il existe onze orbes célestes; ils admettent que l’orbe immédiatement contigu au ciel étoilé se meut d’un mouvement propre, qui est le mouvement d’accès et de recès ; le dixième orbe, à leur avis, se meut du mouvement diurne ; enfin le onzième orbe est entièrement immobile. » Bien que notre auteur ne le dise pas,>ces astronomes admettent évidemment que le mouvement propre du ciel étoilé est le mouvement de précession continuellement dirigé d’Occident en Orient ; ils intervertissent les mouvements attribués au huitième ciel et au neuvième ciel par Albert le Grand et par les Tables alphonsines.

« D’autres admettent dix1 orbes, et ils supposent, en même temps, que le dixième, qui est l’Empyrée, est en mouvement ; cela va directement contre Bède. »

Cette opinion, qui suppose dix cieux mobiles et nie tout Empyrée immobile, est précisément celle d’Albert le Grand.

« D'autres, enfin, n'admettent que dix orbes ; ils supposent que le dixième demeure immobile, que le neuvième se meut du mouvement diurne ou équinoxial qui en est le mouvement propre ; mais ce mouvement diurne n’est propre ni au ciel étoilé ni aux orbes inferieurs, qui reçoivent tous le mouvement diurne par l’entrainement de ce ciel invisible ; ils disent, en outre, que le très lent mouvement d’accès et de recès de la huitième sphère en est le mouvement propre. »

Ce dernier système concilie l'existence^ d’un Empyrée immobile avec les neuf cieux mobiles qu’admettaient Thâbit ben Kourrah et ses partisans.

« De ces diverses suppositions, conclut notre auteur, quelle est la plus vraie ? Cela est fort douteux, et je laisse au lecteur le soin de le discerner. — Que istarum positionum verior sit, quod ambiguum est valdc , lectoris relinquo industrie discernendum. »

Le petit traité que nous venons d’analyser subit d’une manière très évidente l’influence de Roger Bacon ; mais, en même temps, il se montre bien informé de discussions qui se débattaient surtout

i . Le copiste dit : 3o orbes.

iU

L ASTRONOMIE latine au Moyèn vue

parmi les disciples d’Albert le Grand ; par là, il établit un lien entre l’ Astronomie des Dominicains et l’Astronomie des Franciscains.

Il offre encore un autre intérêt ; il nous montre quelles étaient les principales préoccupations des astronomes à la fin. du xui® siècle ou au commencement du xiv® siècle.

La querelle qui s’était élevée entre mathématiciens, partisans des excentriques et des épicycles, et physiciens, tenants des seules sphères homocen. triques, était maintenant jugée ; la position des physiciens était regardée comme irrémédiablement perdue ; les astronomes n’attachaient plus aucun intérêt à ce débat.

Il est, au contraire, une discussion qui les préoccupait au plus haut point. Quel est le mouvement lent des étoiles fixes ? Faut-il, avec Hipparque et Ptoléméc, leur attribuer seulement une continuelle précession d Occident en Orient ? F aut-il, suivant le système «pii porte le nom de Thàbit ben Kourrah et selon les 7 ab! es de T olède, les douer uniquement d’un mouvement d’accès et de rccès ? Faut-il, comme le veulent Albert le Grand et les 7 ubulse Alphonsii, admettre la coexistence de ces deux mouvements ? La question est grave ; sa portée n’est pas seulement philosophique ; elle importe grandement aussi à la pratique, puisque, selon la réponse qu on lui donnera, les principes propres à construire les tables et à effectuer les calculs astronomiques seront changés. Cependant, la plupart des astronomes ne discernent pas clairement la solution qu il convient d’adopter, et, comme eux, notre auteur demeure en suspens,

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