Jean Scot, Iqc. cit., col. 716 etçol
2. Joànnis Scqti Erigenæ Op . laud., lib. 34 i éd. cit., coll. 722*723.
3. Joannis Scoti Op. laud., lib. III, 33 ; éd . cit., col. 717.
l’astronomie LATINE AU MOYEN AGE
gerit de couleur ; d’où vient cette teinte variable ? C’est une question à laquelle Bède le Vénérable avait proposé1 la réponse suivante :
« La couleur d’un astre errant est modifiée en raison de sa distance à la Terre ; cette couleur a une certaine ressemblance avec le tluide au sein duquel l’astre pénètre ; le passage dans un orbe différent lui communique une teinte différente; un orbe plus froid fait pâlir la planète; un cercle plus chaud la fait rougir ; une région propice aux vents lui communique une nuance horrible ; elle s’assombrit et devient plus obscure lorsqu’elle s’approche du Soleil, ou bien encore lorsqu'elle se trouve unie à son apside, qui est le point extrême de son orbite. »
Ce même problème de la couleur variable des planètes préoccupe Jean Scot ; il se relie, pour lui, à la question si vivement débattue des eaux supra-célestes, eaux dont il refuse d’admettre l’existence.
« Certaines personnes, dit Jean Scot2, pensent qu’il existe des eaux très ténues au-dessus du firmament, c’est-à-dire au-dessus des chœurs des astres. Mais la considération des gravités et de l’ordre que les éléments doivent présenter réfute leur opinion. D’autres veulent que des eaux réduites à l’état de vapeur et presque incorporelles se trouvent au-dessus du ciel, et ils tirent argument de la teinte pâle des étoiles. Les étoiles, disent-ils, sont froides, et c’est pourquoi elles sont pâles; mais, ajoutent-ils, il n’y a pas de froid là où la substance de l’eau fait défaut. Ils ne réfléchissent guère à ce qu’ils disent ; car là où le feu existe en substance, règne le froid... La puissance du feu est chaleur là où elle brûle ; mais elle est froid là où elle ne brûle pas ; et elle ne brûle pas, là où elle ne rencontre pas une matière en laquelle elle puisse brûler et qu’elle puisse consumer. Les rayons solaires ne brûlent pas lorsqu’ils- se répandent dans les espaces éthérés car, en cette substance très subtile et spirituelle, ils ne trouvent pas de matière qui leur permettre de brûler. Mais lorsqu’ils descendent dans la région de l’air plus dense, il semble qu’ils trouvent une matière en laquelle ils puissent opérer; ils commencent alors à devenir ardents; au fur et à mesure qu’ils pénètrent en des corps plus épais, ils exercent plus vivement leur pouvoir de brûler au sein de ces corps, que la force de la chaleur dissout ou peut dissoudre...
I. Bedæ Venerabius De natura rerum Cap. XV [Bedæ Venerabius Operum accurante Mig-ne tomus I ( Patrologiœ latinæ tomus XC) coll. 25o-25i],
Joannis Scoti Op. laud., lib. III, 27; foc. ci/., coll. 697-698.
LF. SYSTÈME d’hÉRACLIDE AU MOYEN AGE
» Ainsi donc les corps célestes, éthérés, purs et spirituels qui résident dans les régions supérieures du Monde, sont constamment lumineux, mais ils sont exempts de toute chaleur, en sorte qu’ils sont froids et pâles.
» De même, la planète qui a reçu le nom de Saturne et qui est voisine des chœurs des astres fixes est dite froide et pâle.
» Quant au corps du Soleil, il occupe la région médiane du Monde, car, disent les philosophes, il y a autant de distance de la Terre au Soleil que du Soleil aux étoiles fixes. Le Soleil possède donc une sorte de nature moyenne. Des natures inférieures, il reçoit un certain caractère massif ; des natures supérieures, il reçoit quelque chose de spirituel et de subtil qui le fait subsister. 11 réunit en lui, pour ainsi dire, les qualités contraires des deux régions du Monde, de la région inférieure et de la région supérieure ; ces qualités opposées le maintiennent, en quelque sorte, comme l’objet qu’on pèse en une balance ; il ne peut quitter son lieu naturel, car la gravité de sa région inférieure l’empêche de monter, tandis que la légèreté de sa région supérieure lui interdit de descendre. C’est aussi pourquoi il parait être d’une couleur resplendissante, intermédiaire entre la nuance pâle et le rouge ; et, pour maintenir cette splendeur au degré convenable, il reçoit une part de la pâleur des étoides froides qui sont au-dessus de lui, une part de la rougeur des corps chauds qui se trouvent au-dessous.
» Quant aux planètes qui tournent autour du Soleil, elles prennent des couleurs différentes selon la qualité des régions qu’elles traversent ; je veux parler de Jupiter, de Mars, de Vénus et de Mercure qui, sans cesse, circulent autour du Soleil, comme l’enseigne Platon dans le limée. Lorsque ces planètes sont au-dessus du Soleil, elles nous montrent des visages clairs ; elles nous les montrent rouges lorsqu’elles sont au-dessous.
» La pâleur des étoiles ne nous oblige donc aucunement à admettre que l’élément de l’eau se trouve au-dessus du Ciel ; cette pâleur nait simplement de l’absence de chaleur. »
Au limée de Platon, il ne se trouve rien d'analogue à ce que Jean Scot prétend y trouver; tous les astres errants y circulent autour de la Terre ; mais ChalcidiuS, dans son Commentaire sur le Timée, rapportait, nous l’avons vu, la théorie d’iïéraclide du Pont, qui fait circuler Vénus autour du Soleil ; c’est assurément ce commentaire seul que Jean Scot lisait et qu’il prenait pour 1 expression fidèle de la pensée de Platon.
Aux Noçes de la Philologie et de Mercure , Martianus Capella
L*A9TR0N0MlK LATINE AtJ MOYEN AGE
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donnait Vénus et Mercure pour satellites au Soleil; et Jean Scot avait sans doute remarqué le passage où cette opinion est émise.
Mais, du premier coup, le Philosophe de Charles le Chauve va bien plus loin que les sages de l’Antiquité dont il s’inspirait ; ce ne sont pas seulement, selon lui, Vénus et Mercure cpii accomplissent leurs révolutions autour du Soleil ; ce sont aussi Mars et Jupiter; seuls, les étoiles fixes, Saturne, le Soleil et la Lune tournent autour de la Terre. Sauf en ce qui concerne Saturne, c’est le système de Tycho Brahé que nous voyons s’introduire ainsi dans l’Astronomie médiévale, et cela avant la fin du ixc siècle.
Jusqu’à Tycho Brahé, aucun astronome ne poussera, dans cette voie, aussi loin que Jean Scot Erigène. Mais bon nombre de philosophes du Moyen Age vont donner Vénus et Mercure pour satellites au Soleil. En ce faisant, ils suivront l’inspiration de Chalcidius, de Martianus Capella et aussi, nous l’allons voir, de Màcrobei