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RICHAUD DE MIDDLETON

Bacon vivait encore en 1292, car, en cette année, il composait 1 2 3 son Compendium studii Theologiæ. Il put donc lire l’ample commentaire aux Sentences de Pierre Lombard qu’avait écrit son compatriote et confrère en Saint François, Richard de Middleton h Sbaraglia a montré a, en effet, que cet ouvrage dut être accompli

1. Émile Charles, Royer Bacon, sa rie, ses ouvrages, ses doctrines, |> 3<j .

2. Clarissimi théoiogf Magislri Ricardi de Mediavilla Sera pli ici Ord. Mm. Convent. Saper quatuor titras sentent i arum Pétri Lombard i quœstiones sabfilissimœ, N une démuni post allas edidones d'Uigentiùs , ac laboriosius ( quand Jîèri pot ail) recognitœ, état erraribus innunieris easligalœ... Bri.vitr, apud

Vincentium Sabiu/n, MDXCl (/j vol.). , . .

3. Sbakaleæ Supplernentum ad Scriptores tria/n ordinuin S. Francisai, art. Ricardus de Mediavilla.

l’àstronomie des franciscains

peu après Vannée 1281. S’il lut, les Questions sur le second livre des Sentences discutées et résolues par Richard de Middleton, Roger Bacon y put voir le système de Ptolémée accepté sans conteste ; il y était présenté à l’aide de cette ymaginatio modernorum où YOpus tertium ne reconnaissait qu'un artifice incapable de satisfaire ceux qui sont experts aux choses de l’Astronomie.

Résumons ce que Middleton enseignait au sujet du système du Monde.

Tout d’abord, comme Michel Scot, comme Guillaume d Auvergne, comme Campanus de Novare, comme une foule de docteurs «le la Scolastique, notre auteur attribue le rang suprême, qui est le dixième, à un ciel immobile qu’il nomme l'Empyrée ’. (je ciel ne contient aucune étoile s ; la lumière y est uniformément répartie. « Au-delà du ciel empvrée 9, il n’v a absolument aucune créature, il n’y a ni plein ni vide », selon ce qu’Aristote enseignait de l’au-delà de la sphère suprême.

Immédiatement au-dessous du ciel empvrée se trouve le ciel cristallin. Ce ciel cristallin n’est pas de nature aqueuse4, comme beaucoup de docteurs l’ont soutenu ; ainsi que tous les autres orbes, il est formé par la cinquième essence qu’admet la Physkpie péripatéticienne.

Bien que dépourvu d étoile, le ciel cristallin se meut 6, et son mouvement est mis en évidence par la raison que voici : « 11 est impossible que, par son mouvement propre, une même sphère soit mue en deux sens différents; mais, par son mouvement propre, la sphère des étoiles fixes se meut, de l’Occident vers l’Orient, d’un degré en cent ans ; et, toutefois, nous voyons quelle est mue de l’Orient vers l’Occident par le mouvement diurne ; il faut donc que ce dernier mouvement soit produit, dans la sphère des étoiles fixes, par le mouvement d’une autre sphère qui 1 entoure et l'entraîne dans sa rotation ; comme, d ailleurs, au-dessus de la sphère des étoiles fixes, il n’y a que deux cieux, le ciel empyrée et le ciel cristallin, il faut bien accorder que la sphère

I Ricahdi de Mediavilla Ouœsliones in libros Sentent larum -, lib. II, dis-

TT irt III nuæst. I ; éd. cit., t. II, pp. 43-44* „ ,,

2. Ricahdi de ’m edi a villa Op. taud, lil>. H, dist. II, artic. III, quæst. fl; « .

3* Ricardi de Mediavilla Op. taud., lit». II, dist. XI\ , art. III, qiurst. M,

Vi R. «.»"'»■ MwwAmtA Op. W., lib. Il, dis., XIV. art. 1, qur.1. I ; éd.

*5' Ricliuw de itÏEniAVULA Op. laud., lib. Il, «liai. XIV„Art. 1, qnœal. H , Jd. rit., t. II, pp. 168-169,

j/ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE

qui, par son mouvement, meut l’orbe des étoiles fixes d’Orient en Occident, n’est autre que le ciel cristallin ; celui-ci se meut donc d’Orient en Occident. »

Le ciel cristallin communique ainsi le mouvement diurne non seulement à la sphère des étoiles fixes, mais encore aux sphères des sept planètes.

Le ciel cristallin contient le ciel des étoiles fixes ou firmament ’. Le firmament est animé, selon Richard de Middleton, de la rotation uniforme que lui attribuait Ptolémée ; notre auteur ne fait aucune allusion à l’hypothèse de l’accès et du recès. Par cette rotatiou propre du ciel des étoiles fixes, les pôles de la rotation diurne changent sans cesse de position par rapport aux étoiles ;

« l’étoile qu’on nomme étoile du navigateur était communément regardée autrefois comme se trouvant au pôle ; maintenant, elle se meut d’une manière sensible en décrivant un cercle autour du pôle. »

Les étoiles que contient le firmament n’ont d'autre mouvement que celui du firmament ; celui-ci se compose de deux rotations ; l’une, la rotation propre, se fait d’Occident en Orient et parcourt un degré en cent ans ; l’autre, la rotation diurne d’Orient en Occident, est communiquée par la neuvième sphère.

