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Bède le Vénérable, /oc. cil., col. 885 : txusliones

DUtUSM. — x. III- 6

l’astronomie LATINE AU MOYEN AGE

vives-eaux et des mortes-eaux qu’il nomme, comme son prédécesseur, malinæ et ledones ; mais, tout aussitôt, il y joint des erreurs qui seraient bien surprenantes de la part d’un homme qui aurait passé sa vie sur les côtes de la Mer du Nord. Il professe qu’il se produit trois reflux en vingt-quatre heures, et il ajoute « dodrantem et semiunciam horæ durât », tandis que le Moine de Wearmouth, précisant le retard diurne de la marée, avait dit : « Quotidie bis adfluere et remeare, iinius semper horæ dodrante et semiuncia transmissa videtur. » Il est clair que ce passage-là a été copié sur celui-ci, mais par un homme qui n’avait aucune idée des lois du flux et du reflux.

Bède avait affirmé que les marées suivent le mouvement de la Lune. L’auteur du De mundi constitutione liber met sous l’influence de la Lune non pas la marée diurne, mais un autre phénomène, purement imaginaire, par lequel la mer croîtrait pendant sept jours, et décroîtrait pendant les sept jours suivants. C’en eût été assez, à défaut d’arguments plus formels, pour prouver que le Livre de la constitution du monde céleste et terrestre n’a point été écrit par Bède, et que l’auteur de ce livre s’est inspiré, sans le bien comprendre, du traité du prêtre de Wearmouth.

Bien qu’il ne nous soit connu que sous un nom d’emprunt, tout à fait invraisemblable, l’auteur de cet écrit ne nous en a pas moins laissé un document des plus intéressants pour l’histoire des doctrines astronomiques au Moyen Age.

Le Pseudo-Bède a connaissance de la théorie selon laquelle le mouvement rétrograde des astres errants n’est qu’une apparence, la marche réelle de ces astres étant une marche directe d’Orient en Occident, mais plus lente que celle des étoiles fixes. Il attribue cette théorie à Aristote et aux Péripatéticiens : « Ce que nous venons de dire, écrit-il *, est conforme à l’opinion de ceux qui font mouvoir le firmament d’Orient en Occident, tandis qu’ils font tourner les planètes d’Occident en Orient. C’est l’opinion qu’affirment les Platoniciens. Aristote, au contraire, et les Péripatéticiens prétendent que les planètes tournent dans le même sens que le firmament, mais que le firmament les surpasse en vitesse, de telle sorte qu elles semblent marcher en sens contraire. Selon cette opinion, plus une planète est distante de la Terre, plus elle tourne rapidement ; Saturne est la plus rapide des planètes ; il lutte de vitesse avec le firmament, à ce point qu’en deux ans et

i. Bède le Vénérable, toc. cit., col. 8g5 : De saltu Lunæ. Cf. col. 891 : De transitoriis.

LE SYSTÈME d’hÉRACLIDK Al) MOYEN AGE

demi, le firmament ne le dépasse que d’un signe. La Lune, au contraire, qui est la plus infime des planètes, est aussi la plus lente... Ceux-ci enseignent donc que la Terre est immobile et que tous les astres tournent dans le même sens autour d’elle. Cicéron acquiesce à cet avis ; il dit, en effet, que le son le plus aigu est produit par l’extrême vitesse de la rotation du firmament, tandis que le plus grave est produit par la Lune, à cause de l’extrême lenteur de sa révolution ».

Il est bien vrai qu'au Songe de Scipion, Cicéron tient ce langage 1 ; mais il s’en faut bien qu'il entende adhérer, par là, à l'opinion de ceux qui font tourner tous les astres d’Orient en Occident, car il vient d’enseigner s qu'il existe « neuf orbes ou plutôt neuf globes... ; que le premier de ces globes est le globe céleste, qui est extérieur aux autres et qui les embrasse tous ; à ce globe, sont fixés les cours éternels des étoiles ; au-dessous de ce globe, il en est sept autres qui se meuvent en arrière d’un mouvement contraire à celui du Ciel. »

Macrobe, qui a commenté le Songe de Scipion , et que le Pseudo- Bède cite volontiers, a nettement embrassé le même parti s.

C’est donc très vraisemblablement au Commentaire de Chalcidius que l’auteur du De mundi constitutione liber a lu l’hypothèse qu’il attribue aux Péripatéticiens et que Chalcidius attribue aux philosophes ; il est piquant de constater que cette hypothèse était connue chez les Chrétiens d’Occident longtemps avant qu’Âl Bitrogi la prit pour fondement de son système astronomique.

Le Pseudo-Bède parle quelque part * des spirales que décrivent les corps célestes. Cette allusion a pu lui être inspirée par Macrobe, qui mentionne * le chemin en forme de spire que Cléanthe attribue au Soleil, ou par Chalcidius, qui fait connaître cette volute d'acanthe. Nous ignorons, en revanche, quel astronome ancien a pu lui suggérer les curieuses réflexions a que nous allons reproduire.

Les parties du ciel des étoiles fixes qui sont voisines de l’équateur sont les plus éloignées de l’axe du Monde ; c’est assurément ce que notre auteur veut exprimer lorsqu’il dit que ces parties constituent le renflement ( turnor ) du ciel. La sphère du Soleil, elle

1. M Tullii Ciceronis De re publica Iib. VI [Somnium Scipionis), § i8.

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