Bèdb le Vénérable, toc. cit., col. 892 : De absidibus
5. Ambrosii Thbodosii Macrobii Op. laud., liber priimis, cap. XVII.
6. Bède lb Vénérable, toc. cit., coil. 896-887 : De zodiaco; cf. col. 894 : Quo tempore cursus perficiant pîauelæ.
aussi, s’écarte au maximum de l’axe du Monde là où elle rencontre l’équateur; elle se resserre vers l’axe du Monde dans les régions qui approchent des pôles ; c’est encore ce que veut exprimer notre auteur lorsqu'il écrit ceci : « A l’image du firmament, la sphère du Soleil est plus écartée [de l’axe du Monde] en certaines régions et plus contractée [vers cet axe] en certains autres ; elle est plus écartée sous le cercle équinoxial et plus contractée sous les tropiques ; le cercle décrit [quotidiennement] par le Soleil serait, en effet, plus voisin du firmament sous les tropiques que sous l’équateur, s’il ne s’élargissait sous l’équateur et ne se contractait sous les tropiques, et cela à la similitude du firmament ».
A cette affirmation, le Pseudo-Bède prévoit cette objection : « Si le cercle quotidien du Soleil se trouve plus contracté sous les tropiques, le Soleil y produira des jours plus courts, car il devra parcourir un chemin plus court ; sous l’équateur, les jours solaires seront plus longs, car le chemin parcouru par le Soleil sera plus long ».
Voici la « solution » de cette difficulté : « Plus un corps est éloigné de la partie renflée [c’est-à-dire de la région équatoriale] du firmament, moins dressent l’impulsion qui en émane. Lorsque le Soleil se trouve sous les tropiques, il ressent une moindre impulsion que lorsqu’il se trouve sous l’équateur ; lorsqu’il est sous l’équateur, la vitesse plus grande que lui imprime la force de l’impulsion compense la longueur du chemin. »
La théorie dont le Pseudo-Bède vient de nous tracer une ébauche se rapproche de la doctrine de Cléanthe, telle que nous l’a fait connaître un court passage de Stobée1. Elle s’en rapproche en ce qu’elle regarde le mouvement du Soleil suivant une courbe spirale comme un phénomène premier, irréductible, et non comme le mouvement résultant de deux rotations. Elle attribue, en outre, ce mouvement à une impulsion émanée du ciel suprême, comme le fera Al Bitrogi ; mais elle suppose que cette impulsion, au lieu d’émaner de la totalité de la dernière sphère et de s’atténuer seulement par l’effet de la distance à cette sphère, provient de la région équatoriale du ciel des étoiles et varie en raison de la proximité plus ou moins grande à cette région.
La théorie dont s’inspire l’auteur du Livre de la constitution du Monde s’efforçait aussi d’expliquer les inégalités du mouvement des planètes ; le passage suivant nous en est témoin : « Macrohe
i. Joannis Stobæi Eclogarum physicarum et ethicarum libri duo. Recensuit Augustus Meineke. Lib. I, Physica, cap. XXV ; vol. I, p. i45; Leipzig, 1860. — Voir : Première partie, ch. XI, § VU ; t. II, p. 157.
LE SYSTÈME d’hÉRACLIDE Al! MOYEN AGE
dit que les planètes ont une vitesse uniforme ; il dit cela parce que les planètes font un elîort constamment égal à lui-même, mais non pas parce qu’elles avancent avec une vitesse uniforme. Des hommes qui nagent contre le courant, dans un fleuve impétueux, avec une vigueur égale, n’avancent pas également, car la force du courant leur oppose une résistance inégale. Ainsi une planète est tantôt mue d’une marche directe, tantôt elle est rétrograde, tantôt stationnaire, car la hauteur variable du cercle qu’elle parcourt quotidiennement l’empêche d’avancer avec une vitesse uniforme. »
La théorie des planètes dont les fragments épars se reconnaissent au Livre de la constitution du Monde admettait assurément que la trajectoire spirale d’un astre errant ne se trouvait pas partout à égale distance du centre du Monde, bien qu’elle demeurât comprise à l’intérieur d’un orbe limité par deux surfaces concentriques au Monde. « Les sphères, dit-il1 2, ont la Terre pour centre, mais les absides sont excentriques. Les absides sont les cercles sur lesquels se font les séparations des spires, sur lesquels on remarque les stations et les commencements des rétrogradations. En certaines régions, les absides sont plus voisins du firmament, en d’autres, ils le sont de la Terre. »
Le Pseudo-Bède sait comme le savait déjà Bède le Vénérable, qui tenait sa science de Pline, que les absides de chaque planète correspondent à des étoiles bien déterminées ; que le périgée et l'apogée sont diamétralement opposés sur la sphère céleste.
Si I on rapproche les uns des autres ces divers passages, on arrive à cette conclusion qui nous parait mériter qu’on s’y arrête un instant :
La théorie des planètes dont le Pseudo-Bède s’est inspiré attribuait aux astres errants une marche toute semblable à celle que le système de Ptolémée leur reconnaissait ; seulement, au lieu de décomposer cette marche en mouvements plus simples, en rotations, elle laissait ce mouvement indécomposé, comme l’avait déjà fait Cléanthe.
Lorsque Averroès déplorait que les astronomes eussent abandonné trop tôt l’étude de la spirale , de la courbe leulabine , lorsqu’il affirmait que l’emploi de cette courbe pourrait rendre les mêmes services que le système des épicycles et des excentriques, n’avait-il pas quelque connaissance de la doctrine dont nous