‹ Le système du mondeChapitre 24 sur 243 · Scot Érigène, Op. laud.. hb. «b 3» ; éd Ç*1-» col · texte numérisé non relu

Scot Érigène, Op. laud.. hb. «b 3» ; éd Ç*1-» col

4. Voir : Seconde partie, Ch. I, § XIII ; t. II, PP- 4^2-4 ■ •

l’astronomie LATINE AU MOYEN AGE

en acquérir la certitude ; dans un autre passage, le Philosophe de Charles le Chauve reprend des considérations analogues à celles que nous venons de lire ; en les reprenant, il cite le traité De imagine ou, plutôt, il le paraphrase ; et sa paraphrase accentue la ressemblance que nous avons signalée entre les pensées de Grégoire de Nvsse et celles que développera l’astronome arabe Al Bitrogi.

« Comment se fait-il que seul le centre du Monde, c’est-à-dire la Terre, demeure toujours immobile, tandis que les autres éléments tournent, autour de ce centre, d’un mouvement éternel ? Cela, dit Jean Scot', mérite une sérieuse considération. Nous connaissons, à ce sujet, les opinions qu’ont émises les philosophes profanes et les Pères de l’Eglise catholique.

» Platon, le plus grand philosophe qui soit au monde, établit en son limée, par une foule de raisons, que ce monde visible est une sorte de grand animal formé d’une âme et d’un corps ; le corps de cet animal est composé des quatre éléments généraux bien connus et des divers corps qu’ils engendrent en se combinant entre eux ; l’âme de ce même animal est la vie générale qui accroît ou meut tout ce qui est en repos ou en mouvement... L’âme, dit Platon, se meut sans cesse en vue de son corps, afin de le vivifier, de le gouverner, de le mouvoir de diverses manières, en combinant et décomposant les corps de façon variée ; en même temps, elle demeure immobile en son état naturel. Eternellement, donc, et à la fois, elle se meut et reste en repos. C’est pourquoi le corps qu’elle anime, et qui est l’universalité des choses visibles, demeure, d’une part, dans une éternelle fixité — et telle est la Terre — tandis que, d’autre part, il se meut avec une vitesse éternelle — et telle est la substance éthérée ; il est une autre partie qui ne demeure pas immobile mais ne se meut pas rapidement, et c’est l’eau ; une autre partie se meut rapidement, mais non pas avec une extrême vitesse, et c’est l’air. »

L’opinion que Jean Scot vient de rapporter est celle de Platon vue au travers du commentaire de Chalcidius. Le Philosophe de Charles le Chauve poursuit en ces termes :

« Tel est le raisonnement du Philosophe suprême ; il n’est point, je pense, à mépriser, car il est à la fois pénétrant et naturel. Mais le grand Saint Grégoire, évêque de Nysse, traite de la même question dans son livre De imagine ; et il me semble qu’il faille, de préférence, suivre son avis.

i. Scoti Krigenæ 0/>. laud., liber primus, 3i ; éd. cit., coll. 476-477.

LE SYSTÈME d’üÉRACLIDE AU MOYEN AGE

» Le créateur de l’Univers, dit-il, a constitué ce monde visible entre deux extrêmes contraires l’un à l’autre, entre la gravité et la légèreté, veux-je dire, qui, l’une à l’autre, s’opposent absolument.

» La terre est constituée au sein de la gravite ; aussi demeuret-elle sans cesse immobile, car la gravité ne saurait se mouvoir ; la gravité est placée au centre du monde ; elle occupe une des extrémités, celle que le centre représente.

» Au contraire, la substance éthérée tourne sans cesse autour du centre avec une indicible vitesse, car la légèreté en constitue la nature ; elle ne saurait demeurer immobile ; elle occupe l’extrême frontière du monde visible.

» Dans l’espace intermédiaire, deux éléments ont été placés, l’eau et l’air ; ils se meuvent constamment, mais leur mobilité est atténuée dans un certain rapport entre la gravité et la légèreté, de de telle sorte que chacun de ces deux éléments suive plutôt celui des deux corps extrêmes auquel il confine que celui dont il est éloigné. L’eau se meut plus lentement que l’air parce qu’elle est contiguë à la masse pesante de la terre ; l'air, au contraire, est entraîné plus rapidement que l’eau, parce qu’il se trouve conjoint à la légèreté éthérée.

» Mais, bien que les parties extrêmes du Monde semblent s’opposer l’une à l’autre par la diversité de leurs qualités, elles ne sont pas, cependant, différentes en toutes choses. En effet, bien que la substance éthérée tourne avec une vitesse extrême, le chœur des astres garde une disposition immuable ; en tournant en même temps que l’éther, il ne quitte jamais son lieu naturel et, par là, imite la stabilité de la terre. La terre, au contraire, demeure éternellement en repos ; mais les choses qui naissent d’elles, imitant, par là, la légèreté de l’éther, sont sans cesse en mouvement ; elles naissent par génération, elles se multiplient dans l’espace et dans le temps, puis elles décroissent, jusqu’à ce qu’en elles, se brise le lien entre la forme et la matière ».

Il y a donc à la fois opposition et analogie entre les choses terrestres, soumises à la génération et à la corruption, mais privées de mouvement local, et les choses célestes qui tournent toujours sans éprouver aucun changement.

Examinons brièvement ce que Jean Scot professait au sujet du mouvement des astres.

L’ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE

l’astronomie de jean scot érigène

Jean Scot paraît avoir été fort sceptique à l’endroit des diverses théories astronomiques ; c’est du moins ce que l’on peut conclure du fragment de dialogue que voici 1 :

« Le Disciple. Au sujet des cercles célestes, des distances mutuelles des cieux et des astres, les sages de ce monde ont professé des opinions nombreuses et diverses ; ils n’ont pu, me semble-t-il, les déduire d’aucune raison certaine. Si quelque chose t’a semblé vraisemblable ou raisonnable à ce sujet, explique -le moi, je te prie, sans différer. »

« Le Maître : ... Les questions au sujet desquelles tu m’interroges n’ont suscité, jusqu’ici, à peu près aucune opinion qui soit appuyée sur la raison et qu’un philosophe quelconque ait tiré pleinement au clair. Ce n’est pas, je pense, que ces philosophes aient manqué d’intelligence ; dans ce cas, en effet, ils ne mériteraient pas le nom de philosophes ou de physiciens ; mais aucun de ceux que nous avons lus jusqu’ici n’a réussi à donner, de ces effets, des raisons nettes et exemptes de doutes. »

Jean Scot ne donnera donc pas à son disciple toutes les explications qu’il souhaitait d’obtenir au sujet des systèmes astronomiques.

Ce n’est pas, d’ailleurs, qu’il lui refuse tout enseignement sur ce sujet.

Il lui explique en détail2 3 comment Érathosthène est parvenu à mesurer la circonférence de la Terre et à donner à cette circonférence une longueur de 252.000 stades; il ajoute*, ce qui nous permet de douter de ses connaissances en Géométrie : « Si l’on divise ce nombre par 2, on en obtient la moitié, qui est 126.000 stades, lesquels sont contenus dans le diamètre de la Terre ».

Le récit des opérations d’Érathosthène est une amplification de celui qu’a donné Martianus Capella ; le Philosophe de Charles le Chauve sait, d’ailleurs4, que Pline et Ptolémée ont proposé des évaluations différentes.

Ce chiffre de 126.000 stades que Scot, par suite d’une énorme

1. Joannis Scoti Op. laud., lib. III, 33 ; éd. cit., coll. 715-716.

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