Toute planète participe également 1 2 à ces deux rotations ; mais, en outre, le déférent de cette planète tourne autour de son centre particulier, et, à son tour, l’épicycle tourne autour de son centre, qui est compris entre la surface externe et la surface interne du déférent; seul, le Soleil a un déférent dénué d’épicycle.

Le déférent du Soleil 3 est compris entre deux surfaces sphériques qui sont concentriques entre elles, bien que leur centre commun, qui est le centre du déférent, soit séparé du centre du Monde. Evidemment, on en peut dire autant des déférents des autres astres errants.

Beaucoup d’astronomes prétendent 4 « que les corps célestes, formés de la cinquième essence, sont solides et ne peuvent être divisés... Si les orbes étaient fluides et, par conséquent, susceptibles

1 . Ricardi de MEDiAviLLa Op. InucL, lib. II, dist. XIV, art. I, quæst. III et IV; éd. cit., t. II, pp. 169-171. — Art. III, quæst. II; éd. cit., p. 1 85.

2. Ricardi de Mediavilla Op. laad., lib. II, dist. XIV, art. III, quæst. Il; éd. cit., t. II, p. 1 85.

3. Ricardi de Mediavilla Op. Inud., lib. II, dist. XIV, art. I, quæst. IV; éd. cit., t. II, p. 1 7 1 .

4. Ricardi de Mediavilla Op. laud., lib. II, dist. XIV, art. III, quæst. I ; éd.

cit., t. II, p. 184.

l’astronomie T)ES franciscains

d’être divisés, il semblerait raisonnable cà beaucoup d’entre ces astronomes qu’ils fussent corruptibles... Les sphères célestes ne sont donc pas continues les unes aux autres, mais contiguës. Il en est de même des déférents ; le déférent, en effet, est compris entre la surface extérieure et la surface intérieure de la sphère de l'astre ; il est contigu cà la partie de la sphère qui l’entoure et aussi à celle qui est entouree par lui. De même, 1 epicycle, dont le centre et la surface sont compris entre la surface interne et la surface externe du déférent, est contigu avec les diverses parties du déférent. Enfin, la planète, dont le centre et la surface se trouvent entre la surface externe et la surface interne de 1 epicycle, est contiguë avec l’épicycle. »

Dans cette courte page, nous reconnaissons très nettement cette ymaginatio modernurum dont Bacon nous avait présenté la description et la critique, et que Bernard de Verdun avait admise avec un si vif enthousiasme.

Bacon voulait que 1 epicycle fût une sphère pleine ; Richard de Middleton lui donne ici la figure d’une sphère creuse. Bernard de Verdun avait dit ‘ que l'épicycle était une petite sphère, mais il avait ajouté que « cette sphère en comprend plusieurs autres, destinées à sauver les diversités qui apparaissent dans le mouvement de cet é pic y cl e. » En outre, le premier de ces docteurs avait particularisé le mécanisme de Ptolémée et d Ibn al Haitam de telle sorte que les calculs d’Al Fergani sur les dimensions des orbes célestes demeurassent exacts; comme Bernard de \ erdun, Richard de Middleton ne fait aucune mention de cette hypothèse

particulière. . t

Les planètes ont-elles 2, outre les mouvements qui viennent d’être décrits, un mouvement de rotation autour de leur propre centre ? « On le croit assez du Soleil; que Saturne, Jupiter, Mars, Vénus et Mercure n’aient aucun mouvement de ce genre, je n en suis pas certain... Mais beaucoup trouvent une preuve du mouvement de la Lune autour de son propre centre, situé entre la surface externe et la surface interne de 1 epicycle, dans ce fait que la tache de la Lune ne nous apparaît jamais renversée, que la partie de cette tache qui se trouve vers le bas a un certain moment ne se trouve pas vers le haut à un autre moment, et inversement 3... Si, en effet, la Lune ne se mouvait pas de mouvement

I . Fratris Bernardi de Vjrduno Tractatus super totarn Astrologiam, Tract. III,

Med.av.lla Op. laucl., lib. II, dist. XIV, art. III, quæst. H; éd. ; Middleton a mal compris l’effet que produirait dans la Lune

l’astronomie latine au moyen âge

propre, cette tache se trouverait transposée par suite du mouvement de l'épicycle : la partie inférieure deviendrait la partie supérieure et inversement. La Lune doit donc se mouvoir autour de son propre centre, en sens contraire du mouvement de l’épicycle, et en telle proportion que la transposition que cette tache éprouverait par suite du mouvement de l’épicycle soit exactement compensée par le mouvement propre de la Lune en sens contraire. »

Si Bernard de Verdun a écrit avant Richard de Middleton et s'il a connu l'ouvrage de ce dernier, il en a pu être grandement réjoui ; le commentateur des Sentences, en etfet, a pleinement adhéré aux doctrines que préconisait l’astronome franciscain ; sa foi au système de Ptolémée est si complète qu’il ne daigne faire allusion ni aux objections qu’Averroès avait formulées contre ce système, ni à la théorie qu’Alpétragius avait tenté de lui substituer.

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